bonne année 2017

Bonne année 2017 :

Jo H.

De préférence

Puisque tout commence,
ou recommence
en ce premier jour émergeant comme navire face au vent,
à la pâle obéissance
préférer l’insolence
fleur d’impatience.

Puisque tout se lève
ou se relève
sous le premier soleil rougissant comme coquelicot vermeil
Au sanglant désastre
préférer le doux astre
feu folâtre.

Puisque tout se joue
se rejoue
entre chiens et loups face à face, dévorant l’horizon,
A la glace qui fige
préférer l’eau vive
moins définitive.

Puisque le bruit court enfin
que le monde court à sa fin
au premier coin de rue s’offrant aux pas perdus
A l’arrivée à bon port
préférer perdre le nord
et son temps et la tête plus encore.

Puisque tout nous sépare, nous dépare,
ne pas s’arrêter à la gare,
au premier tournant d’un rêve trop connu.
Au réveil décevant,
préférer le rêve suivant,
et à la neige les lilas blancs.

LE BERCEAU DE L’HOMME et MON BEAU LAPIN

Ce sont deux textes que j’ai écrits pour Noël. Il n’ont été retenus par aucun éditeur. Ils seront donc pour tous ! Le premier est pour les grands, le second pour les plus jeunes.

LE BERCEAU DE L’HOMME

Jo. Hoestlandt

C’était l’aube, et dans le ciel léger, le soleil commençait à murmurer sur la ville.

Devant les maisons, les poubelles attendaient, ventres pleins.
Et à côté des poubelles de cette maison-là, blanche aux volets verts, les gens avaient sorti tout un bric à brac de vieilles choses devenues inutiles, usées, cassées. Les choses cassées attendaient sur le trottoir, attendaient d’être emportées.

Il y avait là une planche à repasser qui  avait vu passer sur son dos draps fleuris, mouchoirs de chagrins, chemises de jours et de nuits. Un cheval à bascule qui avait perdu un œil à quelque guerre menée par un enfant batailleur, et dont le chien de la maison – qui s’appelait Pinocchio parce qu’il avait un long museau- avait un jour, malheureusement, croqué une oreille. Les enfants avaient grandi, et le cheval s’était longuement ennuyé à la cave, avec les araignées, avant qu’on ne se décide à  s’en débarrasser. Il y avait encore une tondeuse à gazon qui ne ronronnait plus, un miroir qui avait vu vieillir les habitants de la maison, et, comme eux , s’était peu à peu recouvert de taches brunes.

Et un berceau.

C’était un très ancien berceau, que les mains adroites d’un grand-père avaient tendrement construit, pour un bébé d’autrefois. Le bébé était devenu adulte, et avait  eu, lui aussi, des enfants qui  en avaient rongé les bords de leurs petites dents toutes neuves et toutes pointues. De nombreux petits y avaient pleuré, souri, rêvé, veillés et consolés par leur maman. Peut-être d’ailleurs restait-il encore, accrochés à la tige du berceau, là où autrefois tremblait le voile léger, d’anciens rêves d’enfants – car qui sait au fond ce que deviennent les rêves des petits qui ont grandi…

Le berceau était là, vide et froid, sous le soleil pâle. Il attendait je ne sais quoi, qu’un chat vienne s’y installer, en boule, y ronronner, qu’un oiseau sur sa  tige  nue se pose pour y chanter…

Mais c’est un homme qui est passé, un de ces hommes las qui n’ont jamais eu grand chose, et n’ont pas su garder le peu qu’ils avaient, ont tout perdu : femme, travail, maison, amis. C’était un homme aux bras inutiles, puisqu’il n’avait personne à tenir embrassé, un homme aux jambes fatiguées d’avoir été si loin sans jamais être nulle part arrivé, aux yeux rougis de froid et de larmes gelées. Depuis longtemps, il ne voyait plus que le bout de ses pieds, et il  se taisait comme tous ceux qui auraient trop à dire et ne savent plus que vomir ce qu’ils ont sur le coeur.

