A ceux qui ont de la peine

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Quand je suis devant la mer
je me dis que tu as pris le large
que je peux te rejoindre, à la nage.

Quand je reviens dans ta maison
je me dis que tu as filé si vite
que tu en as oublié là, ton blouson.

Quand je suis dans ton jardin
ta bêche t’attend près du pommier,
c’est que tu n’es pas bien loin.

Quand j’ouvre ton armoire
pourquoi manque ton beau costume
le bleu et noir ?

Quand je regarde le ciel,
Je n’y vois rien de spécial.
Tu n’y es pas. Bonne nouvelle !

Je te préfère là plus près
à dormir sous les boutons d’or
le bleu des oeillets, le blanc du muguet.

Ou là, sur ma page…
quand les mots ne viennent plus
Dans ce temps suspendu…

Tu vois, j’ai laissé une grande marge
où peut revenir tout ce qu’on a perdu
un amour, un ami, le bel âge…

Qu’il n’y ait pas de pas perdu.

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Avoir à voir

Avoir le coeur comme un dimanche
de noces en voiles blanches
ou de rose des vents
avoir le coeur toujours naissant

Avoir les yeux sans évidence
des larmes où les poissons dansent
et jusqu’à la fin du temps
garder toujours ses yeux d’enfant

Avoir la bouche sans la morsure
être la louve qui lèche la blessure
être fontaine, donner l’eau pure
trouver les petits cailloux qui rassurent.

Avoir en soi des mots de pluie
en robe de peine, de désastre et d’ennui
et dans un poème pour autrui
les transformer en oiseaux de paradis.

Avoir l’eau et donner le feu
aux étincelles vives comme abeilles
et à la place vide de l’ami oublieux
deviner encore le soleil, en creux.

Quand commence le poème ?

Quand commence le poème, et comment ?
Quand on a laissé toutes ses portes ouvertes
un grand courant d’air est passé par là
a tout mélangé.
les verbes actifs se font passifs, poussifs,
se démodent,
les noms s’échappent, s’oublient,
se dénomment
et tous les autres mots
syllabes et lettres
se posent, se décomposent,
n’importe où, comme pétales de roses.

Alors on voit soudain
ce qu’on n’avait jamais vu
qui était là, pourtant, depuis toujours,
depuis longtemps…
des fleurs très minces,, très nues
aux pétales lourds comme paupières fatiguées,
des hirondelles qui prennent la plume
et dessinent dans le ciel
des cercles magiques où se prennent
nos rêves les plus légers.

Alors au son des sombres galops du coeur
on s’arrache de la pesanteur
le sang fouetté comme mille chevaux
cavalant dans nos veines bleutées,
et dans l’écume salée des larmes
qu’on n’a pas versées.

Quand finit le poème ?
je n’en sais rien.
Peut-être quand le temps change ?
On devient frileux,
on ferme la porte,
la fenêtre,
les yeux…
on s’assied près de la cheminée…
Mais c’est dehors qu’est resté le feu.