Lydie marche jusqu’au soir

J’ai lu et relu  » marcher jusqu’au soir » de Lydie Salvayre, un livre que m’a offert, à mon dernier anniversaire,  une amie d’enfance qui est devenue, au fil du temps, une amie tout court et pour toujours.
Et je souhaite parler de ce texte parce que je l’ai plus qu’aimé. Vous le savez bien, vous aussi, il y a parfois un livre qui vous touche, qui vous trouble, qui vous trouve tout autant que vous l’avez trouvé.  » Marcher jusqu’au soir », de Lydie Salvayre que j’ai simplement envie, aujourd’hui, d’appeler Lydie même si je ne la connais pas, étant sûre que si elle le savait, elle ne s’en offusquerait pas, ce livre-là, donc, à la belle couverture noire criblée d’étoiles, constellations toutes proches cette fois, fera partie des quelques livres que je n’oublierai pas, moi si oublieuse, désormais.
Lydie avait été encensée à La Grande Librairie ( je mets des majuscules partout pour montrer le respect ! ) et ce qu’elle avait dit de son livre, et la façon surtout dont elle avait parlé, toute en nuances et simplement pourtant, à la fois proche mais souhaitant, néanmoins, partager autre chose que des lieux communs, m’avait donné envie de la lire, elle, et son expérience ici relatée.

Au départ, c’est cela : elle est enfermée au musée Picasso, toute une nuit, où elle peut, à loisir, admirer des œuvres qu’elle aime, et celle qu’elle préfère par dessus tout c’est une sculpture :  » L’homme qui marche » d’Alberto Giacometti, sculpteur des années 30, ami des poètes de l’époque.
Au début, elle ne veut pas y aller, elle s’en fait une montagne, elle n’aime pas trop les musées, et elle trouve mille bonnes raisons de ne pas les aimer : dont l’une surtout, tient à ce que l’art exposé à l’admiration et à la déférence du public semble regarder de haut les visiteurs issus de milieu modeste et qui, comme dans une sorte d’église, se font tout petits devant les œuvres à révérer.
Finalement, elle s’y rend, et là, du lit de camps inconfortable mis à sa disposition pour la nuit, elle regarde, elle explore, elle réfléchit dans tous les sens du terme, transitif et intransitif. Elle chemine en elle-même, fait des aller -retours de son enfance maltraitée par son père, à ses difficultés, à l’âge adulte, de se sentir appréciée à sa juste et belle valeur dont d’ailleurs, même courtisée et Goncourtisée, elle -même hésite à se revêtir, comme Peau d’Ane de sa robe de princesse.

A la fois, elle aime  » l’homme qui marche », et il lui demeure étrangement étranger. Pourquoi marche-t-il ainsi, vers où, incliné, tête modestement baissée, son corps squelettique prenant déjà si peu de place sur terre ?
Etre là, enfermée avec lui, donne à Lydie une seule envie, fuir, s’enfuir, s’échapper ! L’angoisse ressentie est trop grande. Alors elle vocifère, s’engueule, et houspille mentalement tous, y compris Bernard, son compagnon, qui a eu le malheur de lui passer un coup de fil et de lui demander seulement : – ça va ?
ce qui provoque sa fureur.
Et le mélange des langues et des genres rend son texte unique, comique, loufoque ! On la devine, on la voit ! s’agitant, comme une actrice de théâtre sur la scène, devant un auditoire absent qu’elle engueule quand même : encore une fois que fait- elle là ? Encore une fois elle ne se sent pas à sa place !

Ressortie de ce piège à c…, elle se dit que plus jamais elle ne renouvellera une expérience pareille : résultat nul de nul puissance 13 !
Elle conclue que ce qui l’a tellement effrayée, peut-être, est de s’être rendue compte qu’in fine, sans doute, cet homme, comme chacun de nous, marchait vers sa mort, inéluctable et certaine, la tête baissée, absent déjà, vaincu d’avance, et pire que tout, consentant à l’être.
Alors qu’elle, malade,  et tous, même mieux portants, luttons si fort toute notre vie pour trouver notre place sur terre, y marquer notre présence, et rester en vie.

Exceptionnel pourtant, la modestie est au coeur de ce texte. Et la conclusion de Lydie, sera que l’art dans la vie, quel qu’il soit,  joue finalement, lui aussi, un rôle à la fois modeste et essentiel, ne nous épargnant rien, mais nous accompagnant au fil du temps.

J’ai souvent, au cours de cette lecture qui m’a profondément touchée, où je me suis si souvent reconnue, corné une page, souligné quelques petits bouts de phrases, un mot ici ou là, de sorte que le livre fini, comme dans le conte du Petit poucet, je peux retrouver ces cailloux de mots et me refaire toute l’histoire, suivre dans leur promenade L’homme qui marche et Lydie qui lui tourne tout autour comme la mouche du coche.
Peut-être, plus respectueux, mieux éduqués, ou jouissant d’une bien meilleure mémoire que moi, ne commettrez vous pas ces petites égratignures à votre ouvrage, mais sûrement, vous en mourrez d’envie tant il  renferme de pépites, de petites étoiles qui, comme sur la couverture noire, forment à la fin, devant nos yeux et en notre cœur, belle galaxie.

Plus personnellement, je dois avouer que jusqu’à l’âge de 20 ans, au moins, habitant la campagne et dans une famille qui n’en aurait jamais eu l’idée, je n’avais jamais mis les pieds dans un musée. D’art et de peintures, je ne connaissais que celles que peignaient maman, le jour de congé. Jamais, elle non plus, n’avait mis un pied dans un musée et d’ailleurs, elle s’énorgueillissait d’avoir appris toute seule, et sur le tas, d‘inventer ! Je la revois, toute contente, le pinceau à la main comme une vraie artiste ! assise sur son tabouret pliant, tandis que papa taquinait le brochet dans la rivière et que mon frère, ma sœur et moi on se poursuivait dans le pré à vaches, slalomant entre les bouses qui séchaient au soleil. A la fin de la journée, brochet pris ou non à l’hameçon, on rentrait à la maison, et maman nous montrait SON OEUVRE qu’on admirait inconditionnellement. Papa, ensuite, les petits clous dans la bouche, ce qu’on n’avait pas le droit de faire et qu’on admirait tout autant que le tableau de maman ! lui fabriquait un cadre de bois parfait !
Et puis, en grandissant, j’ai eu accès aux reproductions qui parsemaient le Lagarde et Michard, et je les regardais bien, toutes ; elles m’aidaient à me représenter ce dont on parlait dans les textes que j’étudiais avec passion, les costumes, les meubles, les paysages, les mœurs qui m’étaient contées. J’en affectionnais particulièrement certaines dont la lumière, surtout à la bougie, ou au clair de lune, m’impressionnait.
Et je dois dire que, beaucoup plus tard, quand j’ai eu accès à certains originaux de ces tableaux admirés en vignettes dans l’enfance, j’ai été drôlement déçue. Toujours, j’en préférais l’ancienne toute petite image dans mon livre de classe, plus modeste et à ma taille finalement, autour de laquelle j’avais imaginé tellement plus que là, adulte au musée….
En cela, que j’avoue aujourd’hui, je me sens très proche de Lydie, comme d’une amie.

