Grand Ami

 

 

Quels conseils d’écriture autour de ce  » Grand Ami » paru en septembre 2017 dans la collection Petite Poche de Thierry Magnier.

– parler d’un  » Grand Ami « . Quelqu’un que l’enfant considère comme un ami même s’il est beaucoup plus grand que lui. Comment ce sentiment d’amitié est-il né, à quelle occasion ? Que lui apporte cette amitié-là ? Y a-t-il eu parfois des moments plus difficiles à vivre cette amitié ? pourquoi ?

Imaginer qu’on a fait naufrage, qu’on est sur une île, qu’un animal sauvage va vous tenir compagnie. Décrire l’apprivoisement. Le rapprochement des sens  : ce que l’animal aide à sentir, à goûter, à voir, à entendre… à ressentir. Ce que l’enfant doit oublier pour mieux survivre.  Et puis imaginer, à la fin, quel cadeau extraordinaire laissera chacun à son ami afin qu’il ne l’oublie jamais.

Faire un haïku sur ce qu’est un ami. Avec une belle image tirée de la nature. Lire des Haïkus pour comprendre ce que c’est et à quoi cela sert.
Sinon, écrire un quatrain, avec des rimes ( se servir, par commodité, d’un dictionnaire de rimes )

Parler des différentes richesses, les recenser : richesse matérielles, richesses de la nature, richesse des sentiments.
On peut écrire une petite histoire sur ce thème, l’aborder par le conte du roi Midas, ou  » le pauvre et le riche  » ou les tallers étoiles « de Grimm etc… » le crapaud » d’Andersen,et  » Les Fées  » de Charles Perrault…

L’ours d’Orage : écrire un petit texte où l’orage est personnifié en gros ours qui gronde de colère : imaginer pourquoi il s’est fâché, et ce qui le calmera….

et que nous dit Arthur, 10 ans, de ce texte si on lui demande le passage qu’il préfère ?
Ceci :

 

Arthur

 

merci Arthur, de donner toute sa place à un si petit mot, mais porteur de plein d’espoir !
J’encourage ici, chaque lecteur, à entreprendre toute une litanie de phrases commençant par ce bel adverbe chargé de possibilités infinies.

 

Que faire à partir de  » Si je résume » récit autobiographique.

parler du journal intime. Qui en tient, ou en a tenu un ? Quelqu’un a-t-il envie d’en lire un passage ( peu compromettant ) De quoi y parlez-vous , en général  ?

On peut tenir, en classe, sur un mois, et sur ordi,  une sorte de journal de classe, où l’on y consigne les faits, ( ce qui se passe, en classe, hors de la classe, en ville et dont on parle, dans les actualités etc… et en mais aussi les ressentis des uns et des autres face à tout cela. Chaque jour, un élève tient une page de ce journal, et peut l’agrémenter de photos, petits films, etc… ca fait une oeuvre commune à la fin.

Bien sûr, on peut, on doit ! étudier au moins des extraits du Journal d’Anne Franck. Et, ou, pour les plus jeunes, deux livres que j’ai écrits :  » La grande peur sous les étoiles  » ( chez Syros) et « Le bébé tombé du train  » chez Oskar éditions. Et puis, si vous le retrouvez sur internet, il y a aussi  » Miriam ou les voix perdues  » chez Syros.

Chacune des anecdotes que je raconte dans  » Si je résume » est conclue par une sorte de pensée, d’aphorisme ( faire chercher l’explication de ce mot dans le dictionnaire) Alors chaque élève peut raconter ainsi une anecdote significative et la conclure, lui aussi, par une petite sentence philosophique qui résume ce que l’on peut tirer de cette aventure.
Ou bien on fait lire un texte dans le livre de français, et on demande de la conclure par un bel aphorisme.

On peut aussi faire lire n’importe quel livre et en faire un  » Si je résume » d’une page ou deux, chacun résumant à sa manière, ce qui permet de se rendre compte que chaque lecture aura été différente, et que personne n’aura sans doute la même échelle de valeur, les uns trouvant tel événement raconté plus important que le reste, et d’autres attachant plus d’importance à un passage passé inaperçu ou anodin par les autres.

On peut encore  » dater  » mon livre, dire tout ce qui a changé, pour les filles, pour les garçons, pour tout le monde. En profiter pour dire tout ce qu’on aimerait qui change encore…

on peut raconter une humiliation subie, soit par un enseignant, ou un membre de la famille, soit par un autre élève, cette secrète violence.