Il s’arrêta devant toutes ces choses cassées, usées, qui attendaient d’être au loin emportées.Il vit la planche à repasser, lui qui depuis de nombreuses années ne portait plus qu’un pantalon froissé et un gros pull qui sentait le chien mouillé.Il vit le cheval à bascule, blessé, et lui caressa l’encolure, maladroitement – qui avait-il caressé, et quand ? C’était il y avait longtemps, il ne s’en souvenait plus…Le dernier chien qu’il avait flatté l’avait mordu…Il vit la tondeuse à gazon, se pencha, en retira un bouton d’or collé là, et puis ne sachant qu’en faire, il se l’accrocha à la boutonnière , cela lui fit un peu comme une petite médaille d’or, qu’il aurait gagnée au cours d’une drôle de guerre dont il ne connaissait pas bien l’ennemi, ou pour un petit exploit dont il ne se souvenait pas…Enfin, c’est ce qu’il se dit en se regardant dans le vieux miroir taché…
Mais ce qui le fit hésiter à reprendre son chemin qui allait aussi loin que ses pieds voudraient bien le porter, ce fut le berceau.
Le berceau laissé là, sans aucun enfant dedans.
Il le balança doucement.
Quelque chose en lui s’adoucit, un peu de sa tristesse, quelque part, s’en alla.

Sans réfléchir, il escalada le bord du berceau, trop petit, bien sûr, pour un homme, mais le monde était beaucoup trop grand, alors il se dit que cela ferait une moyenne et comme le tout petit qu’il n’était plus, il s’y recroquevilla.
C’était si étrange… D’abord, il ne vit que la tête du cheval borgne à côté de lui, mais qui semblait le veiller pourtant, comme le très ancien petit âne d’une très ancienne histoire dont il se souvenait maintenant…
Et puis lentement, du fond de sa mémoire, remonta une espèce de chanson , des mots idiots qui disaient « dodo, l’enfant do », un truc comme ça… Quelqu’un autrefois lui avait-il murmuré ces mots-là ? C’était possible, car les mots voyagent à travers le temps et les gens, longtemps. Il regarda le ciel, si haut, si loin de lui et de tous. Son regard tentait de le percer, ce ciel…

Qu’y avait-il derrière que nul ne voyait, ne connaissait ?
Qu’était-il advenu des anges dont on lui avait parlé quand il était enfant ? Il se rappelait comme il l’avait cherché souvent, son ange à lui, celui qui était censé le garder, le protéger, son ange bien-aimé…  « – Viens, je t’en supplie, viens…lui murmurait-il en son cœur, fais que je ne sois plus tout seul, abandonné, fais que ma maman, revienne me chercher… » Et même, il se rappelait vaguement, que quelquefois, juste au moment où, ne voyant rien, il commençait d’abandonner, il sentait quelque chose, il n’aurait su dire quoi, quelque chose de suspendu dans l’air, léger, comme une caresse sans main, un baiser sans bouche qui ne se serait pas posé.

L’aube  s’installa, tout à fait, chez elle sur Terre comme au ciel.
Aucun ange ne suspendit son vol au-dessus du vieux berceau ; mais les anges ne passent peut-être que dans nos ciels d’enfance, tellement plus proches de nous que les ciels d’adultes, puisque nos ballons d’enfance envolés peuvent facilement les toucher.
Mais l’homme ne leur voulut pas aux anges de n’être pas passés. Il s’assoupit dans le berceau, sans aucune rancune, et y dormit d’un sommeil doux et serein, profond comme un océan, de ce sommeil parfait que connaissent seulement les enfants. Et même, il fit un rêve. Il rêva qu’il était devenu si léger qu’il s’envolait ! et retrouvait dans les nues un ballon rouge qu’immédiatement il reconnut ! C’était sa grand-mère qui le lui avait offert, et il en avait lâché la ficelle exprès, pour le voir partir, parce qu’un ballon ne peut pas demeurer votre prisonnier… A le voir s’envoler, il s’était senti si libre, si heureux ! Tout autant que s’il s’était enfui avec lui !

