LA REVANCHE DES PAPILLONS

 

 

C’est un nouveau petit poche de chez Magnier dans cette petite collection très reconnaissable de textes brefs mais forts.
Je ne saurais pas bien vous résumer ce récit, autobiographique mais qui raconte quoi, au juste ?
Quelques anecdotes, autour de la campagne, des animaux, de leur vie et de notre tendance à la leur ravir pour notre consommation, ou notre plaisir.
Et puis de l’écriture, qui fait vivre, et revivre, des livres dont les personnages comptent parfois tout autant que les vraies personnes qui nous entourent vraiment.
Quelques pages pour s’élancer dans le vide, comme un papillon.
Je donnerai beaucoup ce livre je pense, à tous ceux que j’aime, j’ai déjà commencé à le faire, à mes amis écrivains pour grands et petits, tous me disent qu’il les touche beaucoup et je sais que c’est l’un de mes livres les plus  » justes », dont je ne pourrais changer un seul mot. Il m’a été comme dicté, soufflé,  par une voix intérieure, plus forte, plus puissante que je ne le serai jamais.
Il me dépasse, ce tout petit petit livre-là. Et j’en suis heureuse.

Au cas où, sa couverture et son résumé sont bien présentés, sur You tube. Je ne parviens pas à mettre le lien.

La vache qui savait lire

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Beau et grand nouvel album pour les plus jeunes paru au Père Castor !
Les illustrations, légères, rigolotes et poétiques,  sont de Lucie Maillot qui tient un blog très sympa, où elle avait fait des essais de vaches pour s’entraîner à la nôtre, je suppose.
Elle y a dessiné aussi un très bel arbre vert et rose tendres, très joliment feuillu, autour de sa boule de gras.
Cela se passe à la campagne avec une petite Jeanne, qui, au bout de son jardin, a vue sur un pré où paissent trois vaches, une noire, une blanche et une brune dont elle s’amourache.
Avec Mirabelle, son amie la vache, Jeanne joue, parle, apprend.
Et ce qu’elle ne sait pas c’est qu’à son contact, la petite vache fait de même.
de sorte que, lorsque Jeanne, assise dans le pré auprès de Mirabelle, va répéter son alphabet, puis déchiffrer son premier livre, la petites vache, en secret, fera de même.
Et le jour où, malade, Jeanne ne pourra rejoindre Mirabelle dans son pré, la petite vache viendra à elle et…
Une histoire douce, tendre, où l’imagination l’emporte.
Ce livre devait s’appeler  » la vache qui lit ! « , merveilleux titre qui fut refusé pour avoir déjà été utilisé en vue d’un prix, je crois, ce dont je suis bien marrie. Mais l’histoire reste la même, et je compte bien revenir à Mirabelle et lui faire vivre encore moult apprentissages en compagnie de son amie Jeanne.
j’ai toujours aimé les vaches, leur placidité, leur douceur, leur odeur, et leur lait que la fermière, dans mon enfance, versait dans le bidon de fer blanc que je transportais ensuite, avec précaution, jusqu’à la maison ( sauf la fois où je me suis pris les pieds et étalée avec comme Perrette et son célèbre pot au lait ! )
Je suis donc bien contente de vous présenter Mirabelle, et j’espère que les enfants lui feront bel et bon accueil.