On peut enfin parler d’un livre où le personnage principal nous est apparu comme une sorte de double possible, ou de soeur, ou frère d’âme.

Purement stylistique : Définir ce qui est familier, ce qui indique l’époque, le milieu d’origine. Le style parlé, le style littéraire. Ce qui est de l’ordre du subjectif, de l’affectif, et de l’objectif, du social..
Deux sortes d’écriture : écrire quelque chose comme on nous le demande en classe, et puis l’écrire comme on aurait envie de le dire, si on n’était pas en classe : le dire à un adulte, le dire à un copain, le dire à un tout petit, le dire à un écrivain, à une star, à. son animal favori, à… Parler de soi de façon personnelle, et ensuite impersonnelle……

LEUR APPRENDRE A ÉCRIRE

Cet article a été écrit à la demande de Marie Lallouët, rédactrice en chef de la revue des Livres pour enfants à la BNF. Il fait partie des 22 entretiens (donnés par 22 auteurs -jeunesse ) plus un cahier pratique publié en Hors série ( N)2) sous le titre de « Secrets d’auteur, » où chacun pourra découvrir, ou retrouver , témoignages, réflexions, et la voix personnelle des écrivains par cette revue rassemblés.

AVANT PROPOS

Auteure pour la jeunesse, Jo Hoestlandt prend souvent le train pour aller animer des ateliers d’écriture un peu partout en France.
Drôle d’idée pourra-t-on penser…
S’il n’y a pas de recette magique pour mener un atelier d’écriture, le témoignage de Jo Hoestlandt éclaire avec sincérité cet exercice à haut risque.

L’ARTICLE DE JO.H

Mahmoud Darwich parlant d’Etel Adnan, peintreet philosophe, écrit : « Elle n’a jamais écrit une mauvaise ligne ». Jamais ? C’est mettre la barre bien haut ! La seule barre
que je connaisse, en écriture, est à portée de main. C’est la ligne que l’on suit, visible sur les cahiers, invisible sur la page blanche ou l’écran. Non qu’il soit mauvais, en soi, de se fixer pour écrire un horizon à rejoindre, ou un point culminant. Mais nous n’avons pour
les atteindre que de pauvres moyens : les 26 lettres de l’alphabet et nos dix petits doigts ! Je pense donc qu’il faut aborder l’écriture avec beaucoup d’humilité.

Ne pas avoir peur des «mauvaises lignes». 

Écrire le mieux possible, oui, sans doute, mais je ne pense pas qu’il faille absolument refouler les«mauvaises lignes » des livres. Qui sait si ce qu’on aura dénigré ainsi ne sera pas, pour quelque lecteur inconnu, une bonne ligne, celle qui lui dira, à lui, avec les pauvres mots mal choisis, ce qui lui cabosse, lui pourrit la vie — ou à l’inverse, ces « mauvaises lignes-là», sans brillant, sans écho, sans éclat, seront peut-être celles qui feront rire quelqu’un dont la vie se déroule sans sel, sans brillant, sans écho et sans éclat…
Il y a de la place pour tout, dans l’écriture : le bon, le moins bon, et, j’espère, même pour le «mauvais ».
C’est la première leçon qu’on tire à animer des ateliers d’écriture. Ce n’est pas pour autant qu’on ne peut essayer de se demander ce qu’est «une bonne ligne».
Mais comment savoir ?
De l’enfant que j’ai été à l’adulte-auteur que je suis devenue, à quoi ai-je toujours
considéré qu’une ligne, une page, une histoire, était bonne?

Reconnaître une «bonne ligne»