Voilà, c’est tout !
Me reste juste à dire un mot à Lydie Salvayre : merci.

Ah si, un petit truc encore : à regarder, dans les livres ! cet Homme qui marche, et dont on ne sait rien, je me dis : – si ça se trouve, ce type-là, penché vers l’avant, le corps étroit, l’air absent, fermé, ne faisait que marcher sous la pluie ! Rentrer chez lui après un petit verre pris au bar du bout de la rue ! Et voilà qu’en sortant, vlan ! tombe un petit crachin genre breton, persistant, qui le pénètre jusqu’aux os, lui fait presser le pas pour rentrer au plus vite sans se faire trop mouiller ! Rentrer au chaud, et enfin replier les longues jambes, fermer les yeux, se reposer…
Quand je vous disais qu’une image dans un livre vous en raconte bien davantage qu’accrochée là haut, sur un mur ?

J’aime Elisabeth Strout

J’ai lu plusieurs livres, cette année, d’Elisabeth Strout :
Olive Kitteridge
Amy et Isabelle,
Je m’appelle Lucy Barton.

J’ai vu qu’un autre roman venait de paraître, dont le titre français est : « Tout est possible », titre magnifique s’il en est.
Je les ai tous aimés, ces livres, beaucoup.
Ils me semblent écrits à voix nue et désarmée, comme je le tente moi-même, à ma petite échelle de corde, et de mots.
Les récits racontent si peu de chose, en vérité, presque rien n’est dit, que d’infime, on dirait  » ce sont des détails ». Les héros n’en sont pas, seulement des gens ordinaires menant tant bien que mal des vies sans grand relief, comme en mènent sans doute les lecteurs qui, comme vous et moi, tomberont amoureux des livres d’Elisabeth Strout.
A quoi cela tient-il ?
A sa sensibilité vraie, je pense. Elle ne cherche à impressionner personne, pas même elle ; sa bienveillance va vers chacun, de ses personnages à son lecteur, qu’elle ne perd jamais dans de fumeux méandres, et c’est comme une conversation sur un banc, une rencontre fortuite qu’on aurait faite, comme ça, dans un jardin public, et une dame, posée là par hasard à côté de vous, vous parlerait de sa famille, de la petite ville où elle habite, du lieu où elle est née, parce que vous lui auriez posé une question ou deux, comme ça, pour parler un peu, rompre la solitude.

« Je m’appelle Lucy Barton » ( qui sortira en poche fin août) est cela aussi : une longue conversation entre une fille, malade et hospitalisée, on ne sait pas grand chose de sa maladie, mais elle dure un peu trop longtemps, et puis sa mère débarquée là, à la grande surprise de sa fille, puisqu’apparemment cela fait des lustres qu’elles ne se sont pas vues.

La mère vient de loin,  » du trou du cul du monde » aurait dit ma mémé, de plus loin que ne le disent même les kilomètres, c’est comme si elle débarquait d’une autre planète pour ainsi dire. Mais elle est là, attentive à sa fille à sa façon, ne dormant jamais pour être plus présente qu’elle ne l’a jamais été. Et telle Shéérazade, au fil des heures, elles égrènent les maigres souvenirs communs, des sortes de lambeaux de sous évènements : ce qu’est devenue la fille machin, qui a fait cela, déjà ? Et te souviens tu du jour où ?
Et ainsi, elles renouent entre elles deux, à l’aide de fils si minces qu’un simple souffle de vent, un claquement de porte pourrait les rompre.
De temps à autre, le médecin passe, bienveillant envers sa jeune patiente, là encore, à quoi tient ce sentiment de bienveillance ?
« Il me pose la main sur le front comme pour vérifier si j’avais de la fièvre… »
Presque rien, la fraîcheur d’une main pour rien puisque tous deux savent qu’elle n’a pas de fièvre.
Il effleure un bleu, qu’elle a sur la cuisse, ne pose pas de question, mais il est bien entendu qu’il l’a vu.

Une sorte de voile de regrets plane sur leur histoire à toutes les deux, la mère et la fille, mais c’est un voile sous lequel elles se retrouvent, dans lequel elles s’enveloppent. Elles se posent des questions, l’une à l’autre, non pour en entendre les réponses, mais seulement parce que la voix reste en l’air, les mots sont suspendus, comme de légers ballons qu’elles regardent voler.
C’est comme on fait avec les enfants, vous savez, quand ils se font mal, et qu’on essaie de les distraire de ce qui les a blessés en leur racontant autre chose… tandis qu’on les soigne comme on peut, avec les moyens du bord…
Il me semble que c’est toujours comme cela dans les histoires d’Elisabeth Strout . Tout le monde veut bien faire, mais chacun est démuni.

Tout d’un coup, me saute aux yeux ce beau mot de  » démuni », et je m’aperçois, que sans doute, à l’origine, cela signifie  » sans fonction », voire même  » sans don » ( préfixe « de », qui enlève, et « munus » la charge) Et alors je me dis qu’Elisabeth Strout met sa fonction, son don d’écrivain au service de ceux qui n’en ont que peu, voire pas.

Se charge de leur vie.

