sorties en presse

Ce mois-ci, en juin, sortie en presse de :
La princesse Heureuse, aux Belles Histoires, Bayard presse pour les 5 à 7 ans. Avec le CD. et illustré par Julia Spiers
– Drôle d’oiseau, aux Premières Belles Histoires, chez Bayard aussi, à télécharger si vous
le souhaiter sur le site Bayard, pour les enfants de 2 à 5 ans. Illustré par Sébastien Braun.
Le tout, tout beau, tendre et bien coloré. En vente actuellement chez votre marchand de journaux.
En avril était sorti «  Mamie de pain » en Premières Belles Histoires aussi, mais le confinement en a bien évidemment pourri la sortie, et je crains qu’il ne soit resté dans les cartons…
Mais pour les deux autres titres, il est encore temps– Drôle d’oiseau, aux Premières Belles Histoires, chez Bayard aussi, à télécharger si vous 
le souhaiter sur le site Bayard, pour les enfants de 2 à 5 ans. Illustré par Sébastien Braun.
Le tout, tout beau, tendre et bien coloré. En vente actuellement chez votre marchand de journaux.
En avril était sorti «  Mamie de pain » en Premières Belles Histoires aussi, mais le confinement en a bien évidemment pourri la sortie, et je crains qu’il ne soit resté dans les cartons…
Mais pour les deux autres titres, il est encore temps- Drôle d’oiseau, aux Premières Belles Histoires, chez Bayard aussi, à télécharger si vous
le souhaiter sur le site Bayard, pour les enfants de 2 à 5 ans. Illustré par Sébastien Braun.
Le tout, tout beau, tendre et bien coloré. En vente actuellement chez votre marchand de journaux.
En avril était sorti  » Mamie de pain » en Premières Belles Histoires aussi, mais le confinement en a bien évidemment pourri la sortie, et je crains qu’il ne soit resté dans les cartons…
Mais pour les deux autres titres, il est encore temps- Drôle d’oiseau, aux Premières Belles Histoires, chez Bayard aussi, à télécharger si vous
le souhaiter sur le site Bayard, pour les enfants de 2 à 5 ans. Illustré par Sébastien Braun.
Le tout, tout beau, tendre et bien coloré. En vente actuellement chez votre marchand de journaux.
En avril était sorti  » Mamie de pain » en Premières Belles Histoires aussi, mais le confinement en a bien évidemment pourri la sortie, et je crains qu’il ne soit resté dans les cartons…
Mais pour les deux autres titres, il est encore temps
20200613_133000[1]

L’amour qu’on porte

PS : je corrige le site you tube qui est erroné :

https://www.youtube.com/watch?v=SsQkZoeKgRg 

 

Une amie inconnue – comme aurait écrit Supervielle, m’a envoyé cela ce matin, une lecture de cet album  » L’amour qu’on porte  » que j’avais écrit à la naissance de mon premier petit-fils Arthur – l’album était sort le jour de sa naissance ! pour mon père, le sien, et lui, afin de les relier, comme des nageurs dans le fleuve du temps.
Il portait en lui l’émotion profonde qu’on éprouve au moment où l’on sent qu’une page se tourne du livre de votre vie.
Ce jour-là, tout était bien.
Et puis mon père est mort, Arthur a grandi – il a eu 13 ans la semaine dernière, il arrive aux épaules de son père qui est encore dans la force de l’âge, un frère, une sœur l’ont rejoint que mon père n’a pas connus. Le livre n’a pas été réimprimé, c’est comme ça, c’est la vie.
Mais parfois les livres vivent bien au-delà de leur vie, bien au-delà du raisonnable. Ils deviennent film, dessin animé, ballet, pièce de théâtre, chanson, l’imagination des lecteurs est extraordinaire, et sans fin, tous les auteurs vous le diront.
On n’enterre jamais vraiment les histoires.

Dans cette bibliothèque belge de Nivelles, une jeune bibliothécaire ( je dis  » jeune » car quel que soit son âge que je ne connais pas, la voix est fraîche, la vie ne l’a point abîmée)
a tellement aimé ce livre que, durant ce temps incertain du confinement, elle a voulu le partager  avec tous ceux qui fréquentent sa bibliothèque, et elle nous l’offre, là, beau comme il y a 13 ans, à sa naissance. Accompagné d’un trio de Schubert qui l’enveloppe doucement…
Elle s’appelle Marielle, notre magicienne.
Et je lui dois un pur moment de bonheur.

Supervielle – oui, toujours lui, je l’aime beaucoup – écrivait ces mots parfaits, eux aussi :
que  » les mots vous frappent de loin comme balles perdues… » ( dans Les amis inconnus)
Ceux de  » l’amour qu’on porte « , et les belles illustrations de Carmen Segovia qui les accompagnent, ont frappé, de loin, par hasard, Marielle – de- Nivelles, et pour que ce ne soient pas mots perdus, voilà que de tout son cœur, elle les offre à tous, si simplement
qu’on se met à croire qu’en réalité, rien ni personne ne meurt jamais vraiment…
Il suffit d’un regard….
D’une voix…
D’une note qui s’obstine…
Tout s’éclaire.

 

LEURS YEUX IMMENSES

 » Bleus ou noirs tous aimés tous beaux,
des yeux sans nombre ont vu l’aurore
Ils dorment au fond des tombeaux
et le soleil se lève encore… »
Sully Prudhomme

Vers 14 ans, j’étais tombée sur ce poème du XIXème, et il m’avait profondément émue. J’avais essayé, naïvement, de partager mon enthousiasme avec mon professeur de français qui m’avait dit, avec un petit rire moqueur : – Sully Prudhomme ? ça n’en vaut pas la peine ! C’est un poète mineur…

Je m’étais sentie blessée, comme si on venait de me dire que ce garçon, là, que j’adorais, ne valait pas un clou, que j’avais mauvais goût. Que je ne savais pas reconnaître ce qui avait vraiment de la valeur et ce qui n’en avait pas vraiment.
Ce fut la même chose ensuite pour  » Citadelle » de Saint Exupéry, et puis pour Camus  ( à l’époque, il fallait ab so lu ment porter Sartre au pinacle et vouer Camus aux bachoteurs…)
Et aimé à la fois les yéyés Joan Baez et Chopin, Franz Listz, les tangos et la viole de gambe.
J’ai gardé mes préférences – celles-ci et d’autres, plus intimes. Et ai appris à n’en pas rougir. A faire mon miel de tout cela, à mêler les influences, à métisser mes savoirs, à me servir de tout pour être moi.
En clin d’oeil affectueux, ma fille m’a offert, il y a quelque temps, le journal de Sully Prudhomme ! ça alors ! Un chouette cadeau. Eh bien, vous savez quoi, je ne l’ai que peu lu. C’était assez barbant…

Mais  » Des yeux immenses » a été écrit il y a une dizaine d’années, plus encore peut-être, le temps passe si vite… à partir de ce poème de Sully Prudhomme décrié et cité plus haut, en compensation, et en réponse au ricanement de l’enseignante, que j’ai encore dans l’oreille, 60 ans plus tard.