L’homme dormit là un bon moment, comme dorment les enfants qui ont un chez eux et auprès d’eux quelqu’un qui les aime de son mieux.

Plus tard la benne arriva, gronda, rugit, et tout emporta.
Mais déjà il n’était plus là, s’en était allé.
Ce qui l’avait réveillé ? Quelque chose de très doux, de très léger, qui lui caressait la joue.
Un peu de vent ?
Un cil ?
Une petite plume ?
Il ne savait pas.
Mais quelque chose, il en était certain, lui avait caressé la joue.
Doucement.

Comme chaque matin, il marchait maintenant ; il ne regardait plus le ciel, à quoi ça sert si l’on n’a plus de ballon, et que d’ailes on n’en a jamais eues ? Juste des pieds qui vous emmènent vers on ne sait quoi…Cependant, sur sa joue, il continuait de sentir…comme une caresse sans main, un baiser sans bouche…et alors, il se demandait…
Une fois l’enfance perdue, que deviennent les ballons et les anges ?…
Ont-ils vraiment tous disparu ?
Vraiment tous ?
Ou bien…
En reste-t-il quelques -uns ?
Hein ?
Juste quelques uns.
Et même, s’il n’en restait qu’un ! Un seul…
Ca expliquerait peut-être tout.
Un seul ballon, ou un seul ange, perdu dans l’immensité ! Vous pensez !
Qu’est-ce qu’il peut bien faire ?
Juste cela, sans doute.
Une caresse, venue on ne sait d’où, et qu’au petit jour la nuit emporte, comme un loup.

 

MON BEAU LAPIN !

 

 

1

On était en décembre, et malgré le froid, le roi Miraud, de bon matin, était parti chasser. Il était vêtu d’un beau costume pourpre et doré. Son page, comme d’habitude, le suivait à trois pas derrière lui, exactement. Le roi Miraud, qui avait fort mauvaise vue, avait déjà tiré trois fois : la première, sur un buisson qu’il avait pris pour un cochon, – crotte ! avait-il dit. La seconde, en l’air, vers un oiseau qu’il avait raté puisqu’une seule petite plume était retombée, – re-crotte ! s’était-il exclamé.  Et la troisième, à tout hasard, parce que crotte de crotte de crotte, il devait bien y avoir quelque chose à tirer quelque part ! Le roi commençait donc déjà à se sentir de méchante humeur. Son page craignait qu’il ne pique une belle rage, ne se roule par terre en appelant sa mère,  après il faudrait le porter, et il pesait aussi lourd qu’un sanglier.

Heureusement, surgit un lapin. Le roi Miraud, bien entendu, ne l’avait pas vu. Et par miracle, le lapin n’avait pas vu le roi non plus. Alors le page fit rapidement quatre pas, et se retrouva ainsi juste devant le roi qui se fâcha :
-Dis donc, tu te crois où, là ? Sur une autoroute à trois voies ? Tu sais que tu n’as pas le droit de dépasser le roi, tête d’anchois !
A ce bruit, le lapin aurait dû se carapater, mais comme il était un peu sourd, il n’en fit rien. Le page le désigna du doigt au roi, qui tira. Pan !
Le lapin se retourna et vit le fusil pointé sur lui. Le roi Miraud demandait : – Je l’ai eu ou crotte de crotte de crotte de crotte ?
-Heu oui, sire, je crois que vous l’avez eu, juste entre les deux oreilles ! dit le page en s’approchant du lapin à qui il chuchota :
-Fais le mort, mon pote, et arrivés au château, tu pourras te sauver. Le cuisinier cuira au dîner un civet de lapin de ferme et le roi n’y verra que du feu !
-Quoi ? dit le lapin de la forêt. Me confondre avec un civet, moi ? Assassin !
Le roi s’impatientait : – Il vient, mon beau lapin ?
Alors le lapin, sans se démonter, s’approcha du roi et pris d’une subite inspiration, s’exclama.
-Ah sire ! Je vois que vous me reconnaissez ! Eh bien oui, c’est bien moi, le Beau Lapin, Roi des forêts ! Celui dont on aime la fourrure quand part l’hiver bois et guérets… continua-t-il en chantant d’une voix de fausset.