Enfant, j’ai beaucoup lu, à m’en user les yeux, comme le craignait ma mère qui aurait préféré que je joue. Mais moi, je voulais toujours lire. De tout. Je lisais dans le désordre, en toute insouciance de ce qui était « bon » ou moins bon, voire «mauvais ».
Personne ne m’ayant indiqué que je trouverai peut-être plus de « bonne lignes » dans les Contes de Shakespeare ou dans l’Oliver Twist de Dickens que dans le Journal de Mickey, je dévorais tout avec la même faim, le même entrain, la même joie, m’identifiant tout autant
à la petite Annie orpheline du Journal de Mickey qu’à ce pauvre Oliver dans les bas-fonds anglais. Les bonnes lignes alors étaient partout. Il suffisait que mon coeur batte plus fort, que les mots des histoires me fassent monter aux yeux larmes de tristesse ou de gaîté, et je trouvais que la mission de l’auteur était remplie. Je lisais tout, et dans l’urgence. La bibliothèque Rose, la Verte, la Rouge et or qui rimait avec « trésor ». Les mots devaient remplir en moi un gouffre sans doute abyssal au bord duquel je me tenais en sentinelle ; aussi terrorisée d’y tomber qu’espérant toujours en voir miraculeusement ressortir quelqu’un, quelque chose, perdu, que les lignes de mots alignées comme les barreaux d’une échelle de corde m’auraient aidé à remonter.
Voilà comme je voyais, enfant, à quoi servait l’écriture des autres. À remonter : les pendules et le temps, ce et ceux qui sont tombés, à revivre et faire revivre.
Une bonne ligne écrite, c’était en somme, comme une bonne ligne de pêche. Le fil tendu plongé dans le fond de l’eau sombre qui grouille d’une vie pleine d’inconnu et au bout de la ligne, tout à coup, le miracle brillant du poisson qui s’agite, dont on tiendra la vie entre les mains.
Plus tard, à l’école, au lycée, on m’a appris, avec un certain dédain que j’ai détesté que la petite Annie du Journal de Mickey et Oliver Twist, ce n’était pas pareil. Dans la foulée, j’ai découvert, ahurie, que le Chat-qu’est-ce-paix-art de l’étagère du placard de grand-mère et le Shakespeare du lycée et dont on disait qu’il était le plus grand écrivain anglais ne faisaient qu’un! Ce fut une découverte sensationnelle !
Relisant tout cela, j’ai finalement convenu que Mickey n’était pas à la hauteur de Dickens et Shakespeare, même si, sur le moment, cela m’a bien déçue. J’ai admis que oui, c’était vrai, il me fallait plus de temps — et ça, c’était délicieux — pour lire Dickens ou Shakespeare que les histoires du Journal de Mickey. J’en imaginais par ailleurs mieux les décors, j’y lisais l’histoire d’une époque inconnue, j’y côtoyais des personnages plus intéressants, et emportée dans le torrent des événements, j’y frémissais de terreur, alors qu’Annie la petite orpheline me faisait simplement pitié et la directrice de son orphelinat
me donnait seulement envie de la claquer.
J’ai cependant, par fidélité, toujours gardé tendresse et estime pour mes livres moins reconnus, comme on reste attaché aux personnes qu’on a aimées, et le mal qu’on m’en a dit a renforcé mon obstination à les défendre, toujours.

Mais de mes lectures diversement appréciées, j’ai tiré une leçon qui m’a servie toute ma vie d’auteur.
Le plus grand écrivain anglais avait parfaitement su cacher son jeu ! Il avait su écrire de telle sorte que les petits enfants, comme je l’étais alors, pouvaient tout autant comprendre et aimer ses histoires que les doctes professeurs du lycée ! C’était cela, le grand talent !
J’ai gardé — en toute simplicité — cet idéal de la belle et bonne ligne : elle doit parler aussi bien, aussi directement, au petit qu’au grand, à celui qui ignore comme à celui qui sait, et pour cela, elle doit aller au coeur.
Chacun croit qu’elle est pour lui et n’y voit que du feu.
Car ces histoires, lues dans l’enfance, j’y croyais de tout mon coeur. Pas comme au Père Noël, non. Comme à Dieu plutôt, mais avec moins d’appréhension. Parce que Dieu, d’après ce qu’on m’enseignait, demandait beaucoup plus que les histoires qui elles, demandaient
seulement qu’on croit en elles, rien de plus.
Il y avait, il y a, dans l’écriture, un don d’amour, inouï, fabuleux.
Une bonne ligne, alors, dès le début, pour moi, ce fut cela: des mots-cadeaux posés dessus que l’on peut garder, emporter partout avec soi, toute sa vie et en secret.