Et elle le fait simplement, sincèrement, et de tout son cœur mais sans chichi, sans blabla, et d’ailleurs, dans ce beau livre de « Lucy Barton, » à un moment, elle décrit un peu un atelier d’écriture où l’héroïne s’est rendue, non parce que cet auteur était son écrivain préféré  mais parce qu’elle l’avait croisée, dans un magasin, un motif apparemment futile, stupide. Et une pimbêche de psy, qui est aussi venue écrire à cet atelier lance une remarque intrusive, alors l’auteur la mouche :  » Je n’aime pas ceux qui se servent de leur métier, leur position, pour rabaisser les autres…Eh bien, ce sont de pauvres merdes ! »

Bravo ! Pas mieux !

Dans les histoires d’Elisabeth Strout  il n’y a pas beaucoup de personnages, mais de belles personnes, qui passent, comme passe la vie.
Une petite phrase revient souvent, dans ses pages, si modeste : C’est :  » pour ce que j’en sais… »
Et ce n’est pas du j’men foutisme, non, tout au contraire, ça demande pardon, à l’avance, d’ignorer tant du monde, de tout et de tous, même quand on est écrivain et qu’on a cette présomption dingue : faire parler les autres sans parler à leur place…

Oui, juste ça : être au service de…

De l’Yonne au Guadalquivir

Vous me demandez souvent, dans les classes, les CDI, les bibliothèques, si j’aimais lire quand j’étais enfant, quel était mon livre préféré et pourquoi. C’est une question qui quoiqu’attendue, m’émeut à chaque fois. Elle me permet de dire que, grâce à ce livre-là lu et relu des dizaines de fois, j’ai connu très intimement l’Andalousie bien avant d’y avoir posé les pieds.
Dans mon livre, Lolita n’était pas celle de Nabokov, mais la petite héroïne de  » La calèche du bonheur » dont l’histoire à la fois me ravissait et me déchirait le cœur. Cette histoire avait été écrite par Michèle Arnéguy dans la belle collection rouge et or que j’affectionnais particulièrement parce qu’on y écrivait avec talent de très longues et belles histoires pleines de grands et beaux sentiments.
Dans mon livre, donc, Lolita était assise, jambes allongées, sur une terrasse de Séville d’où elle entendait sonner les cloches des innombrables églises tandis qu’on l’appelait pour je ne sais plus quoi d’ennuyeux. Elle rêvait.
Moi pareil.
Ou presque.
Je n’avais pas de terrasse mais j’étais assise sur le rebord de la minuscule fenêtre qui donnait sur la cour où piaillaient les poules et cancanaient les canards, tandis que sonnait la cloche de l’unique petite église de Champs sur Yonne et que l’on m’appelait pour aider mon père un peu débordé dans la petite salle du restaurant des Rosiers que tenaient mes parents. Et je rêvais, pareil.
Dans mon livre, Lolita était du  » campo » qui veut dire  » Champ  » justement, quelle coïncidence, vraiment ! Dans son campo, la campagne andalouse, sauvage et poussiéreuse, l’accompagnait le meuglement lointain des taureaux, et surtout celui de Guapo, SON taureau, qui l’aimait. Dans le beau jardin qui entourait sa grande maison qui s’appelait la Palmera, poussaient des rosiers, des lauriers -roses, la glycine, le jasmin, des palmiers, des cyprès… et sur les collines tout autour se dressaient des centaines d’oliviers.
Moi pareil.
Sauf que ma campagne était verte, que ce que j’entendais meugler c’étaient les vaches de la fermière d’à côté, que je n’avais pas de taureau  mais un gros chien qui s’appelait Stamp et qui m’aimait, et sur les collines poussaient des vignes et des cerisiers qui se couvraient en mai de gros fruits ronds et rouges comme des nez de clown…j’avais une tonnelle couverte de petites roses roses comme de tout petits poings de bébés.
Lolita était brune aux yeux vers, elle était assez bizarrement attifée de vêtements cousus main, tirés des robes que sa grand-mère avec laquelle elle vivait ne mettait plus. Sa grand-mère était une grande dame sévère mais avec un cœur d’or.
Moi pareil.
Brune aux yeux verts. Sauf que ma grand-mère qui vivait avec nous aussi n’était pas une grande dame, mais plutôt une grande gueule, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un cœur d’or et d’ailleurs elle aussi me taillait des robes un peu bizarres et donc tout se rejoignait.
Dans mon livre coulait le Guadalquivir et je n’avais pas attendu Federico Garcia Lorca pour l’entendre chanter, y voir se dresser les joncs, y briller le dos des poissons et les cailloux ronds comme des genoux d’enfant.
Moi, je voyais couler l’Yonne sous le pont qui reliait Champs sur Yonne à La Cour Barrée, l’été je m’y tordais les pieds sur les gros cailloux au bord et mon père y pêchait de gros brochets pleins d’arêtes mais les clients s’en régalaient.
Et puis surtout, dans mon livre, le Guadalquivir avait débordé, la crue avait emporté Juanito, le petit frère nouveau-né de Lolita, mais pas Lolita. Qu’était devenu ce bébé ? Sa mère attendait toujours qu’un miracle arrive, que Juanito, dix ans après, réapparaisse…
Moi pareil.
Sauf que mon frère jumeau avait été emporté par les eaux sorties de ma maman…
À la fin de l’histoire, Juanito revenait, miraculeusement retrouvé, sa maman resplendissait de bonheur et Lolita le serrait contre son cœur. Ils partaient tous en calèche à la féria  de Séville.
Moi pareil.
Sauf que c’était à la fête foraine d’Auxerre, et que la famille s’entassait en Peugeot 403.

Et que le petit frère que je serrais contre mon cœur n’était pas celui qui avait disparu mais était né, pour le remplacer, miraculeusement car je ne savais comment, 3 ans après moi.