2

Le roi Miraud fut sacrément étonné, mais de peur qu’on le prenne pour un thon de roi qui ne connaissait rien à rien, il répondit :
-Oh, oui ! Bien sûr ! Mon Beau Lapin, Roi des forêts ! Pardon ! Je ne vous avais pas reconnu !
-Evidemment ! soupira le lapin, sans décorations, ça ne se voit pas au premier coup d’œil que je suis roi… Mais, j’y pense, vous venez pour ça, sans doute ! Me décorer, n’est -ce pas !
-Heu, oui, répondit le roi, vous décorer, bien sûr, heu…avec des marrons, et des petits pois…
-Quoi ? s’exclama le Lapin, outré. Des marrons ? Des petits pois ? Vous me prenez pour qui ? Je suis le Beau Lapin, roi des Forêts, je vous rappelle ! Le minimum, c’est de me décorer brillamment, d’or et d’argent !
-Je ne vous imaginais pas comme ça, mais… bien sûr, bien sûr, émit le roi.
-Et de médailles célébrant mon courage, ma droiture ! poursuivit le lapin.
-Bien sûr, bien sûr, dit encore le roi.
-Et de grands colliers et chaînes dorées que vous me pendrez tout autour !
Le lapin, maintenant, souriait de plaisir à s’imaginer ainsi, si joliment décoré.

Pendant toute cette conversation, le page rit tellement qu’il décida de rentrer au plus vite pour ne pas faire pipi dans sa culotte. Alors il dit :
– je vais de ce pas au château, sire, demander qu’on allume un bon feu, pour recevoir votre invité.
-C’est ça, s’écria le roi, soulagé soudain ! Un bon feu, oui, pour rôtir mon Beau Lapin !
Il vit la tête du lapin changer : – vous me prenez pour une bûche ou quoi ? s’exclama l’animal.
-Bien sûr que non ! rougit le roi. Qu’on porte mon beau lapin au château, avec tous les égards qu’on lui doit ! corrigea t-il.  Illico presto.

3

Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
Au château, valets et servantes furent bien étonnés, mais personne ne se permit de discuter les ordres du roi qui demanda qu’on lui apporte médailles, couronnes et lauriers, colliers d’or et d’argent pour décorer dignement son Beau Lapin de la tête au pied et du pied à la tête.
Il y prit grand plaisir, et surtout, à voir son Beau Lapin s’illuminer de bonheur à chaque nouveau colifichet.
A la fin, le roi dit : – voilà, je crois qu’il ne manque rien… Etes –vous satisfait ?
-Si j’osais… soupira le lapin, si j’osais, sire, je vous demanderais bien encore quelque chose… Mais je n’ose pas…
-Bien sûr que si, faites ! l’encouragea le roi.
-Alors, lui confia le lapin, j’aimerais que vous m’accrochiez la distinction suprême… Une étoile ! Au sommet de ma tête !
-Mais oui, bien sûr ! Vous avez raison ! s’exclama le roi ! Comment n’y ai –je pas pensé moi-même ! Une étoile ! La distinction suprême !
Il n’en avait pas, mais l’orfèvre du roi en fabriqua une, brillante, étincelante, magnifique. Alors le lapin scintilla et resplendit de mille feux.
-Maintenant, grâce à vous, cela se voit ! déclara t-il. Cela se voit bien que je suis Roi des Forêts, n’est-ce pas ?
-Oh oui ! répondit le roi. Vous êtes le plus beau des hôtes de ces bois !
Et tandis que la neige se mettait à tomber doucement sur la terre, tous deux passèrent une merveilleuse nuit d’hiver, à boire, à rire, discuter entre rois richement parés.
Ils s’endormirent tous deux, dans une douce euphorie.