Car c’est aussi ce qui m’a plu, tout de suite, dans l’écriture : la relation secrète qu’on entretient avec elle, dont on peut parler, ou pas, comme on parle de son amour, de sa peur, de son désir, de sa rage, de ses doutes, de sa vie… ou pas. Celui qui a écrit ce livre
que je lis ne m’a jamais rencontrée et pourtant, si. Sûrement. Car en secret, en filigrane, il me parle de moi. Comment a-t-il appris tant de choses sur moi ? Mystère. Je ne sais comment, il a deviné. Mais point de panique, il apporte mais ne « rapporte» à personne.
Alors une bonne ligne, c’est encore cela : entre les mots, tout autant de blanc ; qui n’est pas du vide, mais du souffle, une respiration qui s’accorde à la nôtre.
C’est munie de ces viatiques-là acquis dans l’enfance, que j’ai mené, auteur-adulte, des ateliers d’écriture avec les enfants, les adolescents, et parfois les adultes qui, pour quelques heures, m’ont été confiés.

De toutes les couleurs
Il y a ceux qui vous regardent en face et vous annoncent tout de go, avec un air de défi : «Moi, j’aime pas lire, j’aime pas écrire ! », prêts à mener croisade contre le diktat de l’écrit.
Ceux qui ne vous regardent pas, ne vous regarderaient pour rien au monde, parce que déjà, un regard, c’est trop, une brèche où je pourrais peut-être lire quelque chose que je leur demanderais d’écrire, et alors qui peut savoir ce qui se passerait !
Ceux qui vous sourient pour ne pas avoir à parler, ou qui parlent de n’importe quoi d’autre, mais surtout pas de ce pour quoi je suis venue, et pour quoi ils sont là, qui essaient de noyer le poisson pour ne pas avoir à le pêcher. Ceux qui posent plein de questions sans réponse, des points d’interrogation partout qu’ils laissent pointés en l’air comme des clous enfoncés dans rien du tout. Et ceux, marteaux, qui assènent des réponses
à des questions qui ne se sont même pas posées.
Ceux qui se retournent tout le temps, sûrs qu’il se passe des choses plus importantes derrière eux que devant, ceux qui cherchent dans leur sac ce qu’ils ne trouvent pas dans leur tête, ceux qui raclent les pieds sur le sol pour participer, ceux qui lèvent la main parce qu’ils n’ont pas le droit de lever le derrière de leur chaise, ceux qui se grattent le nez, la gorge, le coude, ceux qui n’ont pas de stylo qui marche, ceux qui en ont plusieurs, mais
qui ne les retrouvent pas, pas de feuille, pas envie, pas d’idée, pas les moyens, pas maintenant, qui soupirent…

Des ateliers d’écriture ? Pour quoi faire ?
C’est une vraie question. Écrire pour quoi faire ?
— C’est comme vivre : pour quoi faire ?
— Oh bah non ! C’est pas comparable, quand même, me répond-on.
— Pour moi, ça va ensemble, ça se tient. Je mets de l’écriture dans ma vie et ma vie, chaque jour, je l’écris. Vous aussi… Votre vie s’écrit chaque jour. Avec vous
ou sans vous…
Ils ont souvent un regard de chouette éblouie quand je leur parle. Non pas par la qualité de mes propos, mais, je crois, par l’étrangeté de leur surgissement dans un lieu qui leur est aussi familier.
Je les regarde, et j’éprouve une vague de tendresse. Pour eux et pour moi, car immanquablement, je pense à la petite fille, à l’adolescente que j’ai été, il y a…
plus d’un demi-siècle. Qu’ont-ils de commun avec moi, ces jeunes, assis là et qui aimeraient pour la plupart, être ailleurs, à mille lieues de cette classe, à rire avec
les copains ? Mais pas plus que moi, à l’heure où l’on est, ils n’ont le choix. Nous sommes embarqués pour une heure, deux, ou un peu plus, passagers du même bateau ivre. Ils me prennent pour le capitaine, mais je ne suis sûre de rien, ni de la cause du voyage, encore moins de son but. Je sais seulement d’où l’on part, c’est d’ici et c’est maintenant.
Quelquefois, le professeur dit pourquoi, à son avis, je suis là, ce qu’elle/il espère, ce qu’elle/il attend d’eux. Elle/il a sa voix des grands jours, guindée ou trop enthousiaste, sévère ou charmeuse.