deux lectures parmi d’autres

Il me faudrait plus de temps pour vous en parler mieux et plus longuement, mais à force de remettre à plus tard, à quand j’en aurai le temps, je m’aperçois que ce moment n’arrive pas vraiment, alors tant pis, et peut-être même tant mieux puisque les deux premiers livres, au moins parlent de cela : le temps qui n’est pas une ardoise que l’on efface, même si notre mémoire au fil du temps tient plus de l’hôpital et du cimetière que du plein champ à l’horizon lointain.
Le premier livre dont je voulais vous dire quelques mots, est donc un livre de souvenirs d’enfance, très simplement écrit, et par conséquence à lire aussi.
Il s’agit d’un livre de Nicolas Delesalle :  » un parfum d’herbe coupée », acheté dans une gare quelque part, uniquement sur son titre évocateur, tant chacun porte en soi, le printemps venant, son propre parfum, terriblement odorant, de l’herbe coupée.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi, j’hésite toujours beaucoup à couper l’herbe sous le pied ! J’aime la vision d’une herbe folle dont le haut de la touffe ploie et remue en cadence sous le vent, comme celle des petites vieilles qui ne dansent plus que dans leur tête. J’aime penser à ce que les hautes herbes cachent et abritent, toutes ces vies minuscules qui  y fourmillent, inventives, j’aime l’allure des jardins un peu abandonnés, quand on s’y aventure ; sur notre passage, l’herbe haute caresse les genoux… à moins que les orties ne nous fassent faire des bonds de cabris ! J’aime les mauvaises herbes, les fleurs de trèfles et de pissenlits, ce qui pousse là par hasard, sans se gêner et sans qu’on le lui ai demandé, qui vient de je ne sais où.
Mais s’il faut un peu faire le ménage, en vue de s’y asseoir, de s’y coucher, ou d’un déjeuner sur l’herbe, alors effectivement, il faudra bien la tondre, la couper. Et le dommage sera compensé par le parfum, suave, sauvage, énivrant ( voyez comme les chats qui ont un odorat si fin, y enfouissent le museau, s’y roulent avec volupté !) composé de la réunion de toutes ces espèces d’herbes aux mille noms inconnus des profanes et qui donnera cette odeur unique, incomparable.
Bon, je vous rassure ! Le livre de Nicolas Delesalle n’a rien d’un traité de botanique,
non ! Il rassemble là ses souvenirs d’enfance, un album photo comme en possédaient autrefois toutes les familles, où chaque cliché était toute une histoire que l’on vous racontait en détail, entre larmes et fou-rires. L’auteur a vécu une enfance ordinaire, dans une famille comme tant d’autres, et c’est sans doute à cela qu’on doit de s’y reconnaître si facilement, et d’en reconnaître tous les vieux acteurs, si bien écrits, comme dans les premiers films en couleurs. Il cueille les fleurs du souvenir dans sa mémoire, nous les offre avec un sourire tendre dont l’âge n’a pas éteint l’espièglerie de l’enfant qui a été, et ces fleurs ramassées en un bouquet de 250 pages ont effectivement pour nous aussi, ce délicieux parfum d’herbe coupée.
Son récit est initié par une petite phrase que lui a jeté en pâture son vieux grand-père totalement somnolent et à côté de la plaque, à qui l’auteur venait de lancer : – tu piques un petit roupillon, Papito ? » et qui lui répondit, lui qui ne parlait que par borborygmes,
cette phrase parfaite : tout passe, tout lasse, tout casse…
Ce qui m’amène à vous parler de l’un de mes livres préférés depuis des années et des années, un petit livre que vous aurez peut-être un peu de mal à trouver et que l’on doit à Alain Rémond illustré par le photographe Luc Maréchaux et dont le titre est :
 » Les coulures du temps ». C’est un très petit, très mince opuscule gris, paru aux éditions Naïve.
Le nom d’Alain Rémond fut très connu à une époque pas si lointaine où il chroniquait ( pour les plus jeunes, non, ce n’est pas un gros mot ! ) dans l’hebdomadaire de Télérama sous le titre  » Mon œil » page que ses lecteurs, très nombreux, attendaient entre toutes pour en savourer l’humour et la tendresse. Il publia aussi, avec le même immense succès tellement mérité des livres de souvenirs personnels et familiaux  » Chaque jour est un adieu » « un jeune homme est passé »,  » comme une chanson dans la nuit », je n’en ai raté aucun. Grâce à lui, sa petite ville de Mortain, où il vécut son enfance et son adolescence au sein d’une famille très nombreuse, devint un lieu à voir, à visiter, pour vérifier qu’il n’y avait bien rien à voir, rien à visiter, hormis le paysage mental qu’en avait gardé l’écrivain, preuve vivante  qu’on peut tout écrire à partir de presque rien.
Le livre «  Les coulures du temps », nous pose, en préambule, cette question :  » pourquoi aime-t-on les vieilles choses, quand on est un enfant ? »
Il me semble que, si c’était bien le cas à l’époque de l’auteur – qui est aussi la mienne-, ce n’est plus autant le cas aujourd’hui,  les petits enfants que je connais le mieux ne jurent que par le neuf, la modernité, le dernier cri, ce qui vient de sortir !

Mais nous, les enfants de l’après-guerre-, nous aimions effectivement faire « des trouvailles » dans les fossés, les dépotoirs, les caves et les greniers, au fond de la  » baraque » ou encore mieux, de celle des grands-parents ! Fouiner dans tout ce qu’ils avaient remisé ou jeté en s’exclamant : – bon débarras ! Y compris dans les ordures qui, à la campagne, formaient des monticules « de saloperies » qu’on brûlait de temps à autre.
Il faut dire que le sacro-saint  » Touchez pas à ces saletés ! » de nos mères relevait de la tentation diabolique !
Dans ce court récit d’une petite cinquantaine de pages, Alain Rémond décrit merveilleusement bien le plaisir de « la surprise » à trouver.
Et, de mes propres souvenirs,  si on n’en trouve pas une vraie, de belle et merveilleuse surprise, alors on s’en invente une ! Un petit truc totalement bidon qu’on grossit, qu’on magnifie, qu’on raréfie, soudain digne d’être sorti de la fange, de figurer dans notre Panthéon, et valant quasi des millions du moins en imagination.
C’est le même plaisir, toujours, dans les brocantes qu’on appelait nous,  » les marchés aux puces ». Non exactement ce qu’on y « dégote » comme disait maman, mais ce qu’on imagine d’où vient et ce qu’on pourra faire avec, ce qu’on vient de « dégoter » !
Alain Rémond y dit très bien cela : les histoires que les objets nous racontent, qu’on leur invente, cette vie vécue sans nous, avant, et celle qu’on commence à leur imaginer près de nous, à présent qu’on l’a dégoté.
L’impression qu’il nous était destiné, voire secrètement transmis , et que  par lui, les couloirs de temps se sont rejoints, rapprochés, fondus, ainsi que les vies transformées, du coup, en destin.