Certains lecteurs très anciens y  retrouveront peut – être des échos de : « un mouchoir de ciel bleu «  un grand et bel album publié en 2003 par Thierry Magnier et accompagné des magnifiques dessins de mon amie Nathalie Novi. Ce texte donné ici aujourd’hui avait été écrit dans les années 2000, avant  » le mouchoir… » Il n’était pas pour les enfants, je ne le destinais à personne en particulier. Mais l’image du mouchoir de ciel bleu vient effectivement de ce texte premier.
C’est souvent ainsi : d’un texte naît un autre, plus tard…

LEURS YEUX IMMENSES


Le vieil homme entra dans la cuisine. Le chat dormait à même le carrelage, cherchant un peu de fraîcheur. Une mouche ronronnait. Tout était calme. Au bout de la table, la vieille femme, les mains croisées sur les genoux, rêvait un peu ; elle regardait par la fenêtre ; dans la chaleur de l’après-midi, le vent retenait son souffle et le verger s’était endormi.
Un verre de vin, rouge très sombre, était resté posé sur la table.
Le vieil homme s’assit en face de sa femme. Il ne lui dit rien, mais il lui prit la main, celle où brillait un très ancien anneau d’or. Ils se regardèrent, tous deux, dans les yeux.
Ceux de la femme étaient d’un bleu humide et doux, comme un petit bout de ciel abandonné où seraient restés quelques pans de nuages. Ceux de l’homme   étaient très foncés, comme de gros raisins de lumière noire, et profonds aussi dans le visage rugueux d’écorce d’arbre.
Un peu de temps s’enfuit, qu’ils virent passer entre eux comme un ruisseau dont on ne sait ni d’où il vient ni où il  va, que l’on regarde filer seulement en pensant à soi et à la vie qui file aussi.
Dans les yeux bleu humide de sa femme, l’homme aperçut très loin, tout au fond, la petite fille qu’il n’avait jamais connue mais qu’on lui avait autrefois racontée, celle qui sautait toujours les trois dernières marches de l’escalier pour arriver plus vite dans le carré de soleil de la porte d’entrée donnant sur la cour où les jeux étaient permis : celle qui suçait le bout de sa longue natte pendant les longues heures de classe durant lesquelles les plumes crissaient sur le cahier, gravant finement les phrases de morale qu’elle n’avait jamais oubliées :
– Rien ne sert de courir il faut partir à point..
– Bien mal acquis ne profite jamais.
travaillez, prenez de la peine…