De l’Yonne au Guadalquivir

Vous me demandez souvent, dans les classes, les CDI, les bibliothèques, si j’aimais lire quand j’étais enfant, quel était mon livre préféré et pourquoi. C’est une question qui quoiqu’attendue, m’émeut à chaque fois. Elle me permet de dire que, grâce à ce livre-là lu et relu des dizaines de fois, j’ai connu très intimement l’Andalousie bien avant d’y avoir posé les pieds.
Dans mon livre, Lolita n’était pas celle de Nabokov, mais la petite héroïne de  » La calèche du bonheur » dont l’histoire à la fois me ravissait et me déchirait le cœur. Cette histoire avait été écrite par Michèle Arnéguy dans la belle collection rouge et or que j’affectionnais particulièrement parce qu’on y écrivait avec talent de très longues et belles histoires pleines de grands et beaux sentiments.
Dans mon livre, donc, Lolita était assise, jambes allongées, sur une terrasse de Séville d’où elle entendait sonner les cloches des innombrables églises tandis qu’on l’appelait pour je ne sais plus quoi d’ennuyeux. Elle rêvait.
Moi pareil.
Ou presque.
Je n’avais pas de terrasse mais j’étais assise sur le rebord de la minuscule fenêtre qui donnait sur la cour où piaillaient les poules et cancanaient les canards, tandis que sonnait la cloche de l’unique petite église de Champs sur Yonne et que l’on m’appelait pour aider mon père un peu débordé dans la petite salle du restaurant des Rosiers que tenaient mes parents. Et je rêvais, pareil.
Dans mon livre, Lolita était du  » campo » qui veut dire  » Champ  » justement, quelle coïncidence, vraiment ! Dans son campo, la campagne andalouse, sauvage et poussiéreuse, l’accompagnait le meuglement lointain des taureaux, et surtout celui de Guapo, SON taureau, qui l’aimait. Dans le beau jardin qui entourait sa grande maison qui s’appelait la Palmera, poussaient des rosiers, des lauriers -roses, la glycine, le jasmin, des palmiers, des cyprès… et sur les collines tout autour se dressaient des centaines d’oliviers.
Moi pareil.
Sauf que ma campagne était verte, que ce que j’entendais meugler c’étaient les vaches de la fermière d’à côté, que je n’avais pas de taureau  mais un gros chien qui s’appelait Stamp et qui m’aimait, et sur les collines poussaient des vignes et des cerisiers qui se couvraient en mai de gros fruits ronds et rouges comme des nez de clown…j’avais une tonnelle couverte de petites roses roses comme de tout petits poings de bébés.
Lolita était brune aux yeux vers, elle était assez bizarrement attifée de vêtements cousus main, tirés des robes que sa grand-mère avec laquelle elle vivait ne mettait plus. Sa grand-mère était une grande dame sévère mais avec un cœur d’or.
Moi pareil.
Brune aux yeux verts. Sauf que ma grand-mère qui vivait avec nous aussi n’était pas une grande dame, mais plutôt une grande gueule, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un cœur d’or et d’ailleurs elle aussi me taillait des robes un peu bizarres et donc tout se rejoignait.
Dans mon livre coulait le Guadalquivir et je n’avais pas attendu Federico Garcia Lorca pour l’entendre chanter, y voir se dresser les joncs, y briller le dos des poissons et les cailloux ronds comme des genoux d’enfant.
Moi, je voyais couler l’Yonne sous le pont qui reliait Champs sur Yonne à La Cour Barrée, l’été je m’y tordais les pieds sur les gros cailloux au bord et mon père y pêchait de gros brochets pleins d’arêtes mais les clients s’en régalaient.
Et puis surtout, dans mon livre, le Guadalquivir avait débordé, la crue avait emporté Juanito, le petit frère nouveau-né de Lolita, mais pas Lolita. Qu’était devenu ce bébé ? Sa mère attendait toujours qu’un miracle arrive, que Juanito, dix ans après, réapparaisse…
Moi pareil.
Sauf que mon frère jumeau avait été emporté par les eaux sorties de ma maman…
À la fin de l’histoire, Juanito revenait, miraculeusement retrouvé, sa maman resplendissait de bonheur et Lolita le serrait contre son cœur. Ils partaient tous en calèche à la féria  de Séville.
Moi pareil.
Sauf que c’était à la fête foraine d’Auxerre, et que la famille s’entassait en Peugeot 403.