Une robe m’a fait cet effet-là, une fois, un jour d’anniversaire ! Achetée dans une boutique improbable située dans une rue et une ville de hasard, où il y avait de vieux objets, et au milieu, pendue, une robe bleu-ciel, à encolure carrée, avec de petits nœuds posés dessus comme des papillons blancs ; une robe cousue main par une très ancienne couturière, – ce que fut l’une de mes deux grand-mères qui quitta l’école et apprit la couture à 9ans ! – comme on en portait pendant la guerre, ou juste avant, ou juste après… La patronne de la minuscule boutique m’a avertie : – c’est pour la déco ! Personne n’y entre dans cette robe, la taille est trop fine, et ça tombe pas très bien à la poitrine… et puis elle est un peu décousue sous les bras…
On s’est défiées du regard, j’étais sûre du contraire ! Et comme une Cendrillon recevant la robe et les chaussures uniques de sa marraine-fée, je me suis parfaitement « coulée » dans cette robe cousue pour quelle jeune fille dont le corps avait été l’exacte réplique du mien … 40 ans plus tôt…  et qui me l’avait laissée en mystérieux héritage ; dans ses plis et son décolleté, elle me transmettait ses rêves, ce qui restait de sa vie, le bleu d’autrefois se coulant dans le bleu de cet anniversaire d’aujourd’hui.

Alain Rémond ne parle pas de robe bleue un peu décousue, il parle d’épave, et de rouille, brune. Mais ça revient au même…
kifkif bourrique ! aurait dit maman.

j’aurai à vous parler d’autres lectures encore, dont : « Marcher jusqu’au soir » de Lydie Salvayre, que j’ai lu d’une traite, avec un grand bonheur de lecture.

LE MUSEE IMAGINAIRE DE JANE AUSTEN par Nathalie Novi

 

 

C’est un somptueux album paru chez Albin Michel, imaginé par Nathalie Novi, mon amie peintre ( à qui je dois le frontispice de mon site ) . Je dis peintre à escient, car elle n’aime pas être cataloguée  » illustratrice ». Non par mépris pour la fonction d’illustrer qui, à l’origine, vient de « lustre » c’est à dire ajouter du lustre, du brillant, de l’attrait, un certain éclat à une page qui sans cela pourrait se révéler bien terne, ce qui est noble fonction, mais tout simplement parce qu’elle « n’ajoute » pas de dessins  à un texte. Elle est tout aussi principale, et lisible que le texte. Elle peint, et peignant, elle dit tout autant.
En l’occurence, ici, dans ce magnifique ouvrage dont elle a, des années durant, rêvé, avant que grâce à une bourse du CNL, elle ait, elle si diversement sollicitée, trouvé le temps, enfin, de le concrétiser.
Une année entière plongée, en immersion totale et quasiment en apnée, à l’époque Victorienne. Elle nous fait renaître, à coups de crayons et de pinceaux délicieux, toute une société, ses moeurs, son habitat, ses vêtements, ses habitudes, ses attitudes ; on entre chez eux, on fait presque, si l’on veut, partie de la famille de Jane Austen. On en est si près que Jane et ses soeurs pourraient, si l’époque n’était si pudique, nous prendre par la main, nous faire courir avec elles dans cette Angleterre à la nature si harmonieuse qu’elle sembla avoir été créée exprès pour Jane et ses congénères.
L’époque victorienne à laquelle vécut Jane Austen qui nous en laissa, par écrit, dans ces histoires, , un panorama impressionnant ( dans le vrai sens du terme, c’est à dire qui s’imprime dans nos rétines, notre mémoire, notre coeur, ) c’est un état d’esprit particulier, où l’on a, à la fois, le souci très matériel de la propriété, de l’argent, du confort cossu, mais aussi le souci moral de la respectabilité, de la générosité envers les défavorisés, du dévouement aux autres et aux causes de la défense morale qui n’est pas toujours pudibonderie, comme on nous l’a longtemps plus que suggéré.  C’est une époque romantique, qui engendre de grands penseurs, un amour immodéré des lettres, de la littérature, de la poésie, des arts, de l’esthétisme. Le BEAU est omniprésent, ce qu’il faut atteindre, créer, autour de soi et en soi, dans sa vie et dans le monde, les deux s’imbriquant étroitement, (d’où le souci moral.)
Quand je regarde mon amie Nathalie, je me dis que oui, elle est bien une petite soeur de Jane Austen, tant créer ou faire voir le Beau, lui est vital, essentiel.
Alors oui, dans ce musée imaginaire recréé par Nathalie et Fabrice Colin, on verra bien de belles robes, de beaux chapeaux, de beaux meubles confortables et cossus, des réverbères sur les rues sombres, de grandes maisons, des bals, des fêtes, de doux paysages impressionnistes,
mais …
en même temps…
on pourra aussi deviner, à la lumière des réverbères et autres lustres, que la lumière, grâce au peintre inspirée qu’est Nathalie Novi, révèle plus et mieux les ténèbres qu’elle ne les chasse, que les robes, si longues, si poétiques, doivent être relevées pour que les jambes accomplissent leur destin de jambes en plus grande liberté.
On pourra deviner , Nathalie nous en donne l’intuition, que tout cela est frange colorée, décor, créé non pour nier, ou cacher, tristesse, amertume, ambitions avortées, doutes,  névroses et autres misères, étouffer les cris de l’âme et des coeurs, mais plutôt construit comme un décor de théâtre, qui met en scène, et représente plutôt crânement, courageusement, la vie vécue en vrai de ces femmes si courageuses, en vérité, dont l’élégance des corps n’est que la parure jetée, par pudeur, sur le tumulte des sentiments.
Des vies que la Beauté transforme.

Comme la Belle au bois dormant, ce monde, avec ces paysages, ces demeures, ces réverbères dormait depuis plus de cent ans ; Nathalie Novi le réveille pour nous si délicatement que l’on peut, sans se forcer, continuer à se dire que décidément « la vie est un songe » … qu’il convient de partager.

Est-il traduit en anglais ? Je l’espère.
En tout cas le travail de Nathalie a été exposé aux Etats unis.
Vous pouvez, bien sûr, ajouter à cet article en allant sur le site de Nathalienovi.com où bien d’autres merveilles vous attendent.