Maintenant, c’est à moi de parler.
Je ne suis pas solennelle, plutôt simple, basique, afin que chacun puisse au moins commencer. Je donne un exemple, j’ouvre un chemin. UN chemin, pas LE chemin. Déjà, ça, c’est déstabilisant : qu’il y ait plusieurs chemins, autant que de participants, ils n’aiment pas trop, ce n’est pas rassurant. Comment savoir, du coup, si on prend le bon chemin ?
— Bah on ne sait pas, je dis, avec désinvolture. On verra bien.
— Oui, mais si j’ai écrit tout ça pour rien ?
— Ça n’existe pas « écrire pour rien » !
Ils bougonnent, ronchonnent, me lancent des regards mauvais. On voit bien que je ne suis pas eux ! Car la principale difficulté, pour eux, c’est vite :
— Madame, c’est bien ça ? Je peux dire ci comme ci ou c’est mieux comme ça, je ne sais pas, moi !
Et puis, sans arrêt, tous :
— Comment ça s’écrit ?
Ça s’écrit. Comme si « ça » avait sa propre vie et décidait tout seul de s’écrire sur leur papier. Si les mots deviennent vivants, alors on a affaire avec eux autrement. On
progresse !
Je les regarde, ceux qui avancent le front baissé comme s’ils avaient à lutter contre les éléments déchaînés, ceux qui gribouillent de petits dessins pour que leur main continue de faire quelque chose quand leur tête est vide, ceux qui ont les yeux dans le vague, un mot leur a échappé et ils voulaient courir après, mais un autre est venu, qui ne veut rien dire et les déroute encore davantage… Ceux qui s’énervent et cherchent qui énerver pour se sentir en meilleure compagnie qu’avec eux-mêmes, ceux qui fatiguent, dorment à moitié, ceux qui ont plaqué leurs deux mains sur les oreilles pour ne plus rien entendre, mais alors ils entendent le bruit de leur coeur et c’est pire que tout, ceux qui, paresseux, ont renoncé dès le début pour se sauver et se retrouvent malgré tout, prisonniers, malheureux…

Je les aime encore, celui qui s’éveille et celui qui dort. Porteurs de merveilles, ils sont merveilleux !Je crois encore qu’en une heure, ou deux, une graine peut germer, un arbre dont chaque branche est une phrase grandir, fleurir, crever le plafond de la classe,
leur faire atteindre le ciel en haut et le magma en bas.
Je rêve avec eux.

A l’épreuve.

Et puis, je passe près de chacun d’eux. Je les lis. Et je dois retraverser mon rêve d’eux. À l’envers.
Là où j’attendais du rouge, c’est marronnasse, où je rêvais de nuit, c’est brouillard, là où j’aurais aimé de l’or il n’y a que plomb, le pont est un tunnel, la foudre une maigre étincelle, un pet pour un tonnerre, ni larmes ni vallées, aucune éternité à retrouver.
Il n’y a pas eu de miracle.
Ma tendresse pour eux s’évanouit, gâcheurs de mes heures, de mes rêves, fossoyeurs d’étoiles et de cieux, vous qui n’êtes ni sourds, ni aveugles, ni muets, pourquoi vous taisez-vous à la fin, pourquoi faites-vous comme si vous n’entendiez rien de rien, ne voyiez rien du tout ?
Je m’entends leur demander plus sèchement de travailler maintenant, chaque mot, chaque phrase, chaque ligne, plus impitoyable que Clint Eastwood
Ils sentent que je suis en colère, ils ont peur, ou ils sont surpris, ou ils me défient, ils se mettent en colère aussi. On va se battre. Tant mieux ! De là sortira bien du feu,du sang, des larmes, de la vie… Non ?
Parfois oui, et alors je leur pardonne tout ! C’est ainsi que les derniers de la classe, parfois, à leur stupéfaction, se surpassent ! À la remarque désabusée du prof qui lit leurs petites phrases riquiqui «Vous ne vous êtes pas cassés !», je m’empresse alors de substituer :
«Au contraire ! Moi je vois que vous vous êtes cassés ! En plein de petits morceaux, même ! Car chaque phrase, brève, tranchante, se reçoit comme un vrai coup de couteau en plein coeur !» Le texte auquel je pense, commençait ainsi : «On a 14 ans, on est des garçons,
on aime le foot, on regarde les filles…» Et se terminait par, je m’en souviens : «On est vivants !» Comment mieux dire, ce qu’on est à 14 ans ?…