Quand le Père Noël passa, il se frotta les yeux en voyant le lapin décoré, se demanda si c’était bien au pied de l’animal qu’il devait déposer ses cadeaux. Mais comme rien n’indiquait le contraire, et qu’il était bigrement pressé, il disposa les cadeaux autour du lapin et repartit.
Au petit matin, le roi et le lapin virent tout cela et s’en réjouirent.
-Regardez, sire, s’exclama le lapin, on voit bien les traces du renne, dans la neige !
-De la reine, tu veux dire ! corrigea le roi. Et il constata : -celle-ci avait de bien petits pieds…Mais tu vois, elle est venue, et elle est repartie. Pas une reine ne veut rester avec moi…
-Mais c’était un renne, sire… redit le lapin.
-Ce que tu es entêté ! grogna le roi ! Ce n’est pas demain la veille que je te décorerai de la médaille de la grammaire, mon ami !
Le lapin n’insista pas davantage.  
Mais dès le lendemain, il commença de trouver bien lourd tout l’attirail, colliers et médailles, distinction suprême et tout le tralala. Il courbait l’échine sous le poids, et au bout de quelques jours, il sentit qu’il se ratatinait, qu’il allait crouler sous cette trop lourde parure. Alors, au beau matin suivant, avant que le roi ne se lève, avec l’aide du page, il se débarrassa de toutes ses décorations, et s’en retourna, tout nu et tout léger, vers la forêt et ses verts compagnons.
Quand le roi s’en aperçut, il fut un peu triste, mais le page lui dit :
-Ce n’est pas grave, sire, vous le retrouverez l’an prochain votre beau lapin, j’en suis certain.
Sur cette promesse, le roi Miraud se consola.

Et c’est depuis ce jour, en souvenir de cette histoire, qu’au 24 décembre, nous allons, chaque année, chercher dans la forêt les plus beaux…

lapins qui soient …

et qu’on les décore, de la tête au pied et du pied à la tête, merveilleusement, comme des rois !

jo hoestlandt

 

et BON NOËL A TOUS.

 

 

 

 

A ceux qui ont de la peine

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Quand je suis devant la mer
je me dis que tu as pris le large
que je peux te rejoindre, à la nage.

Quand je reviens dans ta maison
je me dis que tu as filé si vite
que tu en as oublié là, ton blouson.

Quand je suis dans ton jardin
ta bêche t’attend près du pommier,
c’est que tu n’es pas bien loin.

Quand j’ouvre ton armoire
pourquoi manque ton beau costume
le bleu et noir ?

Quand je regarde le ciel,
Je n’y vois rien de spécial.
Tu n’y es pas. Bonne nouvelle !

Je te préfère là plus près
à dormir sous les boutons d’or
le bleu des oeillets, le blanc du muguet.

Ou là, sur ma page…
quand les mots ne viennent plus
Dans ce temps suspendu…

Tu vois, j’ai laissé une grande marge
où peut revenir tout ce qu’on a perdu
un amour, un ami, le bel âge…

Qu’il n’y ait pas de pas perdu.

Avoir à voir

Avoir le coeur comme un dimanche
de noces en voiles blanches
ou de rose des vents
avoir le coeur toujours naissant

Avoir les yeux sans évidence
des larmes où les poissons dansent
et jusqu’à la fin du temps
garder toujours ses yeux d’enfant

Avoir la bouche sans la morsure
être la louve qui lèche la blessure
être fontaine, donner l’eau pure
trouver les petits cailloux qui rassurent.

Avoir en soi des mots de pluie
en robe de peine, de désastre et d’ennui
et dans un poème pour autrui
les transformer en oiseaux de paradis.