« Tous les chats sautent à leur façon » par Herta Müller, paru chez Gallimard

C’est le titre particulièrement imagé, et donc enviable par tous ceux qui, comme auteur ou éditeur, cherchent quel titre donner à cet ouvrage-là, roman ou autre, imaginé, conçu, élaboré sur des jours, des semaines, des mois, et qu’à la fin, il faudra réduire à cela : un titre.
Un titre, ça appelle, ça désigne, ça qualifie. Mais ça colle, aussi. Un vrai sparadrap comme celui du capitaine Haddock.  Plus moyen, ensuite, de dénommer, débaptiser, se raviser, réviser. Ad vitam aeternam, le récit devient ce titre emblématique, dit tout, même si au départ, il disait peu, voire apparemment rien du tout.
Ainsi a-t-on  » Madame Bovary » qui ne dit presque rien, juste ce nom, qui pourrait être celui de n’importe qui, au-dessus de la sonnette de la porte d’entrée, ou sur la boite aux lettres où le facteur glissera ce qui lui est destiné, à elle, et à personne d’autre – en principe… Une femme insignifiante ? Oui, et quelques centaines de pages pour donner un destin à qui ne semblait pas en mériter, à donner toute son importance au presque rien, jusqu’à en faire un tout.
Ainsi a-t-on  » le rouge et le noir » deux couleurs subtantivées, qui ne dit pas grand chose non plus, apparemment  de ce que l’on va trouver dans cette histoire si longue pourtant : 540 pages en poche !  Une histoire résumée en deux couleurs, rouge sang, rouge passion, rouge feu, et cheval noir du drame qui advient, ombre qui s’étend, le feu devenu cendres, le vif et le mort. On guettera ainsi, malgré nous, au fil de page, les signes disséminés, rideaux cramoisis, yeux noirs etc… Deux mots et tout est dit, finalement, des 540 pages qui suivront.
Et ainsi de suite.
Le titre, là, du livre d’entretiens avec Herta Müller, prix Nobel de littérature dont je ne me souvenais pas d’avoir lu quoi que ce soit, est en fait un proverbe roumain qui, complet, dit plus exactement :  » tous les chats sautent à leur façon au bord de la flaque », ce qui est un proverbe étonnant, mais qui, intuitivement quand on le lit et qu’on a soi-même des chats, ce qui est mon cas, semble parfaitement juste.
Le proverbe aurait pu être : « tous les chats sautent à leur façon par-dessus la flaque » comme la vache autrefois, en lointaine Angleterre non encore reliée par le tunnel sous la Manche, sauta par-dessus la lune. Mais ce n’est pas ce que dit ce dicton qui nous fait voir le chat sautant à sa façon, au bord de la flaque, ce qui est beaucoup plus vrai, car on a tous vu des chats éviter, par de petits bonds, une flaque, un ruissellement survenu soudain sur leur trajet, et jamais je n’ai vu de chat faire un bond spectaculaire, d’acrobate chevronné au dessus d’une flaque. Le chat procède plus discrètement que ça, toujours, ne se donne pas en spectacle, ne fait pas son numéro, pas de chat de cirque.
Herta Muller, explicite ensuite, avec une extrême intelligence du mouvement, plutôt de la pensée d’où surgit le mouvement, ce dicton : elle parle du contournement approprié à l’obstacle, du bond juste au bord, au dernier moment,  pour ne pas se mouiller les pattes.
Et on voit le chat faire exactement comme elle dit.
Je ne sais pas si cela seul mériterait un prix Nobel de littérature, mais à coup sûr, cela mérite toute notre admiration tant il est difficile de décrire, dans la rapidité de ses manoeuvres, ce qui ressort chez le chat, du réflexe ou de l’intention.
Mais ce qui est plus remarquable encore et me ravit, c’est que de cette toute petite phrase sans aucune prétention, juste un dicton populaire- mais on sait que les dictons ont une portée universelle qui va bien au-delà de ce que les mots semblent évoquer – elle tire une conclusion, ou plutôt une réflexion qui fait de chacun de nous, à mille et un moments de sa vie, un chat au bord d’une flaque.
Flaque alors est cet espace où la terre se déroberait sous le pas, où l’on se noierait dans un verre d’eau, où l’on ne verrait plus que la surface des choses, où se cacheraient des monstres comme celui du Loch Ness, jamais visibles, mais toujours plus ou moins perceptibles, le moment terrible où, croyant atteindre le ciel, on s’aperçoit qu’on se noie…
Alors vite, comme le chat, on tente de petits bonds apeurés, préférant peut-être faire le tour, rester sur la terre ferme, ne pas se mouiller…
Et chaque mot que l’écrivain écrit pour dire la vie où il erre, qu’il tente d’étreindre, qu’il perd, oui, chaque mot d’écrivain est cette tentative, ce petit bond de chat, au bord de l’espace qui lui est donné pour dire : le bord de la page vide, de la flaque.

C’est une merveilleuse métaphore que le titre alors déroule pour nous, ce titre qui ressemble à celui d’une comptine, qui ne semble dire qu’une enfantine petite phrase de récitation, et qui, comme « le rouge et le noir », comme  » madame Bovary » dans son insignifiance, signifie tout.

Le reste de ces entretiens, traduits de l’allemand, vous surprend, et vous prend, avec tout autant de pertinence, d’acuité. Herta Müller, qui appartient à la minorité Souabe en Roumanie parle de son quotidien sous l’oppression, – mais, dit-elle, nul besoin en fait d’opprimer les habitants du village qui s’oppriment tout seuls, au bout d’un moment, et nul besoin de geôlier, chacun s’enfermant dans son silence, les non-dits…
Elle nous dit le vertige éprouvé devant le vide des interrogatoires menés par les services secrets de la dictature sous Ceausescu, et à la lire, ce vide des mots paradoxalement, devient une falaise, âpre, vertigineuse, que d’un bond on ne saurait franchir.
Et alors sans doute, pour survivre fallait-il être sans cesse ce chat, qui saute au bord, de façon tellement inopinée qu’on ne peut le contraindre, l’attraper, le noyer.

J’espère vous avoir donné envie de lire Herta Müller, née en Roumanie, en 1953, qui vit en Allemagne, et qui fut prix Nobel de littérature en 2009.
Ne pas croire que ce sera trop difficile, qu’on ne comprendra pas ( un prix Nobel, ça impressionne le simple lecteur, forcément.) Non, elle écrit assez simplement pour le commun des mortels, elle vient d’un morne village, elle a gardé les vaches, enfant brimée, battue, puis, de petit bond en petit bond, elle est devenue cet écrivain reconnu. Et c’est ainsi qu’il faut la suivre : de cette détresse première assumée, acceptée, à cette traduction, ou plutôt, comme elle l’écrit merveilleusement à la conversion de cette vie-là en mots, et au final, on a sous les yeux, tiré de ce rien, de ces absences, de ce vide, un beau, un riche récit, un PLEIN de sens au conteur !