Mais parfois rien de bon n’advient. Alors je m’en veux. Quelque chose en moi se fend plus encore, se brise, je vieillis d’un coup, peut-être que je meurs un petit peu.
Je leur dis alors :
— Arrêtons ! Arrêtons tout, arrêtons-nous.
D’écrire, de ne pas écrire, de piétiner la page, d’être en nage, en rage… Faites silence, s’il vous plaît, faites silence, un beau silence… que je retrouve l’essentiel, que je vous le dise, qu’il y ait cela, au moins, qui vous soit donné, qui vous reste, après moi…
Et dans ce silence-là, qui n’est plus ni maussade, ni de repli, ni de refus, alors je leur dis ce à quoi je tiens tellement, ce pour quoi je suis vraiment venue, qui n’est pas ce que le professeur pense, ce qu’ils croient, ni ce pourquoi on me paie. Si je continue, malgré toute
la fatigue, les déconvenues, la lourdeur ou le froid des jours de faire encore ces ateliers d’écriture, c’est que… C’est plus fort que moi !
Il y a des choses à dire, il faut bien que quelqu’un les dise…
Que deviennent les choses tues ? Continuent-elles seulement d’exister ?
Et je voudrais seulement qu’après mon départ, ils gardent comme un trésor, un mot, un seul mot, de ce qu’ils ont entendu, et l’écrivent.

Dans le train, le métro du retour, j’en reviens à ce que je sais et que pourtant j’oublie à chaque fois : on peut écrire de bonnes lignes, et c’est merveilleux. Mais on peut aussi en écrire de moins bonnes, de mauvaises, comme n’en a jamais écrites Etel, et ce n’est finalement ni dommage ni problème. C’est seulement que nous n’avons que dix doigts et 26 lettres, que nous n’écrivons pas dans le ciel ni ne gravons la roche ou le sable, mais sur une feuille de papier, si fine, si légère, qui ne demande qu’à s’envoler avant même que
les mots y soient imprimés.
Quand elle nous touche, cette ligne bonne ou mauvaise, c’est une grâce qui nous est faite, et il n’y a personne à remercier.

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Cuatro historias completamente chifladas

Je m’étais beaucoup amusée avec ces quatre histoires de mamie-chien qui garde ses petits chiots le mercredi, cherchant, à chaque histoire, à leur garder leur caractéristiques canines et à leur offrir une vraie personnalité.  La toute fin de ce recueil, en espagnol, donc, et ce sont les toutous qui parlent :

« Abrimos la puerta del balcon. Peseta no tenia ganas de hacer pipi, pero yo si. Regué todo : pequenos rosales y petunias, pensamientos y begonias. Y luego esperamos, apostados muy cerca de la puerta para entrar muy aprisa, en dado caso. Pero, nada sucedio. Nada absolumente, por lo que una de dos : o la pipi de perro, a pesar de los temores de abuelita, no tiene ningun efecto en comparacion con los zumanos– lo cual no podiamos creerlo- o abuelita Piel de Perro nos conto puras mentirillas- lo cual no queriamos creerlo.

Al final decidimos que estas cosas tan misteriosas debian de suceder una sola vez, como suceden todas las cosas maravilosas y terribles, y volvimos a acostarnos junto a nuestra bienamada abuelita, quien abrio un ojo cuando sintio que nos acercabamos a ella, un ojo en el que danzaba une pequena luna dorada. »

Pardon pour la graphie incorrecte ( les accents propres à l’espagnol )

Extraits en anglais, en espagnol, en allemand, en coréen, en turc….

La plupart de mes livres ont été traduits, et ces volumes traduits sont (mal) rangés dans ma cave, bourrés de poils de chats car mes minous, qui ne sont pas chats d’écrivain pour des prunes, ne dorment QUE sur les livres, les cahiers, les claviers.

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Je me propose de mettre ici des extraits de ces livres traduits, petits morceaux choisis, moins les poils de chat que je garderai pour moi !

Soit : Miss Pétoche, en turc ! donne Fostin’in Günlügü . Apparemment, « auteur » se dit :  « yazan » ! et illustrateur ( trice)  « resimleyen ».