Avoir l’eau et donner le feu
aux étincelles vives comme abeilles
et à la place vide de l’ami oublieux
deviner encore le soleil, en creux.

Quand commence le poème ?

Quand commence le poème, et comment ?
Quand on a laissé toutes ses portes ouvertes
un grand courant d’air est passé par là
a tout mélangé.
les verbes actifs se font passifs, poussifs,
se démodent,
les noms s’échappent, s’oublient,
se dénomment
et tous les autres mots
syllabes et lettres
se posent, se décomposent,
n’importe où, comme pétales de roses.

Alors on voit soudain
ce qu’on n’avait jamais vu
qui était là, pourtant, depuis toujours,
depuis longtemps…
des fleurs très minces,, très nues
aux pétales lourds comme paupières fatiguées,
des hirondelles qui prennent la plume
et dessinent dans le ciel
des cercles magiques où se prennent
nos rêves les plus légers.

Alors au son des sombres galops du coeur
on s’arrache de la pesanteur
le sang fouetté comme mille chevaux
cavalant dans nos veines bleutées,
et dans l’écume salée des larmes
qu’on n’a pas versées.

Quand finit le poème ?
je n’en sais rien.
Peut-être quand le temps change ?
On devient frileux,
on ferme la porte,
la fenêtre,
les yeux…
on s’assied près de la cheminée…
Mais c’est dehors qu’est resté le feu.

Bonne année 2014

Par ce poème à partager avec qui vous voulez, je souhaite à chacun une bonne année 2014.

Avec toute mon amitié

Jo.Hoestlandt

Vous  trahis, vous perdus, vous abandonnés

Vous au cœur percé, papillons épinglés,

Vous misère, vous lassés de tout,

Vous sans demain sans présent sans hier,

Vous errant dans le brouillard blanc

Vous qui plus avancez moins y voyez clair

Vous qui tremblants

vous demandez maintenant

Où sont nos îles, où sont Où nos ailes ?

Cette année prenez  oui prenez je vous en prie

ces mots comme maison

Comme pays.

Vous qui plus rien ne dîtes

Ni le vrai ni le faux ni le mal ni le bien

Vous à la parole coupée

Vous que la stupeur rend muets

Vous piétinés déchirés enragés

Vous oiseaux fous

Qu’une épine de rose jusqu’au cœur a percé

Vous qui sans jardin, clés égarées, seuls, vous demandez

Où sont nos ils, où sont nos elles ?

Cette année prenez, oui prenez je vous en prie

ces mots comme maison

Comme pays.

Vous  accusés, vous qui tête basse

aux yeux comme portes fermées

Vous désastre par les astres déserté

vous au cœur brisé, sans rêve, vous résignés

Vous au fond de l’eau au fond du verre

Vous qui à la vie à l’envers

Vous sans amour par tous les loups dévorés

Sans soleil matin et sans manteau le soir, sans espoir,

Vous sans rivage sans bateau ni voyage

Vous désolés, désarmés, vous qui demandez

où sont nos îles, où sont nos ailes ?

Cette année prenez, oui prenez je vous en prie

ces mots comme maison

Comme pays.

C’est pour vous que j’écris.

Bonne année 2016

A tous, bonne année 2016.      Jo.H

 

Merci pour les yeux !
Pour voir ce qu’il y a à voir de merveilleux
Vraiment il n’y a pas mieux,
Alors merci pour les yeux !

Merci pour mes oreilles
moins grandes que celles de l’âne
mais pour un usage pareil,
alors merci pour ces oreilles !

Merci pour le visage entier
Même pour les rides qui affluent
et le parcourent comme des rues
merci pour ce visage entier.

Merci pour ce corps, tant que j’y suis
Qui à son âge debout tient encore
Et pour le cœur en son coquillage
Merci pour ce corps, tant que j’y suis.

Merci pour la parole donnée
l’art de jouer de la plume et des mots
la petite musique en allée du piano
Merci pour la parole donnée.