Ce que je propose comme exercices d’écriture pour les enfants à partir de cette belle image de  » chat sautant au bord de la flaque :

Décrire le chat, où il va, à quoi il pense. Et puis d’un coup, une belle flaque, d’où elle vient, le chat se penche dessus, voit ce qu’elle reflète, en surface ( l’arbre, l’oiseau ? ) . Puis imagine ce qu’elle pourrait cacher, en profondeur, vision de rêve ( poissons, oiseaux)  ) ou de cauchemar ( monstres liquides). Il fait de petits bonds, pour ne pas se mouiller les pattes ( où allait-il pour qu’il lui faille rester les pattes bien propres ? ) e(t de bond en bond il échappe à tous les dangers potentiels.
Le chat parti, que se passe-t-il avec la flaque ? Sèche-t-elle, banalement, sous le soleil ? Ou bien continue-t-elle à vivre avce ses reflets réels et imaginés ? L’oiseau sur l’arbre rencontre-t-il le poisson dans l’eau ? ou bien, la flaque séchée, pousse-t-il des ailes au poisson qui lui permettront de voler ? etc…

Voir la flaque comme TOUT UN MONDE !

En dessin, c’est bonbon à illustrer ! ( on peut même fair des  » volets successifs de flaque ) et une  » marionnette – chat  » qui gambadera à souhait.

 

LE DEJEUNER DE LA NOSTALGIE par Ann Tyler

Je ne sais pas pourquoi, il me semble que je n’avais pas lu de livres d’Ann Tyler. Je crois avoir lu un article sur elle, (dans le Monde des livres ? ) et cet article m’en a donné l’envie. (Il faudrait écrire sur ces  » passeurs » -là, relais entre les auteurs et leurs lecteurs, qui donnent à entendre leurs battements de coeur)
Ann Tyler est née, dit la couverture, en 1941. Elle habite Baltimore, aux Etats Unis. Quand on a dit ça, on est bien avancés ! Il y a peu à dire, sur elle. Elle mène une vie ordinaire, ne vois assomme ni de ses voyages incroyables, ni d’une sexualité hors normes, ni d’un passé traumatisant, ni de rêves ou de cauchemars ahurissants, ni d’ambitions dévorantes, de remords récurrents… Rien de tout cela.
 » Le déjeuner de la nostalgie », nous raconte la simple histoire d’une famille des années 60 dont le père est représentant de commerce ( cela a sans doute joué dans mon choix de lecture, mon propre père ayant été, lui aussi, représentant, en ces mêmes années, un métier bien moins pratiqué à l’heure d’internet, évidemment ) Un jour, leur père ne revient plus de ses déplacements. Et leur mère se ronge les sangs mais, en bonne mère protectrice, essaie de faire croire à ses trois enfants que non, tout va bien, ils peuvent continuer à vivre normalement, une vie sans histoire.
Et c’est cela, le talent d »Ann Tyler : faire toute une longue histoire d’une vie sans histoire. Traiter ces personnages sans ombre et sans lumière comme des acteurs dignes de cette scène- là, sur laquelle elle les fait monter en grande douceur. Et nous, on les croise, on les recroise, comme s’ils habitaient au coin de notre rue, qu’on en prenait des nouvelles, banales : – ça va ? Vous faites vos courses ? Il y aura quoi au dîner ce soir ? Vos enfants vont bien ?
Et ce n’est pas ennuyeux, non, pas du tout. Au contraire. C’est fascinant, à cause des détails, des conversations, de ce qu’Ann Tyler leur fait dire alors que dans le paragraphe précédent, peut-être,  elle a écrit qu’ils pensaient autrement, ou autre chose… Il y a la surface lisse de la page, avec les mots écrits dessus, bien alignés, tranquilles, et puis la sensation qu’ils sont les vagues posées sur des abîmes.
dans un article, Ann Tyler dit que ses personnages lui parlent, la surprennent, parfois. Elle traduit leur voix comme elle le peut. Alors elle la traduit bien, car ils nous parlent aussi. Mais d’une façon discrète, comme s’ils ne voulaient surtout obliger personne à les écouter. Suprême politesse de l’écrivain !
Dans cette histoire, l’un des enfants Ezra, restaurateur, tente à multiples reprises de réunir la famille autour d’une table, pour qu’ils se parlent, s’annoncent les choses importantes de leur vie, de réconcilient quand ils sont fâchés… Et jamais, jamais, le déjeuner ne peut se passer comme il le souhaite. Toujours, l’un ou l’autre quitte la table, disparaît, avant que les choses ne soient dites.
C’est comme une parabole. La Cène, mais triviale, où l’on s’embrasse et se trahit dans le meêm moment et en toute affection, parce que c’est ainsi, la vie.