Et que le petit frère que je serrais contre mon cœur n’était pas celui qui avait disparu mais était né, pour le remplacer, miraculeusement car je ne savais comment, 3 ans après moi.

deux lectures parmi d’autres

Il me faudrait plus de temps pour vous en parler mieux et plus longuement, mais à force de remettre à plus tard, à quand j’en aurai le temps, je m’aperçois que ce moment n’arrive pas vraiment, alors tant pis, et peut-être même tant mieux puisque les deux premiers livres, au moins parlent de cela : le temps qui n’est pas une ardoise que l’on efface, même si notre mémoire au fil du temps tient plus de l’hôpital et du cimetière que du plein champ à l’horizon lointain.
Le premier livre dont je voulais vous dire quelques mots, est donc un livre de souvenirs d’enfance, très simplement écrit, et par conséquence à lire aussi.
Il s’agit d’un livre de Nicolas Delesalle :  » un parfum d’herbe coupée », acheté dans une gare quelque part, uniquement sur son titre évocateur, tant chacun porte en soi, le printemps venant, son propre parfum, terriblement odorant, de l’herbe coupée.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi, j’hésite toujours beaucoup à couper l’herbe sous le pied ! J’aime la vision d’une herbe folle dont le haut de la touffe ploie et remue en cadence sous le vent, comme celle des petites vieilles qui ne dansent plus que dans leur tête. J’aime penser à ce que les hautes herbes cachent et abritent, toutes ces vies minuscules qui  y fourmillent, inventives, j’aime l’allure des jardins un peu abandonnés, quand on s’y aventure ; sur notre passage, l’herbe haute caresse les genoux… à moins que les orties ne nous fassent faire des bonds de cabris ! J’aime les mauvaises herbes, les fleurs de trèfles et de pissenlits, ce qui pousse là par hasard, sans se gêner et sans qu’on le lui ai demandé, qui vient de je ne sais où.
Mais s’il faut un peu faire le ménage, en vue de s’y asseoir, de s’y coucher, ou d’un déjeuner sur l’herbe, alors effectivement, il faudra bien la tondre, la couper. Et le dommage sera compensé par le parfum, suave, sauvage, énivrant ( voyez comme les chats qui ont un odorat si fin, y enfouissent le museau, s’y roulent avec volupté !) composé de la réunion de toutes ces espèces d’herbes aux mille noms inconnus des profanes et qui donnera cette odeur unique, incomparable.
Bon, je vous rassure ! Le livre de Nicolas Delesalle n’a rien d’un traité de botanique,
non ! Il rassemble là ses souvenirs d’enfance, un album photo comme en possédaient autrefois toutes les familles, où chaque cliché était toute une histoire que l’on vous racontait en détail, entre larmes et fou-rires. L’auteur a vécu une enfance ordinaire, dans une famille comme tant d’autres, et c’est sans doute à cela qu’on doit de s’y reconnaître si facilement, et d’en reconnaître tous les vieux acteurs, si bien écrits, comme dans les premiers films en couleurs. Il cueille les fleurs du souvenir dans sa mémoire, nous les offre avec un sourire tendre dont l’âge n’a pas éteint l’espièglerie de l’enfant qui a été, et ces fleurs ramassées en un bouquet de 250 pages ont effectivement pour nous aussi, ce délicieux parfum d’herbe coupée.
Son récit est initié par une petite phrase que lui a jeté en pâture son vieux grand-père totalement somnolent et à côté de la plaque, à qui l’auteur venait de lancer : – tu piques un petit roupillon, Papito ? » et qui lui répondit, lui qui ne parlait que par borborygmes,
cette phrase parfaite : tout passe, tout lasse, tout casse…
Ce qui m’amène à vous parler de l’un de mes livres préférés depuis des années et des années, un petit livre que vous aurez peut-être un peu de mal à trouver et que l’on doit à Alain Rémond illustré par le photographe Luc Maréchaux et dont le titre est :
 » Les coulures du temps ». C’est un très petit, très mince opuscule gris, paru aux éditions Naïve.
Le nom d’Alain Rémond fut très connu à une époque pas si lointaine où il chroniquait ( pour les plus jeunes, non, ce n’est pas un gros mot ! ) dans l’hebdomadaire de Télérama sous le titre  » Mon œil » page que ses lecteurs, très nombreux, attendaient entre toutes pour en savourer l’humour et la tendresse. Il publia aussi, avec le même immense succès tellement mérité des livres de souvenirs personnels et familiaux  » Chaque jour est un adieu » « un jeune homme est passé »,  » comme une chanson dans la nuit », je n’en ai raté aucun. Grâce à lui, sa petite ville de Mortain, où il vécut son enfance et son adolescence au sein d’une famille très nombreuse, devint un lieu à voir, à visiter, pour vérifier qu’il n’y avait bien rien à voir, rien à visiter, hormis le paysage mental qu’en avait gardé l’écrivain, preuve vivante  qu’on peut tout écrire à partir de presque rien.
Le livre «  Les coulures du temps », nous pose, en préambule, cette question :  » pourquoi aime-t-on les vieilles choses, quand on est un enfant ? »
Il me semble que, si c’était bien le cas à l’époque de l’auteur – qui est aussi la mienne-, ce n’est plus autant le cas aujourd’hui,  les petits enfants que je connais le mieux ne jurent que par le neuf, la modernité, le dernier cri, ce qui vient de sortir !