La peine…

Elle en avait pris de la peine.
Et puis elle en avait fait aussi, ce qu’il est impossible d’éviter complètement quand on vit longtemps, qu’on essaie par tous les moyens de vivre au mieux sa propre vie…
Dans le coin de ses yeux, un peu plus sombre, un peu moins bleu, il pénétrait comme dans un petit bois d’arbres noirs très serrés sur quelques secrets qu’elle n’avait jamais laissé échapper, et qui formaient, au cœur des arbres, une boule épineuse qu’encore aujourd’hui il ne pouvait toucher.
Mais au centre de ses yeux brillait une lumière extraordinaire, plus bleue que celui des cieux, plus bleue même que l’idée qu’on se fait du bleu quand on ferme les yeux et qu’on rêve d’étés fabuleux ; une lumière d’un bleu doré qu’il aurait aimé boire comme une liqueur et vers laquelle le vieil homme se penchait encore, toujours attiré, assoiffé. De ce bleu-là jaillissait un rire de gorge déployée, la courbe d’une épaule dénudée, ronde comme une lune, des je t’aime murmurés, un ventre rond sur lequel couraient quelques frissons… Dans ce bleu-là  plus bleu que tous les bleus, il y avait la mer sans aucun horizon, le flou continu des flots, la mer à l’infini qui roule ses soleils comme les enfants leurs ballons.
Le vieil homme pressa la main de sa femme contre ses lèvres sèches et elle lui sourit comme pour le rassurer :
– Mais oui, je suis là, près de toi, mon toujours ami, mon toujours amour. Que crains-tu donc encore ? Lui demandait-elle sans rien dire, de regard à regard s’entendant, de cœur à cœur s’écoutant.
Le chat s’étira avec grâce et elle l’envia un peu. Comme il eût été bon de se coucher ainsi sur le frais carrelage rouge sombre et de sombrer là, dans le sommeil…
Sombrer comme une barque trop pleine…
Que la vie est courte, que la vie est longue…
Que la barque, à la fin, est pleine…
Comme il doit être doux, et bon, enfin, de se laisser sombrer, avec tout cela devenu si lourd et qui soudain s’allège quand la barque se retourne, ventre au soleil, et que vous vous laissez glisser dans les flots comme dans les draps frais d’un lit si profond que vous n’en atteignez jamais le fond…
Elle se demandait, les yeux encore dans les siens /
– Et dans ta barque à toi, qu’y a -t-il, mon ami ?
Dans la barque amarrée là, au bord de ses yeux, elle voyait tous ses soucis d’homme; ses soucis de travaux inachevés parce qu’un peu de votre ancienne force vous manque ; ces arbres qu’on ne peut plus aussi bien tailler, ce chemin plein de cailloux qui vous blesse les pieds et va plus loin désormais que là où vous pouvez encore aller, le regret de l’auto qui dort dans le garage sombre et bien rangé depuis des années, qu’on ne sort plus que pour sa rituelle toilette d’été, au cas où, mais non, pas de cas, alors on la rentre et zou.
Dans la barque au ventre lourd amarrée au regard de l’homme qu’elle avait tant aimé, il y avait là tous les échecs accumulés, lourds et bien alignés comme une digue de gros rochers, et qui crânaient parce qu’ils avaient été les plus forts, le vieil homme avait bien tenté de les rejeter vers le large et par dessus tous les bords mais il n’avait pas pu… Il avait dû se contenter de jeter sur eux le voile gris du regret, alors qu’il avait souhaité les enfouir sous le voile noir de l’oubli.
Mais à l’avant de sa barque, brillait encore une belle lueur, une lumière d’éclair de chaleur dans une nuit d’été, si vive, que le noir autour en paraissait encore plus noir.
Lumière de quel espoir, encore, toujours…
Elle accrocha son regard à cette lumière-là.
Que se passe -t-il quand deux regards s’enfuient ensemble, loin du gouffre tranquille des yeux ?
Que se passe-t-il ?
Ils partirent tous les deux, sans quitter leur chaise qui resta là au bout de la table au centre de la maison.
Ils partirent si loin que l’endroit où ils arrivèrent n’avait pas de nom. C’était un endroit où, après l’été, c’est encore l’été, où l’hiver n’arrive jamais.
C’était un pays où les rivières coulent à l’envers, naissent de la mer et remontent avec tous leurs poissons vers la source joyeuse du début de tout.
Un pays où les étoiles brillent si fort la nuit que personne ne peut avoir peur du noir qui d’ailleurs n’est jamais vraiment noir, mais plutôt mauve, comme le cœur de ces fleurs, là, dont j’ai oublié le nom, mais vous voyez bien, non ?
Là, ils n’avaient plus besoin de maison, juste du chat parce qu’il les avait toujours accompagnés et on n’abandonne pas un animal qui vous a suivis jusque là.
Ils ne se couchaient plus pour dormir, seulement pour rêver, et leurs rêves rejoignaient d’autres rêves et cela faisait comme une forêt de songes où il était doux  de se perdre en se tenant par la main, il n’y avait plus rien à craindre, ce qui voltigeait autour d’eux, quand ils se tenaient immobiles, c’étaient des oiseaux de la couleur de leurs songes qui venaient tout près leur murmurer de jolis secrets…
A un moment, pourtant, ils arrivèrent quelque part. Une autre barque les attendait, où ils montèrent sans hésiter. Elle passa sous les feuillages tendres, puis sous les hautes futaies, glissa le long de falaises très blanches tendues comme des draps, et à un moment, ils arrivèrent là où l’horizon coupe le monde en deux, comme un rasoir.
Ils hésitèrent un instant à le franchir.
Un grand vertige les avait saisi tous les deux.
Ils fermèrent les yeux.
Alors la barque sombra, immédiatement.
Ils ne coulèrent pas tout de suite, trop étonnés. Ils se cherchaient des mains, se cherchaient encore du corps, mais leurs yeux, comme leur barque, s’étaient retournés.
Le bleu humide  de la femme s’en était allé rejoindre le morceau de ciel ancien dont il s’était échappé pour l’accompagner toute sa vie, mais il ne le trouvait pas encore et il errait comme un petit mouchoir qui cherche son chagrin.
Le sombre des yeux du vieil homme cherchait de l’ombre où se réfugier mais c’était encore midi et plein été alors le sombre restait là, hésitait au bord des paupières accroché.
Le chat, inquiet, miaulait et son miaulement leur parvenait encore alors même que leurs oreilles se remplissaient d’une eau glacée et leur bouche aussi qui s’ouvrait pour dire quoi qui ne pouvait plus être dit, qui n’était plus qu’un soupir qu’ils ne poussaient même pas, c’était plutôt lui qui les poussait, mais si doucement, vers d’étranges étendues sans fin et sans fond où les corps ne vont pas.

Quand on les retrouva, on dit :
– Qu’a – t – il bien pu se passer ? Ils sont encore là, tous les deux, assis l’un en face de l’autre; un verre de vin rouge entre eux, tiédi par la chaleur, une guêpe, regardez, s’y est noyée…
– Ils ont peut-être eu un coup de chaleur… Les vieux, c’est fragile… Ils n’auraient pas dû, à leur âge, boire ce vin, trop fort, en pleine journée… Il leur a monté à la tête peut-être…
Peut-être.
Allez savoir ce qui peut être et ce qui ne le peut pas.
Tout peut être, d’ailleurs, peut-être…
Ce qui m’inquiète, moi, ce  n’est pas le verre de vin   posé entre eux deux – la trace de leurs lèvres a laissé sur le bord la marque d’un dernier baiser..
Ce qui m’inquiète, ce sont ces petits morceaux de bleu qui errent dans la nuit noire et ces trous dans le ciel bleu que rien ne vient jamais combler, qui s’agrandissent parfois comme des orbites vides et alors je voudrais crier, mais on ne crie pas pour de petits mouchoirs bleus perdus qui cherchent leur chagrin…
Ce qui m’inquiète encore, c’est la couleur si sombre d’un grain de raisin noir qu’on écrase pour en faire jaillir le jus, et le jus coule, et après on l’enferme dans un tonneau de bois très lourd tout au fond d’une cave sombre et profonde, et alors que devient l’ombre d’or du grain de raisin qui a roulé dans la cuve ?
Ce qui m’inquiète, ce sont les barques vides bercées par les flots. Que sont devenues leurs lourdes charges ? Jouent – elles à pince mi pince moi avec les crabes tout au fond des flots ?
Ce qui m’inquiète encore, ce sont les anneaux d’or, tous ces anneaux d’or qui n’ont plus de doigts autour desquels s’enrouler et qui roulent alors, peut-être, n’importe où, comme de minuscules roues qui ne trouvent plus à quoi s’accrocher, comme de toutes petites bouées dorées qui pourraient sauver quels minuscules noyés ?
Ce qui m’inquiète enfin, ce sont ces faux horizons que l’on voit nous, qui font semblant d’arrêter la mer et le ciel, là- bas, mais qui n’arrêtent rien du tout, alors qu’on ne voit pas le vrai, c’est lui qui nous voit, surgit n’importe où, et nous happe, d’un coup, comme le poisson brusquement surgi de quelles profondeurs qu’elle ignore happe la mouche.