Je m’aperçois qu’en turc, certains s prennent des cédilles, ce qui n’était pas compris dans le prix, modeste, que j’ai mis dans mon ordi ( pas très jeune, en plus !) Il faut donc que je vous trouve un petit extrait sans ce diable de S à cédille. Pas fastoche. cette lettre-là doit correspondre à une lettre très banale. Et pas de bol, j’avais trouvé une phrase sans la lettre maudite, mais elle comportait un G accentué ! Et ça non plus, je ne sais pas le faire. Cela me rappelle, en toute modestie 🙂 « les lettres persanes » de Montesquieu ( ont-elles été traduites en iranien, en turc ? et leur bien connu des lycéens ( de mon époque…)  » Ah ah ! Monsieur est persan ! C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être persan ? « ) je vous écris la seule petite phrase que j’ai dégotée sans les lettres que mon clavier ne connaît pas :  » Sonra bahçeden evin yanindaki küçük yola çiktim. Hiç araba yok. Istersem yolun ortasina boylu boyunca uzanabilirim. Biraz saçma olurdu belki ama bir kasa olma ihtimali sifir ! Iste bunun adi özgürlük olmali!  »

Voilà. j’ai un peu triché à la dernière phrase, parce que le s de « iste » avit une cédille, mais bon, je demande l’indulgence à mes jeunes lecteurs turcs, et pour les autres, comme le turc c’est du chinois, ils n’y verront que du feu !

que faire avec  » Qui attend qui ? »

« Qui attend qui  » est un petit album carré, très illustré et coloré, paru chez Flammarion. Il s’agit d’appeler un chat un chat ! et il ne vient pas. Le chat a toujours autre chose à faire.

On peut demander aux enfants de maternelle s’ils ont un chat. De le dessiner.. S’ils n’en ont pas, d’imaginer le chat qu’ils aimeraient avoir et de le dessiner. Qu’est-ce que fait leur chat, dans la journée, décrire ses différentes activités observées, les dessiner. Pour  aller plus loin, dans l’imaginaire, qu’est ce que le chat ne fait pas ? Mettre des chaussettes , des bottes ? Manger avec une fourchette ? prendre un bain ? Se brosser les dents ? Aller à l’école ? Dessiner cela, un chat qui ferait des choses que les autres chats ne font pas.

Comparer avec des contes ( le chat botté, celui d’Alice au pays des merveilles, …)

Partir du temps : quand est-il temps de faire ceci ou cela ? Qu’est ce qui n’attend pas ? ( heure de l’école, de la récré, de se lever…) qu’est ce que maman ou papa n’a jamais le temps de faire ? qu’est-ce que l’enfant doit attendre ? qu’est ce que les grands doivent attendre, à leur avis ? et pour plus d’imagination : qu’est que le roi, ou le président attend ? Et la grand-mère ? La maitresse ? le docteur ? la police ? Le voleur ? Qu’est ce que la girafe, le lion, le poisson etc… attendent ?

illustrer tout cela. et puis, pour encore plus loufoque, tout mélanger : la maîtresse attend ce qu’attendait le poisson qui attend ce qu’attendait le lion and so on !

que faire avec  » Trois soeurs » paru chez Gallimard

EPSON MFP imagec’est un grand et bel album, lisible de 6, 7 ans à bien davantage. On y parle de la famille, des liens avec frères et soeurs, parents. On y parle du temps qui passe, d’une époque différente de la nôtre. C’est un récit qui se passe dans l’Angleterre victorienne, on y parle du temps qui passe, d’une autre époque, mais on y retrouve les sentiments que chacun éprouve : la difficulté de trouver se place, d’être le plus jeune, de conquérir son indépendance, sa liberté. De quitter sa famille et sa maison aimées.

On peut demander aux plus jeunes de dessiner le lieu de leur habitation, avec précision, le plan, la place des meubles, ce qu’ils voient dedans et dehors. on peut leur demander de décrire leur vie, en gros, et en détail. Chacun pourra ainsi entendre, voir, des vies qui ne sont pas la sienne, comparer, s’étonner. On peut ensuite étendre cette étude, toujours avec les plus jeunes, à des pays differents, voir à quoi ressemble la vie de ces autres enfants dans ces pays-là.

Avec des enfants un peu plus grands, on peut demander, en plus de précédemment, de parler de leurs rapports avec les frères et soeurs, ce qu’ils aiment faire ensemble, ce qu’ils font seuls, s’ils sont satisfaits de leur place dans la fratrie. Et s’ils n’ont ni frère ni soeur, s’ils en sont plutôt contents, ou pas. On peut leur demander quand ils ont été jaloux, quand ils ont été heureux, tristes etc… au milieu des autres, chez eux. S’ils ont des objets qu’ils préfèrent, ce qu’ils trouvent joli, chez eux. Comment ils imaginent leur avenir, ce qu’ils pensent qu’ils feront, où ils iront.