Mais nous, les enfants de l’après-guerre-, nous aimions effectivement faire « des trouvailles » dans les fossés, les dépotoirs, les caves et les greniers, au fond de la  » baraque » ou encore mieux, de celle des grands-parents ! Fouiner dans tout ce qu’ils avaient remisé ou jeté en s’exclamant : – bon débarras ! Y compris dans les ordures qui, à la campagne, formaient des monticules « de saloperies » qu’on brûlait de temps à autre.
Il faut dire que le sacro-saint  » Touchez pas à ces saletés ! » de nos mères relevait de la tentation diabolique !
Dans ce court récit d’une petite cinquantaine de pages, Alain Rémond décrit merveilleusement bien le plaisir de « la surprise » à trouver.
Et, de mes propres souvenirs,  si on n’en trouve pas une vraie, de belle et merveilleuse surprise, alors on s’en invente une ! Un petit truc totalement bidon qu’on grossit, qu’on magnifie, qu’on raréfie, soudain digne d’être sorti de la fange, de figurer dans notre Panthéon, et valant quasi des millions du moins en imagination.
C’est le même plaisir, toujours, dans les brocantes qu’on appelait nous,  » les marchés aux puces ». Non exactement ce qu’on y « dégote » comme disait maman, mais ce qu’on imagine d’où vient et ce qu’on pourra faire avec, ce qu’on vient de « dégoter » !
Alain Rémond y dit très bien cela : les histoires que les objets nous racontent, qu’on leur invente, cette vie vécue sans nous, avant, et celle qu’on commence à leur imaginer près de nous, à présent qu’on l’a dégoté.
L’impression qu’il nous était destiné, voire secrètement transmis , et que  par lui, les couloirs de temps se sont rejoints, rapprochés, fondus, ainsi que les vies transformées, du coup, en destin.

Une robe m’a fait cet effet-là, une fois, un jour d’anniversaire ! Achetée dans une boutique improbable située dans une rue et une ville de hasard, où il y avait de vieux objets, et au milieu, pendue, une robe bleu-ciel, à encolure carrée, avec de petits nœuds posés dessus comme des papillons blancs ; une robe cousue main par une très ancienne couturière, – ce que fut l’une de mes deux grand-mères qui quitta l’école et apprit la couture à 9ans ! – comme on en portait pendant la guerre, ou juste avant, ou juste après… La patronne de la minuscule boutique m’a avertie : – c’est pour la déco ! Personne n’y entre dans cette robe, la taille est trop fine, et ça tombe pas très bien à la poitrine… et puis elle est un peu décousue sous les bras…
On s’est défiées du regard, j’étais sûre du contraire ! Et comme une Cendrillon recevant la robe et les chaussures uniques de sa marraine-fée, je me suis parfaitement « coulée » dans cette robe cousue pour quelle jeune fille dont le corps avait été l’exacte réplique du mien … 40 ans plus tôt…  et qui me l’avait laissée en mystérieux héritage ; dans ses plis et son décolleté, elle me transmettait ses rêves, ce qui restait de sa vie, le bleu d’autrefois se coulant dans le bleu de cet anniversaire d’aujourd’hui.