Mais une petite chose cependant me rassure
Un peu.
C’est la presque certitude que, quelque chose, quelque part, demeure des yeux qui s’en sont allés trop loin pour que ceux qui les aimaient aient pu les accompagner

Bleus ou noirs tous aimés tous beaux
des yeux sans nombre ont vu l’aurore
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore…

 

 

En mai, vivons confinés… dans une clochette de muguet !

abc092431b2c2ae34615e8877c1dc0da--beautiful-life-beautiful-flowers[1].jpg

Christian Bobin, dans un opuscule intitulé  » Le plâtrier siffleur » ( que j’engage à lire  ceux que la contemplation du minuscule ne fait pas soupirer d’ennui ) nous invite à habiter poétiquement le monde, et évoquant Emily Dickinson, qui ne quitta jamais la maison et le jardin de son père, il emploie cette image qui m’a fait de l’œil :
 » C’est une jeune femme qui a passé sa vie à l’intérieur d’une clochette de muguet.  »
La fée Clochette ?
Que nenni.
Que peut-on faire, entendre, goûter, voir, confiné à vie dans une clochette de muguet ?

Si on y réfléchit un peu, on s’aperçoit qu’on peut beaucoup, en fait.

On peut la faire tinter dans le vent, et, si souffle un vent doux, brise ou zéphir, alizé, ou un vent plus fougueux, bise, noroit, mistral, tramontane, la clochette sans doute tintera bien différemment. Et celui ou celle qui l’habite sera soit bercé, soit chahuté, chamboulé, voire si soufflent brusquement de grandes rafales qui plaquent la clochette au sol, étourdi, assommé ! Je ne parle pas même de l’ouragan, qui déracinera la clochette l’enverra tourbillonner par dessus les moulins, bonjour les galipettes dans la clochette ! (Personnellement, il me semble qu’après l’ouragan, moi que trois virages en épingle rendent déjà malade, je déciderais de changer d’appartement…)

Perché dans une clochette de muguet, à travers le voile blanc nacré, on a vue sur la campagne, sur la forêt, qui est jolie en mai : à nos pieds un vert tapis de mousse, très doux, humide et frais, au-dessus de notre tête l’ombre des verts feuillages, les petites pièces bleues et morceaux nuageux des cieux. De là on peut sans doute discuter un peu avec les occupants des autres clochettes du dessus et du dessous, un brin de conversation du haut d’un brin muguet ! Haut d’une quinzaine de centimètres,il contient une douzaine de clochettes qui ne sont sans doute pas toutes occupées par des poètes, mais c’est pareil partout, on a les voisins qu’on a et c’est comme ça. Cependant, occuper une clochette de muguet indique tout de même, je pense, une légère tendance à aimer la nature, les chants d’oiseaux, les petits pas furtifs des lapins de garenne, le joyeux bond d’une biche, l’envol gracieux d’un papillon, la surprise d’une coccinelle posée sur vous comme un petit bijou…
Habiter dans une clochette de muguet, avec Emily Dickinson comme voisine, c’est avoir une belle adresse très secrète comme les plus grandes vedettes. Peu de journalistes dans les sous bois, rien que des Chaperons rouges avec galette, Boucles d’Or en quête de jacinthes sauvages, Petits Poucets suivis d’oiseaux friands de pain, poursuivis par des ogres ayant la flemme de faire la queue chez le boucher du coin, Hansel et Gretel et toute une cohorte d’enfants abandonnés et mourant de faim arrachant de gros morceaux de maisons de sucre et de pain d’épices dans lesquelles habitent des sorcières aux dents forcément pourries. Habiter dans une clochette de muguet, c’est donc, sûrement, faire secrètement partie d’une multitude d’histoires…
Toutes sortes de musiques et de chants les accompagnent dans l’ombre, ces histoires, murmures et sifflements, soupirs et battements, brame et gémissements, cris et chuchotements, souffle et ploc et plouf, mais toc et plof aussi, parfois, et même glouglous… et gazouillis, grondements… Détonations ! Explosions !  La variété de tout un orchestre sans jaquette, invisible, ou presque… Quel spectacle, chaque jour, chaque soir, chaque nuit, chaque heure, chaque minute, chaque seconde…
Et ce doux parfum du muguet, si suave, répondant aux couleurs et aux sons comme l’a dit un autre poète…, la vie et la mort mêlées qui passent, en ce même doux parfum enveloppées…
La vie et la mort, lumière et obscurité, autour du blanc et fragile muguet l’infiniment petit répondant à l’infiniment grand, et le poète, voyant, rêvant ce qu’il ne voit pas, le devinant. Le traduisant, ou plutôt le convertissant en mots, en phrases, sonores, rythmées.
On comprend mieux, dès lors, oui, comme le devine Christian Bobin, qu’Emily Dickinson ou un autre poète ait pu habiter toute sa vie,  en apparente réclusion, en semblant exil du monde, un simple brin de muguet.
Seule pour mieux voir, mieux entendre, mieux sentir, ressentir, toucher, être touchée, comprendre – au sens premier, qui n’est pas prédateur, mais  » prendre avec elle  »
Et de là, embrasser alors, tendrement, le monde entier qu’un seul brin, une seule clochette de muguet, contenait.

emily[1]En concordance, en écho, un poème d’Emily :

To make a prairie, it takes a clover and one bee
one clover and a bee,
and reverie.
The reverie alone will do
if bees are few.

( ce qui tombe bien en notre époque où malheureusement
 » the bees are few »)

Mais j’aime particulièrement celui-ci qui a peu à voir avec le précédent, quoique…

I’m nobody ! Who are you ?
Are you nobody too ?
Then, there’s a pair of us – Don’t tell
they’d banish us, you know.

How dreary to be somebody !
How public, like a frog
to tell one’s name the livelong day
To an admiring bog !

Je ne suis personne ! Qui êtes-vous ?
Etes vous personne aussi ?
Alors, nous sommes deux personne, mais ne le dîtes pas
ils nous banniraient, savez – vous.

