TROIS SOEURS

« TROIS SOEURS » est un très bel album paru chez Gallimard, une histoire que j’ai écrite spécialement pour Nathalie Novi qui vécut une jeunesse entourée de filles, ses soeurs, dont elle était la cadette. Elle m’avait demandé que cette histoire puisse se passer dans un décor victorien, désir de peintre !

Ainsi, je raconte la vie que mènent Eléonore, Martha et Jane, dans leur maison de famille, les étapes que leur âge impose, le fleuve à la surface tranquille du temps qui passe, mais dessous, les remous profonds. Chacune à son tour quittera la maison, et partant, son enfance.  » Va petite, le monde est grand et il t’attend… »

 

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Nathalie et moi sommes amies, depuis la parution, en 1997 ( un autre siècle, mais pas victorien celui-là ! ) de notre premier album qui s’intitulait :  » la géante solitude ». Depuis, nous avons eu le bonheur de nous retrouver plusieurs autres fois autour de beaux projets : « Les petites filles dansent » qui fut souvent monté en spectacle, mis en musique, dansé,      » Portraits en pieds des princes et princesses » où avec un talent fou, Nathalie a peint, à chaque page  » à la manière de »… Picasso, Chagall, Balthus, Magritte… sur un conte traditionnel que je revisitais… Ensuite nous avons réalisé  » un mouchoir de ciel bleu », puis » le songe de Constantin » qui se passait en Italie – Nathalie est depuis toujours amoureuse de ses paysages de Toscane, d’Arezzo, du tableau du  » Songe » de Piero della Francesca…- Nous avons souvent eu d’autres projets, mais elle est très demandée par de nombreux autres auteurs, et puis elle a ses propres projets d’artiste, personnels. Elleest par ailleurs parfaitement capable d’écrire elle-même un très beau texte pour accompagner son travail de peintre… Nous avons toujours eu envie de publier  » Une petite fille en cage », ensemble, qui fut prévu chez Syros, à un moment donné, et puis non, finalement. Mais de ce projet, nous ne désespérons pas. Voili voilà !

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Qui attend qui ?

C’est un album carré, cartonné, d’assez belle dimension, pour les plus petits paru chez Flammarion. Il est joliment illustré par Laurent Moreau. Il raconte la frustration d’un petit garçon qui veut attraper le chat pour le câliner mais l’animal  ne l’entend pas de cette oreille, et est tout à ses jeux. Passent les saisons, sonne l’heure, quand le chat sera bien disposé, c’est l’enfant qui ne le sera plus.

Les petits enfants vivent dans la demande incessante de leur désir qu’ils souhaiteraient voir exaucer instantanément, ils sont donc continuellement frustrés. Le texte, sous forme de comptine très simple à lire, à dire, à retenir, avec des dessins très expressifs, exprime leur attente, leur désappointement, et la vie à contretemps. Les languettes à tirer rendent le texte mobile, les font participer au récit.

 

GEANT

  » Géant » est un roman publié par les éditions Magnard. Il a été illustré par Thomas Baas. C’est l’histoire d’un enfant qui habite loin de la ville, avec ses parents, et dont le père est berger sur ses échasses. L’enfant le voit comme l’un des derniers géants. Le père meurt, brutalement, chassant l’enfant de son paradis, l’obligeant, sa mère et lui, à partir chercher du travail en ville. Comment restera-t-il fidèle à son passé, tout en préparant au mieux son avenir ? Il sera aidé par le compagnonnage éclairé de sa nouvelle petite voisine, Sofia. Et par le temps qui passe et lèche comme un grand chien les blessures de la vie.

Cette histoire a rencontré grand succès depuis sa parution, ce qui m’a étonnée car elle n’est pas dans les standards actuels. Ni par son thème, ni par son écriture, travaillée, littéraire. Mais elle est plébiscitée par les enseignants, portée par les libraires, et elle touche les enfants qui, au fond d’eux, craignent tous cela : que la vie, un jour, ressemble à ces contes, cruels, où le sort vous abandonne au fond de la forêt. Par procuration, et sans vrai danger, via cette histoire, ils vivront en accéléré, le bonheur et le malheur, la perte et le regain, le silence et la parole retrouvée. Toutes choses qu’en toute vie chacun éprouve à son tour.