Alain Rémond ne parle pas de robe bleue un peu décousue, il parle d’épave, et de rouille, brune. Mais ça revient au même…
kifkif bourrique ! aurait dit maman.

j’aurai à vous parler d’autres lectures encore, dont : « Marcher jusqu’au soir » de Lydie Salvayre, que j’ai lu d’une traite, avec un grand bonheur de lecture.

Hier, c’était la fête des mères

Depuis deux ans, je n’ai plus de maman à fêter, ou alors seulement, comme je l’ai fait ce matin, d’un petit pot de fleurs d’une jolie couleur que je vais poser sur les gravillons de sa tombe, entre le chat de bronze et l’oiseau de porcelaine qui voisinaient en bon ménage dans le cœur vivant de maman.
J’ai eu la chance d’avoir une maman très longtemps, et n’ai donc aucune récrimination à envoyer vers les dieux et les cieux, seulement des remerciements. Mais cette année, bouleversée par des soucis d’âge et de santé, j’éprouve une terrible nostalgie à ne pas entendre la voix aimée, celle pour laquelle, même à 60 ans et beaucoup de poussières, je restais  » la grande bichette », « ma chérie », aimée plus que je ne m’aimais moi-même.
J’entends encore, mais pour combien de temps, sa voix dans le coup de fil imaginaire que je lui donne aujourd’hui : –  Allo maman ?
– Ah ! C’est toi ma chérie ! Je reconnais ta voix ! Je suis contente de t’entendre ! Comment ça va ?
– Oh ! Assez bien maman, un peu de fatigue, évidemment, mais bon, rien de grave…
– C’est parce que tu en fais trop ! Tu en as toujours trop fait ! C’est dans ton caractère, tu veux trop bien faire ! Mais tu vieillis… je vois tes cheveux gris… Tu devrais penser à toi, maintenant…
– Sûrement…  Mais et toi, maman ? ça va là-haut !
– Bah oui ! C’est haut ! Tu parles d’un bond ! A notre âge, surtout ! Faut s’y faire, alors bon, je me repose, plus mal aux jambes, je dors bien, c’est calme, d’un tel calme… Au début, c’est déconcertant, évidemment, mais avec ton père on s’est trouvé un petit nuage douillet, ça va, c’est confortable. Mais on n’a pas faim, jamais, et ça nous fait tout drôle, ça, tu vois, nous qui avions si bon appétit  ! On se nourrit de rien ici…
– D’amour et d’eau fraîche ?
–  Peut-être, mais ce serait un amour un peu fade alors, qui n’a pas le goût de l’amour connu, ni celui de l’eau non plus…  et tu vois, en plus, on s’en fout !
On a une belle vue, ça, là-dessus, rien à redire, beau paysage, couchers de soleil à gogo, mais nous manque l’émerveillement, la fête, et puis la Terre nous semble bien loin, je ne vous vois pas très bien… Je sais ! Tu vas me répéter que je n’avais qu’à me faire opérer de cette fichue cataracte ! Mais non ! Je te l’avais dit cent fois, c’était non ! Je voulais garder mes yeux de naissance, yeux marron yeux de cochon, je ne voulais pas qu’on me les trafique !
– Il y a des choses qui te manquent maman ?