Comme c’est pesant d’être quelqu’un !
tellement commun – comme la grenouille !
d’épeler son nom, tout au long du jour,
au marécage qui l’admire…

( traduction approximative…)

PS : J’ai toujours eu envie d’écrire un album sur ce début-là, fascinant :
I’m nobody ! Who are you ?
Are you nobody too ?
Then, there’s a pair of us…

bon… may be… later… one day …

20200613_112617[1]

Bon, voici une vue de la maison d’Emily Dickinson, en vrai, ça relativise un peu son confinement, du moins en ses premières années, avant qu’elle ne quitte plus sa chambre…

pour Arthur, Oscar et Ambre, mes petits enfants, et puis pour tous les autres.

Je voudrais que tu comprennes, Arthur, et vous aussi Oscar et Ambre, plus petits, si Arthur vous aide peut-être ! qu’il y a des héros  qui n’en ont pas la gueule, pas le costume, et ne jouent dans aucun film, aucune série, sur aucune chaîne, aucun écran de rien, ou alors de fumée parce qu’ils sont flous, on ne les voit pas bien.
Et même souvent on ne les voit pas du tout, et on les appelle donc  » les Invisibles » ; parfois on ajoute quand même » de la république », pour leur faire malgré tout comme un petit titre de noblesse  et vous verrez qu’ils le méritent bien.
Non qu’ils soient dotés, comme dans les bonnes histoires palpitantes, les bons films qui vous font frissonner,  d’un chouette pouvoir d’invisibilité leur permettant d’accomplir, les doigts dans leur invisible nez, des prouesses admirables comme sauver un enfant qui tombe du douzième étage, interrompre la lave d’un volcan en s’asseyant dessus ( je dis ça au pif, ne regardant et ne lisant que fort peu, et je m’en excuse, ces histoires-là mais j’avoue que l’image du géant s’asseyant sur le volcan pour l’empêcher de péter à tort et à travers me plaît assez) ou sauver presque tous les passagers d’un paquebot, sauf le plus vieux qui a naturellement plus de 70 ans !  avait déjà un pied dans les fonds sous-marins et qui se dévoue pour se faire bouffer l’autre par un requin, l’héroïque héros rétablissant de l’autre main, ( celle qui n’a pas les doigts dans le nez, vous me suivez ?) le paquebot sur les flots déchaînés. Ce héros là, si on lui donne encore quelques pages ou quelques minutes de film, sauvera l’humanité toute entière, et sans les mains, cette fois, les deux étant alors occupées.
Non. Les héros dont je vous parle, les enfants, ne sont pas  REELLEMENT invisibles, et ont leurs mains occupées à bien d’autre chose. On les appelle  » les Invisibles »  seulement parce qu’on NE LES REGARDE PAS.
Et pourquoi on ne les regarde pas ?
Parce qu’ils sont trop petits ? Trop moches ? Trop nuls ?
Même pas.
Seulement parce qu’on n’y pense pas.
On a la tête ailleurs.
On rêve à d’autres héros, magnifiques, costauds !
Eux, ils ne nous font pas rêver. Ils n’ont pas de super pouvoirs, en tout cas, pas de pouvoirs magiques, surnaturels.
Ou alors, ils ne s’en vantent pas. Ils les cachent même, non pas qu’ils aient peur qu’on les leur pique ( encore que, ça se pourrait, ils se méfient un peu tout de même…) mais ils ne pensent pas que ce sont de vrais pouvoirs, puisque ce ne sont pas des pouvoirs magiques, surnaturels.
Leur pouvoir, il est dans leurs mains, qui reconstruisent ce qui a été détruit, replantent ce qui a été gâché, dans leurs mots qui consolent ceux qui sont dévastés, dans leur imagination qui embellit ce qui a été enlaidi,  dans leur intelligence qui invente ce qui améliorera nos vies, dans leur conscience qui permet de juger si ce que nous faisons, ou qu’on nous a fait est juste ou injuste…
Les démons qu’ils chassent ne sont ni des ogres ni des vampires, ni des extra-terrestres venus nous envahir, nous sucer le sang, ou par quelque maléfice nous rendre fous et criminels, non ! Les démons qu’ils chassent c’est nous qui les avons créés, sortis de nos pauvres bêtes cerveaux, et à présent que nous en voyons la mocheté, le danger, et que nous en sommes tristes, apeurés, que nous crions  » au secours » pour être aidés, ils nettoient nos saletés, ils chassent nos virus, nos microbes, ils font ce qu’ils peuvent de nos mochetés, ils nous pardonnent même nos lâchetés, ils réparent, ils rafistolent, ils bricolent, ils prennent soin de nous, de tout.
Ils essaient, en tout cas. De toutes leurs forces : ils répareraient la Tour Eiffel qui se casserait la gueule, avec des bouts de ficelle, s’il le fallait, ET ELLE TIENDRAIT ! Il le faudrait bien.

Vous croyez bien, les enfants, reconnaître les héros ! Fastoche !
On leur offre des médailles, on parle d’eux dans les livres d’histoire, ils y ont, inscrites,  leurs dates de naissance et de mort, ils ont de hauts faits d’armes et de guerre, ils sont fins politiques, ils ont de grandes visées, ils construisent des fusées, ils vont aller sur Mars, ils s’appellent César, Napoléon, des bâtisseurs d’empire ! Pasteur aussi, des fois…
Ils passent à la télé ou sur YouTube.
Il serait juste pourtant de reconnaître qu’ils ont eu besoin de toute une cohorte d’autres héros pour y parvenir. …
Moi, j’ai un faible pour ces autres héros : ceux qui reconstruisent ce qui a été détruit, ceux qui ramassent les saletés que les combattants ont laissées, ceux qui surveillent les cendres pour que l’incendie ne ravage plus, ceux qui nous ouvrent les bras sans rien savoir de ce qui nous fait tant de peine même si on les salope un peu avec notre morve…
Nos héros du quotidien, ordinaires, invisibles, ceux qui sont dans le tout petit coin gris du rectangle de la télé, au mieux, tandis que le héros du jour sourit de toutes ses dents au beau milieu de l’écran et qu’on ne voit que lui.