Pour les couleurs, merci beaucoup !
le vert des yeux, le rose des joues,
le rouge du sang, les bleus aux genoux,
merci même pour le gris des cheveux.

Merci pour les idées, pensées,
Trouvées, perdues, retrouvées,
les rêves comme tourterelles, envolés,
oui, merci pour les idées.

Merci pour cette vie
la solitude, les moments d’amitié
Sur cette terre pleine de bruits
Et pour le silence qui la finit

Merci pour cette vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonne année 2015

oui, cette année-là, terrible, il y en a eu deux.

A TOUS, A CHACUN,

Marcher.  Non pour aller loin,

au bout de la ligne au bout du cahier…

Marcher pour laisser le temps au monde

de venir à soi et s’y fondre,

s’effacer.

Respirer.  Non pour prendre l’air,

avoir l’air ou s’en donner…

Mais pour l’apprendre,

comme on apprend l’air d’une chanson

avant de la chanter.

Rêver.  Non pour oublier, se consoler, se réfugier,

se perdre dans les nuages…

Mais  pour le rose dans le rouge

le bleu dans le noir, faire un bouquet,

composer.

Prier.  Non pour supplier, s’extasier, toucher au ciel…

Mais se mettre à genoux,

à hauteur d’enfant,

De tout ce qui rampe sur la terre

Comme un ver.

S’étonner. Non pour s’effrayer, regretter.

Mais pour douter, se dérouter, se perdre…

Trouver l’ombre et la lumière

Comme la balle perdue trouve son but.

Par hasard.

S’ouvrir. Non comme un compte, un magasin.

Mais comme porte ou fenêtre, qui donne sur…

Ou comme  cet enfant

Qui s’ouvre le genou en tombant.

Rouge –sang.

Jo.H

Bonne année 2015

Bonne année 2015, les amis.

Votre Jo. H

 

Il pleut sur Paris aujourd’hui

et sur la page transparente de nos vitres

où les gouttes d’eau s’alignent.

Chacune trace les signes grelottants

d’une mystérieuse histoire où la vie

s’écrit en tout petit, tremblant.

Mais persiste, et signe.

Et dans chaque goutte si fragile

tombée si bas de si haut

portée transportée éclaboussée sanglotée,

qu’un rien peut déchirer liquider briser

je vois tout un monde, un univers entier,

réduit à si peu, tremblant…

Mais qui persiste, et signe.

Scotchée aux carreaux

accrochée aux roses jusqu’au bout des épines

coulante et dégoulinante, usante,

cloque de varicelle sur la peau du mur

œil minuscule et brillant de loup sans loup

chaque goutte reste aux aguets, tremblant.

Persiste et signe.

Que chacun de vous,

goutte parmi les gouttes,

porté, transporté, éclaboussé, sangloté,

contenant un monde entier

qu’un rien peut déchirer, liquider, briser,

soit cet œil de loup sans loup, brillant,

et même tremblant,

persiste et signe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonne année 2013

Je voudrais une année de songes

songes aux nuits d’hiver si longues…

Je voudrais une année bohême,

de nuage en nuage,

de je t’aime en je t’aime,

une année vagabonde.

Je voudrais une année

sans rien ni personne à condamner,

une année à l’avance consolée, pardonnée,

sans adieu ni remords,

où demain en main tendue main tenue,

chacun revienne à la ronde humaine

comme un refrain perdu.

Je voudrais voir cette année

toutes les saisons réunies

le bleu le blanc le rouge,

et le vert sans le gris.

S’il pleut que ce soit gaiement

et ailleurs que dans nos cœurs !

Et que d’un seul battement de cil

nos larmes s’en retournent aux crocodiles !

Je voudrais que cette année soit celle

du bel âge que tout étonne

mais que rien ne dérange,

la bête et l’ange.

Une année où tous les jours

nous soient légers et vifs,

inattendus et doux

comme tout petits bisous dans le cou.

 

Bonne année 2013

  1. H