– Et même ! Tu ne vas tout de même pas me les apporter au ciel, ma chérie ! Ce qui me manque ? Le bruit que l’on fait quand on vit ! Tous ces petits bruits auxquels on ne fait pas attention, qui nous gênent même : les cris, les rires, les pleurs des enfants, l’aboiement du chien, le miaulement des chats, le chant de l’oiseau, les bourdonnements de mouches, d’abeilles… les crissements de porte qui annoncent que quelqu’un sort, ou rentre, le bruit des pas sur le gravier, les ronflements de l’homme qui dort près de toi, le choc des casseroles, des assiettes, des verres, le bruit de la pluie sur le toit, le claquement du linge qui sèche au vent sur le fil… Ici, pas de bruit, ou si diffus… comme si on était dans de l’ouate… Pas de bruit isolé. Ils sont comme suspendus, en apesanteur… Ni d’odeur. ça me manque encore un peu, ça, l’odeur de mon frichti du midi…
Et puis tu sais, l’histoire de la pomme d’Eve, pipeau ! Pas d’arbre, et partant, pas de pommier, foi d’Evelyne  ! ça aussi ça me manque, les arbres et ma pomme du soir, à croquer !
Et les baisers ! Oh ce que ça me manque, vos baisers ! le bruit joyeux de vos bisous sur ma joue, le goût de coquelicot des baisers de ton père… Ici, l’amour ne se mange pas, ne se boit pas, ne se voit pas, n’a pas de visage, ne fait ni rire ni danser ! Il est immense, invisible, sans corps, sans limite,  épuré de tout geste et de toutes les batailles, sans désir, un désert aveuglant et qui brûle tout seul…
Mais ton père et moi, l’infini, on ne le regarde pas. On baisse les yeux, on essaie de passer un peu incognito, tu vois, on regarde plutôt en douce ce qui reste de nous, pas grand chose en vérité, mais on en a encore l’image d’avant, qu’on entretient comme on entretenait la maison et le jardin perdus si brutalement, et on se tient comme avant, par ce qui nous reste de main… On a beau dire, ma chérie, savoir que tout a une fin dans la vie, qu’on marche tous vers un temps sans changement d’heure ni de jour ni de nuit, c’est une chose, mais quand arrive le dernier coup de foudre, celui dont on ne se relèvera pas, le coup de frein brutal qui vous fait définitivement sortir de la route de la vie, et vous envoie dans cet ailleurs sans code postal et sans adresse, et bah… on fait moins les malins !
Au fait, comment as-tu fait pour nous retrouver ?
– – – Je ne sais pas, maman… C’était la fête des mères, alors je suis venue jusqu’ici avec cette petite fleur rose, dans son petit pot de terre, c’était pas grand chose, juste un prétexte pour venir te parler, et à papa, quelques mots, tout bas, c’est tout… Tu sais, je crois que c’est plutôt vous qui me retrouvez, parfois… votre voix me parvient alors sans tambour ni trompette, file ma rêverie, en douceur, comme par magie.
– T’as toujours été une rêveuse, toi… Allez, rentre chez toi, va retrouver les vivants maintenant,  marche, respire, ris et souris, tiens-toi droite et sur la pointe des pieds comme la petite danseuse qui tourne sur sa musique intérieure et sans jamais s’arrêter. Embrasse tout le monde pour nous, ne pleure pas, et n’oublie pas de dire merci, merci, merci…