C’est le balayeur qui ramasse nos mouchoirs souillés tombés à côté de la poubelle qu’on a mal visée, c’est le clown qui va faire rire les enfants malades, le brave homme qui parle à cet autre-là, ivre qui dit n’importe quoi, qui se met entre lui et le reste du monde qu’il voudrait buter, c’est l’infirmière si fatiguée qui retarde son départ pour aider une collègue tout aussi fatiguée qu’elle, c’est le facteur qui monte chaque jour toute la côte pour porter à quelqu’un une lettre s’il y en a une, le pain s’il n’y en a pas, c’est la boulangère âgée qui reprend sa place en caisse pour que ce ne soient pas les vendeuses qui se chopent le virus, ce sont les gens qui prennent le train à 5h du matin dans le froid, et trient et mettent en caisse, et portent dans les camions, les légumes et les fruits et tout ce que vous mangerez tout à l’heure, les enfants, confortablement installés chez vous. Sans penser à eux.
Ce sont les femmes de ménage qui travaillent dans les bureaux quand il n’y a plus personne, que personne ne connaît, ne voit jamais, mais qui auront incognito tout nettoyé à fond de la moquette au plafond, qui  auront fait pour ceux qui arriveront au matin un décor de travail propre et parfait afin que rien ne les distraie d’œuvrer à la Grande Marche du Monde.

Tout ceux-là sont de pauvres héros, assurément, face aux grands sur grand écran, ou au nom écrit en gras dans nos livres et journaux. Ils ne vous ont sûrement jamais fait rêver, ni vous ni moi, ni vibrer du grand désir de vivre de formidables aventures à leur côté, oui, ils ne font rien d’extraordinaire, que de l’ordinaire si ordinaire qu’on ne le remarque pas plus qu’on ne les remarque, eux.
( Sauf quelques uns, parfois, qui se servent d’eux pour parler en leur nom, crier :  » regardez-les donc les pauvres, regardez les un peu pour voir !  » )
Alors oui, un petit moment, on les regarde un peu mieux, et si, par hasard, celui qui a parlé d’eux prend le pouvoir, on se dit : – Ah ! Tant mieux, tiens ! On va faire plus attention à eux !  »
Mais le plus souvent, ça ne dure pas, une sorte de fumée tombe vite sur eux, peut-être l’envers de l’écran gris de la télé, je ne sais pas, mais fatalement, ces héros-là disparaissent rapidement des écrans.
Ils sont des héros trop ordinaires, qui accomplissent des exploits pas assez flamboyants, qui ne font pas vraiment rêver : comme les mamans qui n’ont que deux bras, une tête et un cœur pour faire des miracles et qui se débrouillent avec ça et miraculeusement, les accomplissent.

Peut-être, Arthur, Oscar, Ambre, et tous les autres, ferez-vous de belles et grandes choses, plus tard, quand vous serez grands. Peut-être deviendrez-vous un de ces héros qui font rêver, pourquoi pas, puisqu’il y en a …
Et vous aurez de quoi être fiers, et heureux, et nous avec vous.
Mais alors, n’oubliez pas, jamais, tous les autres, qu’on ne voit pas, ou seulement, comme aujourd’hui, quand le feu est partout et que la plus petite goutte d’eau compte, pour l’éteindre, vous savez, celle du colibri qui la porte dans son bec pour faire sa part.

Heureusement, nous n’attendons pas après ce vrai grand héros surhumain qui pigera en un clin d’œil dans quel pétrin les Terriens se sont mis, et comment, grâce à ses vertus héroïques, ses pouvoirs magiques défiant toutes les lois communes, les doigts dans le nez sans même les avoir désinfectés, Il nous sortira de là !
Et nous ne L’attendons pas parce que nous avons nos héros invisibles ( de la République!)
Et ils sont nombreux ( quoique jamais assez)
Et ils ont la puissance des faibles, c’est à dire qui compte surtout sur les autres faibles pour les aider.
Cette puissance, alors est extraordinaire, quasiment sans limite.
Pourquoi ?
Parce qu’elle vient de très très loin.
Comme les histoires.
Du fin fond de l’univers où tout à commencé tout petit, et faiblement.
Elle vient de très profond, cette force des faiblesses qui s’unissent, telle une eau directement jaillie de la roche première.

Et vous pouvez déjà, maintenant, vous servir de cette force-là, les enfants.
Elle est en vous depuis le tout début de votre vie. En germe, en graine. C’est sans doute elle qui vous a permis de naître. Le germe du héros invisible. La graine du héros colibri qui  malgré le danger, y mettant toutes ses forces,  avec la joie de pouvoir faire quelque chose, lui aussi, sans doute, transporte dans son bec minuscule, la goute d’eau qui sera sa part de lutte contre le malheur.

Les enfants, vous êtes nos colibris d’aujourd’hui.

Aidez-nous donc, à votre façon, allez chercher la goutte d’eau au fond du puits où, de toute éternité, puisent les faibles pour devenir des héros. Et déposez-la à côté des nôtres.
Avec sérieux, avec gaieté, comme vous voulez.

C’est tous ensemble que nous éteindrons ce mauvais feu qui n’est pas né pour nous réchauffer mais pour nous détruire, ce mauvais feu qu’aucun démon n’a malencontreusement allumé, (juste, peut-être, dit-on, une malheureuse petite chauve-souris qui ne venait même pas de Transylvanie comme tout vampire qui se respecte, c’est dire !)

Elle ne l’a pas fait exprès ! Enfin, c’est ce qu’elle dit…  Comme un enfant… qui aurait fichu le feu à la maison et de là au quartier et jusqu’à la forêt, tout ça parce qu’on avait laissé traîner le briquet…

Ecrit pour les plus jeunes, ( et en toute humilité) en écho à la  » lettre d’intérieur » d’Annie Ernaux offerte à France Inter aujourd’hui 30 mars 2020.
https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-mars-2020

et avec un clin d’œil affectueux à Salomé Berlioux pour  » Les invisibles de la république » à Jo Witek pour  » Y’a pas de héros dans ma famille. »
Et je salue bien consoeurellement notre Susie Morgenstern qui s’adressait également à ses petits enfants dans, elle aussi,  sa  » lettre d’intérieur  » de ce matin.
Et par la même occasion, toutes les grands-mères qui attendent, chaque jour, de voir apparaître sur leur tout petit écran, leurs colibris qui leur sourient et leur demandent, un peu inquiets tout de même : – ça va bien mamie ?