 

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Un anniversaire- camion

Sous ce titre un peu énigmatique, une petite histoire courte et simple, publiée en Petite Poche chez Thierry Magnier. Une petite fille, Stéphanie, se voit offrir pour son anniversaire, d’accompagner sa grand-mère, chauffeur routier, en Angleterre.e au citron Sa cousine a déjà bénéficié du même cadeau. Alors, au départ, quoique contente, Stéphanie n’est pas surprise. Mais ce voyage va se révéler plus inattendu que prévu.

Comme ça, cela n’a l’air de rien, une petite histoire simple, complicité avec la grand-mère, cadeau, anniversaire comme les éditeurs aiment à signaler avec les mots-clés au dos de la couverture. Sauf que moi, j’aime bien quand ça dérape un peu. La grand-mère a du vocabulaire, le trajet de l’étrangeté, et le camion ne transportera pas que des melons. Vous mettrez bien un peu de sel dans le thé, non ? In english : you’ll put a little salt in your tea, isn’t ? Ou quelque chose dans ce goût-là.

J’ai eu une grand-mère, ma mémé, qui n’était pas camionneuse mais causait kifkif. je l’ai adorée, et elle me l’a bien rendu. Je suis allée en Angleterre, plusieurs fois, toujours en ferry, j’aime bien. Calais-Douvres, Dieppe New Haeven. Mes souvenirs datent d’avant la jungle de Calais. Partir en Angleterre, alors, était un acte innocent et joyeux. Cela ne peut plus l’être vraiment, maintenant, il me semble. A présent, nous sommes accompagnés de tous les visages- fantômes de tous ces gens amassés là, qui nous regardent partir la rage au coeur et au ventre. Je me dis qu’au fil du temps, les mêmes actes ne signifient plus les mêmes choses… Un professeur y verrait matière à réflexion. Mais un écrivain n’y voit que du feu, matière combustible.

FOURMIDABLE

Qui n’a jamais regardé ces petites fourmis défilant, affairées, sur leur trajet bien déterminé ? Je me souviens l’avoir toujours fait, de l’enfance à l’âge que j’ai. Généralement, je les regarde distraitement, tout en lisant, assise sur une marche de l’escalier qui descend au jardin. Un jour de ma soixante huitième année, j’ai eu envie d’écrire ce texte-là : une petite fourmi, la numéro 68, se trouve, par amitié, entraînée à agir différemment de ce qu’elle a toujours fait. Son ami le puceron, lui posant des questions, elle doit se mettre à regarder, ressentir, réfléchir, toutes choses que, le nez sur le derrière de la fourmi 67 qui la précède, affairée à ses tâches programmées, elle n’avait jamais faites. Elle prend la tangente, et cela étant, commence à voir le monde, les autres, et elle-même, bien différemment.

J’ai eu 20 ans en mai 68. Et j’étais alors étudiante à Paris-Sorbonne. Cette période très brève, a été une explosion folle de vie et d’idées neuves. J’en ai gardé cette idée forte : ouvrons tout grand nos yeux, nos oreilles, nos bras, cela nous ouvrira l’esprit et le monde à la fois. Allons, au risque de nous perdre, et quand nous ne savons pas, imaginons. Voilà le thème de  » Fourmidable » paru en Petite Poche chez Thierry Magnier ( qui y a peut-être trouvé résonance à sa profession ! )

Le bateau rouge d’Oscar

Ce que je peux dire sur cet album : c’est l’histoire d’un enfant et d’un bateau qui tiennent l’un à l’autre, par une ficelle et ne peuvent s’éloigner. Tout l’été, l’enfant protégé par ses parents, le bateau protégé par cet enfant, rêveront d’aventures et de liberté.
Mais être tenu par la main, c’est à la fois se sentir protégé, et un peu prisonnier. Alors quand l’un lâche l’autre, ce sont les deux qui sont soudain libérés.

 

Album, Flammarion jeunesse, 18 mai 2016, 24 pages.