LE CONCOURS DE NOUVELLE

 

Le concours de nouvelles

Le concours de nouvelles
est le titre de mon nouveau roman paru chez Magnard Jeunesse.
L’illustration de la couverture, vive et parlante, est due à Amandine Laprun.

Ce roman, à la première personne, raconte un moment de vie dans l’adolescence d’Orane, une jeune fille dont les parents tiennent un petit hôtel, dans la campagne.
Elle va au collège de la ville voisine, où elle a peu d’amis.
Un jour, elle décide de participer à un concours d’écriture, dont la récompense est la parution de la nouvelle primée, et 300€, somme qu’elle n’a jamais eu en poche.
Le concours demande que le texte raconte quelque chose de personnel.
Il lui est récemment arrivé quelque chose qui l’a blessée, une amitié qui s’est très mal terminée. Elle décide de raconter cela. Mais ce n’est pas facile, loin de là.
Y parviendra-t-elle ?
Une rencontre avec un drôle d’oiseau, comme elle, l’y aidera peut-être.

J’ai écrit cette histoire parce qu’elle offre de multiples aspects. On y parle de la vie, de l’amitié, de ce que c’est que grandir, de la différence entre avoir des rêves et des projets, de l’écriture, de ce qu’on peut raconter ou pas, et de comment on raconte quand on parle de soi, toutes questions qui se posent immédiatement dès qu’on penche vers un récit autobiographique. Et à quoi ça sert, si cela doit servir…

Il s’adresse aux collégiens, collégiennes, à partir d’onze, douze ans et jusqu’à bien plus tard, à tous ceux et celles que les processus d’écriture intéressent, aux enseignants qui souhaiteraient que leurs élèves écrivent une nouvelle, et d’ailleurs, les éditions Magnard organiseront, à partir de mon livre, un concours de nouvelles auquel on espère que vous serez très nombreux à participer, et que je superviserai.

Et puis aussi, il dit que ce n’est pas parce qu’on est issu d’un milieu très éloigné de la littérature, et qu’on habite bien loin des villes, de leurs bibliothèques, du Savoir, des beaux quartiers où logent les gens aisés et cultivés, qu’on ne peut pas devenir écrivain.
Cette vie, d’apparence pauvre et banale, à l’écart, est aussi riche de choses à dire, de sentiments à partager, aussi digne que toute autre de devenir, sous des doigts avisés, un beau roman !
J’aimerais qu’après cette lecture, plus personne n’en doute.
Il est dédicacé à une jeune femme que j’ai connue enfant, lors de visites dans les classes comme j’en fais depuis 30 ans, elle habitait un tout petit village à la campagne, et comme Orane, elle aimait les livres, les mots, ils l’ont portée, transportée, et à son tour, maintenant, et de toute sa belle énergie, elle invite chacun, aux quatre coins de France, à ne pas avoir peur d’aller plus loin que le bout du jardin, le bout du village, de prendre un livre et de partir, confiants dans les rencontres qu’ils feront sur leur chemin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mon agenda 2018-2019

Je ne fais plus trop de déplacements.
Pour ceux qui suivent, j’ai eu 70 ans, et bientôt il faudra venir me chercher en brouette !
Mais bon, quelques dates … et pas de figues.
Des fugues, plutôt.

La première, je ne vais pas bien loin de chez moi. A pieds je vais, mais de très bon cœur.
Rendez-vous ( haut les mains ! ) chez mon amie de trente ans et des paillettes ( pas de poussières) Chantal Malamoud, libraire- jeunesse de l’Oiseau-Lyre, rue Hervet, à Rueil-Malmaison où je réside : deux dates :
– le mercredi 14 à 14h30, pour une heure de lecture, de discussion, d’atelier, autour de mon dernier roman :  » Vue sur mer » paru chez Magnard le mois dernier.
– le samedi 17 qui suit, de 10h30 à 12h30, séance de dédicaces tous azimuts, y’en a pour tous les goûts, tous les âges et toutes les couleurs. Si vous avez envie de vous avancer dans vos cadeaux de Noël… ou d’anniv… ou juste pour me faire un petit coucou.

Samedi 1er et lundi 3 décembre, je serai à Montreuil, au grand Salon-jeunesse, pour la grande célébration de notre beau métier, de ses missions … et de ses limites. Je vous redonnerai des précisions très vite.

Après, c’est sensé être l’hiver, la neige, le froid, les gla-gla- frissons partout, alors je reste sous la couette. Ou devant mon ordi, dans mon bureau douillet, au pied du radiateur.
j’attends le père Noël, ou à défaut, les gros chèques de mes éditeurs. … ( je blague ! ça fait longtemps que je ne crois plus… aux gros chèques des éditeurs ! )

Mais, j’irai tout de même, la dernière semaine de janvier à Amiens, non par dévotion à Emmanuel Macron, mais parce qu’on me réclame à cors et à cris, accord et à cris, à corps et à cri, bref, dans un collège où j’ai souvent sévi, plus jeune, où le staff possède encore plein de séries de livres de Jo.H à écouler dans les classes de 6ème, et alors ils en profitent tant que je suis encore  peu près en état de marche. Pendant plus de 10 ans, je me suis rendue chaque année à Amiens ( et non, je ne me souviens pas d’un petit blond qui l’aurait particulièrement ramené, non, je ne vois pas…) et j’y ai rencontré plein d’enfants extrêmement attachants et d’ailleurs certaines des « enfandises  » que vous pouvez lire sur mon site viennent d’eux.

