Un homme amoureux par Karl Ove Knausgaard

Cet auteur, norvégien, écrit sa biographie ; un tome est déjà paru,  » la mort d’un père » et il continue de se raconter, et sa famille, et son travail d’écrivain. Il vit désormais à Stockholm, en Suède, avec Linda, la femme qu’il aime, et ils décident très rapidement, depuis le début en fait, d’avoir un enfant.
Il raconte comment il rencontre Linda, comment il ne la conquiert pas, d’abord, ses doutes, sa peur, sa soif d’elle , l’éblouissant amour du début, et puis assez vite, en même temps quasiment, les disputes, la mésentente – de la Suède à la Finlande il n’y a pas qu’un petit pas, la façon différente d’envisager l’amour et la vie à deux. Et cette vérité absolue qui est que sa soif et sa faim et son obligation d’écrire dépasse tout, avale tout sur son passage, n’est compatible avec rien d’autre que soi… au grand dam de ceux qui aiment un écrivain tel qu’Ove Knausgaard.
Linda comprend, elle le sait comme ça, et elle ne le comprend pas, il ne devrait plus être TOUJOURS comme ça. De même que la maternité l’a changée, il devrait avoir lui aussi changé… de priorité, avoir acquis un autre sens de la responsabilité.
C’est un gros récit autobiographique, dans lequel l’auteur ne se fait grâce de rien, ni à nous, ne se ménage pas, ne s’excuse pas du mal qu’il entraîne dans son sillage et le rend publique, parce qu’il ne peut dire autre chose que la vérité, qui est cela et rien d’autre.
Il dit tout l’enjeu de cette vérité qui s’impose à lui, et qu’il lui faut imposer aux autres. Cette forcément mise à distance de la vie réelle… y compris pour écrire la vie réelle. Ne plus appartenir à rien d’autre qu’à cet embryon de livre qu’il va falloir faire grandir, mot à mot, comme le foetus prend des centimètres.
Se concentrer, et se consacrer, entièrement, à cette obligation-là qui ne tolère plus aucun partage.
On retrouvera la vie et les gens qu’on aime après, plus tard.
C’est âpre, étouffant parfois, et puis soudain, plus du tout, quand il parle de la naissance de son enfant, qu’il la décrit par le menu, de son point de vue de père débutant, qui veut tellement participer à cet évènement monopolisé par le corps souffrant de sa femme. Dans cette souffrance là, il l’accompagne, il aimerait faire corps avec elle, mais dans son désir de le retenir ensuite, captif de cet amour pour elle et l’enfant, il se rebelle, s’enfuit, s’enferme seul, ailleurs, pour écrire. IL FAUT QU’ELLE COMPRENNE.
Il peut la perdre, à se comporter ainsi, mais elle peut le perdre, à exiger autre chose de lui.
C’est un dur combat que de vivre ensemble.

Difficile, évidemment, de ne pas se sentir peu ou prou concerné quand on est un écrivain ( même tout petit pour les tout petits !!!)
Rend – on, parfois, souvent, par notre ou nos absences y compris quand on est là physiquement, oui, rend -on parfois difficile, voire intenable, la vie de ceux que l’on aime et qui attendent tout autre chose de vous, même s’ils vous aiment aussi, et parfois d’abord ! pour cela.
George Sand travaillait la nuit, jusqu’au petit matin… s’occupait des autres et de la vie domestique dans la journée.
A ma minuscule mesure, je ne suis pas ainsi. Au contraire pourrais-je dire. Je n’exige rien d’autrui quand j’écris, si on m’interrompt, que le téléphone sonne, je réponds, je prends même plaisir à bavarder un moment avant de reprendre là où j’en étais. Je ne me suis jamais dispensée de faire le ménage et les courses et de préparer les repas, y puisant même, souvent, de nouvelles idées, parfois incongrues, en tout cas, inattendues. J’aime en fait, quand le quotidien réclamant son dû, s’immisce dans mon imaginaire. Cela me sert à ne pas perdre de vue que je ne suis supérieure à personne et que mon travail d’écriture n’est qu’un travail d’écriture, pas une mission supérieure aux autres activités humaines. Il se trouve qu’en plus j’y prends grand plaisir ce qui est tant mieux.
Cependant, je ne suis qu’un minuscule écrivain pour les tout petits à qui je ne dois que donner de quoi nourrir, étonner et ravir leur petit être. Si j’étais un grand écrivain même pas norvégien ! je ne me traiterais peut-être pas ainsi.
Cela ne signifie nullement, par ailleurs, que je pense moins signifiant ce que j’écris que ce qu’écrivent les écrivains qui s’adressent aux adultes, loin de là. C’est seulement un travail différent, une différente façon de dire et d’écrire, qui réclame plus que d’avoir une bonne idée et les mots pour la dire.
Qui réclame de ne rien ignorer des fatigues de la vie, de l’enchevêtrement du trivial et du sublime, comme l’enfant réclame le pot pour faire caca au beau milieu de votre belle histoire et là le plus pressé, le plus urgent, on voit bien ce que c’est !
C’est non seulement SAVOIR, mais vivre quotidiennement cela, qui donne aux histoires écrites pour les enfants, une vraie ressemblance avec la vérité !
La vérité dans ses lignes les plus simples, les plus épurées… comme les ronds soleils et les triangles montagnes d’Etel Adnan…

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