LES NEUF DE LA RUE BARBE

Les voilà ! Tout frais sortis de leur cocon !
Le premier volume de ma première série « Les neuf de la rue Barbe« , une chronique gaie et tendre d’une petite bande d’enfants qui vivent tous dans la même rue, se rendent à la même école, et parlent ensemble des petits et grands évènements de la vie qu’ils vivent et créent, pour le dire un petit journal de rue.
Neuf enfants qui vous parlent, vous racontent ce qu’ils voient, ce qu’ils savent ou ignorent… et parfois, dans l’ombre, un passager clandestin.

Cette série est publiée par les éditions Bayard, illustrée avec beaucoup de talent par Irène Bonacina dont je vous invite à aller retrouver le travail sur internet. Son dessin est léger, réaliste et poétique en même temps, la rue comme si on y était !

Je me suis inspirée d’une petite rue de banlieue parisienne que je connais très bien, une rue sans importance, sans prétentions, maisons et jardins, bout à bout, un bar et puis c’est tout. Nombre d’entre nous habitent ce genre de rue-là.

Les éditions Bayard, sur leur site, lancent une collection de photos de rues où habitent les lecteurs, invités à la décrire en quelques mots. Si tout va bien, nous aurons une jolie et inédite géographie de nos lecteurs !

Bonne lecture à tous.

ci-dessous, le Graal ! la critique de Télérama par Michel Abescat !

9791036301704

Bon, j’ai vérifié, le lien marche bien. Je ne suis pas parvenue à vous mettre direct l’article sur la page, dommage. Mais déjà bien que je n’ai pas perdu tout le reste !!!

Et ci-dessous le commentaire de la librairie  » Les Arcades à Lons Le Saulnier, dans la revue Pages 

que je dévore chaque trimestre : plein d’articles, d’interviews sur les écrivains, leurs œuvres, rédigés par ceux qui les aiment  – on a l’impression d’être entré dans une très grande, excellente pâtisserie, on est tentés d’acheter tous leurs gâteaux !
Merci. Pour moi et pour tous ceux qu’inlassablement, les libraires passionnés par ces livres qui leur arrachent les bras mais font résonner les tambours du cœur, offrent à leurs clients et amis -lecteurs.

20200204_105410

 

*DEUXIEME GRAAL ! DANS LE SUPPLEMENT DU MONDE : LE MONDE DES LIVRES ,
un article de Jean Birnbaum.

Là, on est rouges de confusion !

les neuf de la rue Barbe, le Monde des livres

Bon, toute cette bonne presse nous est arrivée à un moment où librairies et bibliothèques, victimes d’un mauvais sort jeté par une sorcière nommée Virusse, étaient plongées malgré elles dans un sommeil profond. Elles tentent de se relever, c’est pas gagné, elles se sentent tout affaiblies… mais nous les aiderons, n’est-ce pas, elles nous ont si souvent aidés, elles…
C’est un peu malheureux pour notre série si bien partie, mais on espère que cela l’aidera bien pour la suite, ce deuxième volume que l’illustratrice termine de dessiner avec le même allant, le même talent, et qui doit sortir fin août ( si les livres ne sont pas confinés dès leur naissance !!).
En tout cas, on a été très fières, toutes, de ces belles distinctions dans l’univers très dense et très compétitif ( sniff sniff) des séries pour les enfants.
Je dis sniff sniff parce que je regrette toujours quand on m’explique que malheureusement il n’y a pas de place pour tout le monde sur les étagères non extensibles des librairies… Je reste une indécrottable naïve, souhaitant que chaque histoire -et partant chaque auteur et illustrateur- rayonne à sa place au soleil.
Soleil brillant dans les yeux des enfants, même les jours de pluie, chassant au loin les  » soleils noirs de la mélancolie ».

 

Bonne année 2020

Nous allons d’année en année comme d’ile en île,
et souvent d’un petit bond facile
nous en franchissons l’espace d’un battement de cil.

Presque rien à quitter
presque rien à sauver
soleil et lune pareillement alignés
Le même éclat des deux côtés.

Nous allons d’année en année comme de rue en rue,
aveugles emportés dans le flot ininterrompu,
passants si serrés que notre ombre a disparu.

Presque les yeux fermés
presque sans rien chercher
chacun traînant laborieusement sur le pavé
son filet plein de promesses abandonnées.

Nous allons d’année en année comme de page en page,
ignorant parfois quelques lignes, distraits, volages,
tandis que pluies et neiges tombent sur les visages,

presqu’à les effacer…

Et si pour changer, nous ne changions pas d’année cette année ?
Mais nos yeux pour la regarder, notre bouche pour l’embrasser ?
Et si nous laissions nos pieds libres de nous égarer ?

Presque sans peur…
Presque sang et larme mais bonheur…
Du temps qui passe ne gardons que la couleur…
Et mesurons les années aux seuls battements du cœur.

LA REVANCHE DES PAPILLONS

 

 

C’est un nouveau petit poche de chez Magnier dans cette petite collection très reconnaissable de textes brefs mais forts.
Je ne saurais pas bien vous résumer ce récit, autobiographique mais qui raconte quoi, au juste ?
Quelques anecdotes, autour de la campagne, des animaux, de leur vie et de notre tendance à la leur ravir pour notre consommation, ou notre plaisir.
Et puis de l’écriture, qui fait vivre, et revivre, des livres dont les personnages comptent parfois tout autant que les vraies personnes qui nous entourent vraiment.
Quelques pages pour s’élancer dans le vide, comme un papillon.
Je donnerai beaucoup ce livre je pense, à tous ceux que j’aime, j’ai déjà commencé à le faire, à mes amis écrivains pour grands et petits, tous me disent qu’il les touche beaucoup et je sais que c’est l’un de mes livres les plus  » justes », dont je ne pourrais changer un seul mot. Il m’a été comme dicté, soufflé,  par une voix intérieure, plus forte, plus puissante que je ne le serai jamais.
Il me dépasse, ce tout petit petit livre-là. Et j’en suis heureuse.