Je serai le 30 mars au Salon de Verrières ( 78) contactée par une charmante libraire.

Les 2, 3, 4 avril à Laval, il y a un prix auquel je participe souvent, et c’est encore le cas cette année, avec  » Grand Ami » paru chez Thierry Magnier.

Je serai le samedi 18 mai à Gennevilliers, invitée à fêter l’anniversaire d’un prix décerné par la ville à l’initiative de la médiathèque François Rabelais, prix que j’ai obtenu il y a quelques années et qui a la particularité d’être décerné par tous : enfants, adultes, parents, bibliothécaires, enseignants, à la suite de soirées lectures et discussions acharnées. De plus, ce prix est très bien doté ce qui est aussi, en soi, une belle originalité  🙂

Et puis en juin , peut-être à Saint Benoist, vers Poitiers,
et le 14 juin à Noisy le Sec, dans un collège.

Et me revient qu’il y a aussi un saut en Normandie, au premier semestre, mais la date n’est pas encore fixée, ou alors je l’ai paumée, et il faut que je me renseigne fissa. (:-(

voili voilà voilou;

Un grand coup de balai et Le berceau de l’homme.

Que faire avec ce livre à double face ?
Parler de la grade pauvreté, des SDF, de ce que les enfants pensent des causes de tout cela. Leur demander s’ils ont des propositions à faire, s’il leur est déjà arrivé de donner, et quoi, s’ils se sentent mal à l’aise, et pourquoi à leur avis ? Si les SDF leur font peur, et pourquoi ?
Imaginer le récit que pourrait faire un jeune SDF de ce qui lui est arrivé dans sa vie pour qu’il en soit là.
Imaginer aussi ce qu’il pense de sa situation, ce qu’il voit, ce qu’il entend ( bruits et paroles autour de lui) ce qu’il ne peut manger et qu’il rêverait de manger, ce qu’il n’a pas et rêverait d’avoir, ce qu’il peut toucher, ce qu’il rêverait de toucher et dont il est éloigné.
Faire une sorte de catalogue de tous les objets usuels, qu’on a à disposition chez soi, et que le SDF n’a pas. En faire un tri, ne garder que le strict nécessaire, pour voir ce qui manque REELLEMENT à celui qui est dehors. De concret, ET d’abstrait.
Inventer un lieu où le SDF pourrait s’abriter, y mettre du vrai ET des trucs magiques, féériques.

 

A quoi tu joues le loup ?

Que faire, avec cet album ?

Dire de quoi on a peur, la nuit. Quel cauchemard on fait, récurrent.  Quel beau rêve aussi on a envie de faire.
Les dessiner, et-ou- avec des collages pour un tableau proche des surréalistes.
Détourner un rêve : on commence par raconter son vrai rêve, et puis, on se pose une question : – et si ?
Et si, au lieu de penser que cet enfant qui m’approchait c’était pour me piquer ma pelle  et mon rateau, c’était au contraire pour jouer avec moi à construire un château ?
Et si… au lieu de penser que la voiture qui fonçait vers moi c’était pour m’écraser, c’était parce que dedans, il y avait un roi qui m’apportait un magnifique cadeau ?
Et si… etc.
Faire ensuite la même chose avec unconte très connu, ou une fable, en refaire les dialogues, détourner.
Et si… c’était la chèvre de monsieur Seguin qui avait commencé la bagarre contre ce pauvre loup qui n’avait pas ses lunettes te ne l’avait pas vue arriver ?
Et si Perrette avait jeté son lait par terre exprès pour nourrir une portée de chatons ?
Et si… etc etc.

Chercher aussi tous les moyens pour retrouver son calme, les répertorier : eespirer en profondeur, faire silence, mais aussi, au contraire, hurler de tous ses poumons, se battre contre un fauteuil, un canapé, des coussins, écouter de la musique, faire un câlin, manger un gâteau….