On peut faire réfléchir et écrire les plus grands à partir de certaines phrases du livre. Propositions : écrire, décrire, dessiner, coller…

  • Dans sa vitrine fermée à clé, elle rangeait ses petits objets
  • Martha occupait la chambre qui donnait sur la rue où se passaient mille choses passionnantes
  • Dans ces moments-là, je détestais mes soeurs
  • Quelquefois, cependant, il m’était doux d’être la petite
  • Mais la vie passe, et ce que l’on croyait éternel ne l’est pas.
  • ceux qui ne sont plus là demeurent toujours près de nous, mais d’une autre façon, c’est tout…
  • je fis un beau voyage, je vis d’autres paysages… le monde est grand

activités autour de Césaire, le veau vert ( en libre accès dans la rubrique « adopter »)

L’enseignant pourra commencer par la lecture instructive de « ma vie » seul livre écrit par Chagall, en français. Il l’a écrit dans une langue assez belle, poétique, imagée, et le lire nous en dit beaucoup sur ce que représentent ses tableaux. On pourra en profiter pour voir également des icônes. Dans les tableaux de Chagall, on a tout autant affaire au réel et au rêve, on peut alors avec les enfants, étudier dans les représentations de tableaux, ce qui est du domaine du réel, et ce qui est plutôt du domaine du rêve, de l’imagination. Parfois, c’est presque rien qui transforme le réel, par exemple, juste la couleur ( comme le veau vert)

Avec les plus grands ( CM ) on peut jouer à faire, sur deux colonnes, des listes de choses réelles, et à côté, les transformer : une fauteuil devient un gros crapaud. Un phare, un oeil de voiture… Et faire deux dessins : un, composé des vrais objets, l’autre, des objets transformés. Puis, découper, mêler. Même chose, ensuite, en texte. Remplacer  » phare » par oeil, etc…  nota bene : J’ai, sur ce thème, écrit un petit album « le voyage extraordinaire de petit Pierre » illustré par Charles Dutertre chez Nathan.

On trouve aussi beaucoup de jeux de mots, dans ce texte, à partir du mot « veau », mis à toutes les sauces ! Ils peuvent en fabriquer eux aussi, bien sûr, c’est. Et à partir d’autres mots. C’est le jeu des mots-valises.

Le texte fait aussi appel à la notion de  » différence » mal acceptée. J’ai souvent écrit sur ce thème : « Emile, bille de clown, » chez Bayard.  » Coup de théâtre à l’école » chez Bayard aussi, « la danse de l’éléphante »  chez Actes Sud… cela peut être l’occasion de faire réfléchir les enfants sur le rejet de l’autre à cause de son apparence physique, sur l’impact des moqueries, leur faire jouer, chacun, le rôle du bouc émissaire face aux quolibets. Leur demander de trouver des réparties bien senties pour désamorcer la riposte par la violence. Cela fait mesurer le poids des mots.

que faire avec le bateau rouge d’Oscar ?

Le bateau rouge d’Oscar est un beau grand album publié chez Flammarion et illustré par Amandine Piu. .

j’ai fait des animations en école maternelle autour de cet album. On se demande, avec les enfants, ce que devient le petit bateau parti vers l’horizon. Chacun fait une proposition, on en fait une liste, et on tente, à partir de cette liste, d’ordonner, de coordonner le catalogue des faits.

le plus : j’étais venue avec un bateau rouge, et même, deux bateaux. Je les ai déposés derrière la porte de la classe. A un moment, mon téléphone a sonné ( la maîtresse, en catimini). Elle a dit qu’elle était la mouette Coquillette, et qu’elle voulait parler à Oscar ( il y en avait un dans la classe) et à l’enfant stupéfait, elle a affirmé qu’elle avait vu son bateau sortir de la mer, s’en retourner en ville, vers l’école. Ensuite, ça a frappé à la porte, Oscar est allé ouvrir. Et là, se tenait le bateau rouge, trempé d’eau par les soins d’une maîtresse.

Stupéfaction garantie ! Et mille aventures, à partir de là, suggérées. qu’on écrit, qu’on illustre.