La vache qui savait lire

20191023_170656

 

Beau et grand nouvel album pour les plus jeunes paru au Père Castor !
Les illustrations, légères, rigolotes et poétiques,  sont de Lucie Maillot qui tient un blog très sympa, où elle avait fait des essais de vaches pour s’entraîner à la nôtre, je suppose.
Elle y a dessiné aussi un très bel arbre vert et rose tendres, très joliment feuillu, autour de sa boule de gras.
Cela se passe à la campagne avec une petite Jeanne, qui, au bout de son jardin, a vue sur un pré où paissent trois vaches, une noire, une blanche et une brune dont elle s’amourache.
Avec Mirabelle, son amie la vache, Jeanne joue, parle, apprend.
Et ce qu’elle ne sait pas c’est qu’à son contact, la petite vache fait de même.
de sorte que, lorsque Jeanne, assise dans le pré auprès de Mirabelle, va répéter son alphabet, puis déchiffrer son premier livre, la petites vache, en secret, fera de même.
Et le jour où, malade, Jeanne ne pourra rejoindre Mirabelle dans son pré, la petite vache viendra à elle et…
Une histoire douce, tendre, où l’imagination l’emporte.
Ce livre devait s’appeler  » la vache qui lit ! « , merveilleux titre qui fut refusé pour avoir déjà été utilisé en vue d’un prix, je crois, ce dont je suis bien marrie. Mais l’histoire reste la même, et je compte bien revenir à Mirabelle et lui faire vivre encore moult apprentissages en compagnie de son amie Jeanne.
j’ai toujours aimé les vaches, leur placidité, leur douceur, leur odeur, et leur lait que la fermière, dans mon enfance, versait dans le bidon de fer blanc que je transportais ensuite, avec précaution, jusqu’à la maison ( sauf la fois où je me suis pris les pieds et étalée avec comme Perrette et son célèbre pot au lait ! )
Je suis donc bien contente de vous présenter Mirabelle, et j’espère que les enfants lui feront bel et bon accueil.

De l’Yonne au Guadalquivir

Vous me demandez souvent, dans les classes, les CDI, les bibliothèques, si j’aimais lire quand j’étais enfant, quel était mon livre préféré et pourquoi. C’est une question qui quoiqu’attendue, m’émeut à chaque fois. Elle me permet de dire que, grâce à ce livre-là lu et relu des dizaines de fois, j’ai connu très intimement l’Andalousie bien avant d’y avoir posé les pieds.
Dans mon livre, Lolita n’était pas celle de Nabokov, mais la petite héroïne de  » La calèche du bonheur » dont l’histoire à la fois me ravissait et me déchirait le cœur. Cette histoire avait été écrite par Michèle Arnéguy dans la belle collection rouge et or que j’affectionnais particulièrement parce qu’on y écrivait avec talent de très longues et belles histoires pleines de grands et beaux sentiments.
Dans mon livre, donc, Lolita était assise, jambes allongées, sur une terrasse de Séville d’où elle entendait sonner les cloches des innombrables églises tandis qu’on l’appelait pour je ne sais plus quoi d’ennuyeux. Elle rêvait.
Moi pareil.
Ou presque.
Je n’avais pas de terrasse mais j’étais assise sur le rebord de la minuscule fenêtre qui donnait sur la cour où piaillaient les poules et cancanaient les canards, tandis que sonnait la cloche de l’unique petite église de Champs sur Yonne et que l’on m’appelait pour aider mon père un peu débordé dans la petite salle du restaurant des Rosiers que tenaient mes parents. Et je rêvais, pareil.
Dans mon livre, Lolita était du  » campo » qui veut dire  » Champ  » justement, quelle coïncidence, vraiment ! Dans son campo, la campagne andalouse, sauvage et poussiéreuse, l’accompagnait le meuglement lointain des taureaux, et surtout celui de Guapo, SON taureau, qui l’aimait. Dans le beau jardin qui entourait sa grande maison qui s’appelait la Palmera, poussaient des rosiers, des lauriers -roses, la glycine, le jasmin, des palmiers, des cyprès… et sur les collines tout autour se dressaient des centaines d’oliviers.
Moi pareil.
Sauf que ma campagne était verte, que ce que j’entendais meugler c’étaient les vaches de la fermière d’à côté, que je n’avais pas de taureau  mais un gros chien qui s’appelait Stamp et qui m’aimait, et sur les collines poussaient des vignes et des cerisiers qui se couvraient en mai de gros fruits ronds et rouges comme des nez de clown…j’avais une tonnelle couverte de petites roses roses comme de tout petits poings de bébés.
Lolita était brune aux yeux vers, elle était assez bizarrement attifée de vêtements cousus main, tirés des robes que sa grand-mère avec laquelle elle vivait ne mettait plus. Sa grand-mère était une grande dame sévère mais avec un cœur d’or.
Moi pareil.
Brune aux yeux verts. Sauf que ma grand-mère qui vivait avec nous aussi n’était pas une grande dame, mais plutôt une grande gueule, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un cœur d’or et d’ailleurs elle aussi me taillait des robes un peu bizarres et donc tout se rejoignait.
Dans mon livre coulait le Guadalquivir et je n’avais pas attendu Federico Garcia Lorca pour l’entendre chanter, y voir se dresser les joncs, y briller le dos des poissons et les cailloux ronds comme des genoux d’enfant.
Moi, je voyais couler l’Yonne sous le pont qui reliait Champs sur Yonne à La Cour Barrée, l’été je m’y tordais les pieds sur les gros cailloux au bord et mon père y pêchait de gros brochets pleins d’arêtes mais les clients s’en régalaient.
Et puis surtout, dans mon livre, le Guadalquivir avait débordé, la crue avait emporté Juanito, le petit frère nouveau-né de Lolita, mais pas Lolita. Qu’était devenu ce bébé ? Sa mère attendait toujours qu’un miracle arrive, que Juanito, dix ans après, réapparaisse…
Moi pareil.
Sauf que mon frère jumeau avait été emporté par les eaux sorties de ma maman…
À la fin de l’histoire, Juanito revenait, miraculeusement retrouvé, sa maman resplendissait de bonheur et Lolita le serrait contre son cœur. Ils partaient tous en calèche à la féria  de Séville.
Moi pareil.
Sauf que c’était à la fête foraine d’Auxerre, et que la famille s’entassait en Peugeot 403.

Et que le petit frère que je serrais contre mon cœur n’était pas celui qui avait disparu mais était né, pour le remplacer, miraculeusement car je ne savais comment, 3 ans après moi.