Mes lectures estivales

Nos étés ressemblant rarement à ce que nous prévoyons, les livres que nous emportons ne sont pas toujours ceux que finalement, nous lirons. Car nous les avons emportés avec nous pour certaines raisons, qui, au bout de quelques jours de vacances, finalement, ne sont plus forcément d’actualité. Alors les livres choisis restent parfois dans la valise, et c’est un autre titre qui vous accroche, tout à coup, dans une de ces petites bibliothèques improvisées où chacun est libre de mettre à la disposition de tous, les livres qu’il ne lit plus.  ce n’est pas là les abandonner, mais les confier à de nouvelles mains, de nouveaux yeux, un coeur neuf, qui les aimera mieux.
Je n’ai donc pas tout lu de ce que j’avais emporté avec moi,  » Frères migrants » de Chamoiseau, par exemple, ou « mécanismes de survie en milieu hostile » d’Olivia Rosenthal, ou  » appels téléphoniques » de Roberto Bolano ( prononcez Bolagno, le n est espagnol.) Sans doute, fraîchement débarquée sur la plage de mes vacances, n’ai-je plus voulu voir en la mer un immense cimetière marin, n’ai-je plus, non plus, eu l’impression de devoir affronter un quelconque milieu hostile, et j’ai oublié mon téléphone ici, là, n’importe où, et m’en suis soucié comme d’une guigne.
Par contre, j’ai lu, sur impulsion et à toute allure  » Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois. Evidemment à cause du titre. Et parce que l’été est propice à ce genre de réflexe – marronnier : l’été  est fait pour cela : se rapprocher de ceux que, dans l’année, nous négligeons, par manque de temps, manque de foi, manque d’envie. Il s’agissait de l’histoire d’un écrivain, marié mais sans enfant, qui part en voyage, seul. A la recherche de qui fut, vraiment, son père, de ce qu’il lui a transmis, laissé, cet héritage, mystérieux, sans objet particulier. D’abord il se pose, comme une mouche, ici ou là sur le globe, et puis, finalement, il atterrit à La Tuque, un lieu improbable, loin de tout, au Canada. Là, habite un ami de son père, Jean. C’est de lui qu’il attend, simplement, les mots qui l’aideront à poursuivre sa vie. Et c’est dans ce lieu qu’il affrontera, tel un Petit Poucet, l’inextricable forêt où il faut évidemment se perdre si l’on veut vraiment se trouver. Jean- Paul Dubois, tout à la fin du livre, écrit ces mots qui justifient son récit :  » « J’ai terminé ce livre. Comme les précédents, il m’aura, pour un temps, rapproché des vivants et des morts. C’est dans l’ordre des choses simples. »
C’est là une affirmation toujours vraie. Une histoire sert bien à cela : rapprocher. Rapprocher les temps – passé, présent. Rapprocher les gens : ceux qui pensent, écrivent, lisent, vivent des vies si semblables et si différentes, tous, le temps du livre, dans le même bateau ivre, poussés par le même vent, vers l’horizon. Rapprocher la nature, les bêtes, les dieux, des hommes. Les grands, des petits. Ceux qui ont la lumière, qui voient,  de ceux qui oeuvrent dans l’ombre, sourds, aveugles. Et par le détour d’un beau mensonge, faire parvenir chacun à sa vérité.
Les livres lus après celui-ci, participaient de la même envie : que la vie de cet autre, là, si étrange, si belle, si triste, qu’on me raconte, rejoigne par quelque secret chemin infiniment secret, la mienne. Non pour trouver des réponses aux questions que je me pose, mais pour me sentir heureuse d’avoir des compagnons de route. C’est ainsi que j’ai lu aussi ces quelques autres livres :  » Tristesse de la terre » d’Eric Vuillard,  » Le génie de la bêtise » de Grozdanovitch, « Hudson river » de Joyce Carol Oates, et « La porte » de Magda Szabo. Et puis,  » le déjeuner de la nostalgie » d’Ann Tyler.

CONTINUER par Laurent Mauvignier

DE Laurent Mauvignier, j’avais lu « Apprendre à ne finir » et  » Autour du monde » , deux livres dont ni le thème ni l’écriture ne m’avaient  laissée indifférente. Les histoires de cet auteur qui en écrit beaucoup, semblent toutes écrites dans une urgence terrible, les phrases se poursuivant comme des chevaux pris dans un effarant galop dont on ne comprend pas vraiment la cause ni le but, le tout se cristallisant, peu à peu, pendant « la course » du récit. Peu d’auteurs sont capables comme celui-ci de tenir sur la longueur une écriture aussi exigeante nerveusement. Mais Mauvignier le peut parfaitement et entraîne le lecteur dans cette folle poursuite des personnages accrochés à leur destin comme Vercingétorix traîné par le cheval du vainqueur qui le tuera mais lui assurera en même temps une place irremplaçable dans l’histoire des évènements.

Dans  » Continuer », titre bref s’il en est, et à l’infinitif ( pas à l’impératif, le personnage principal n’accepte d’ordre de personne, et ne s’en donne mêm pas à elle-même, non, elle est dans la prescription, l’ordonnance, elle se soigne, soigne son fils, malade ) dans ce roman, donc, on assiste à la reconstruction d’un couple qui n’est pas un duo habituel dans les romans pour adultes. Ce couple, c’est celui de Sybille, la mère, et de Samuel, son fils, un adolescent qui a de mauvaises fréquentations, qui assiste, sans broncher, au viol d’une camarade, un adolescent assez sombre, et qui sombre effectivement. Sybille, comme toute mère qui perd son enfant, s’accuse, se désespère, d’autant que le père lui renvoie d’elle-même une image désolante, humiliante.
C’est comme cela qu’elle décide de faire un coup d’éclat, un pari, autant sur elle que sur son fils. Ils vont partir, loin, très loin, seuls, pour se trouver et si possible, se retrouver. Ce sera le Kirghizistan ( ouf ! bravo l’orthographe !) et la rando se fera à cheval. Au pas, au trot, au galop, au fil des rencontres bonnes ou mauvaises, moments d’abandon, moments de douceur, d’espérance, de désespoir, on ne lâche pas le fil ténu qui relie ces deux là et que le voyage malmène, précipite, désarticule, puis reconstruit. Aucun angélisme, aucune mièvrerie, du chaos, des bleus, des bosses, des trous, des monts, des pentes, des descentes des remontées, les paysages qui s’étendent, ou vous écrasent, rien de définitif, tout peut arriver, tout arrive.

Et surtout, la présence muette des chevaux, qui portent les deux personnages et les emportent. A la fois, tous les détails matériels que le récit observe, la sueur du cheval mêlée à la leur, le crin dans leurs mains, le bruit différent de leurs sabots quand la teneur du sol change, et puis, ce dont ils sont le symbole, ces chevaux, ce qu’ils représentent, le bonheur, la liberté, le calme, le souffle, les rêves d’évasion, la vie qui continue, au pas, au trot, au galop, et la mort qui n’est pas loin, qu’on croise même pas au bout du chemin, dans le regard de l’animal qui meurt, emportant avec lui votre propre reflet quand sa paupière se ferme.

Je connais un de mes amis, au moins, à qui ce livre plaira sans doute. Quel plaisir de savoir que je vais pouvoir lui en faire cadeau, bientôt…

I REMEMBER, et LE VOL DU VAMPIRE

Deux étonnements, voire deux stupéfactions dans mes lectures récentes.

Je découvre  » I remember » d’un auteur américain dont je n’ai jamais entendu parler : Joe Brainard

brainard

1417 fois répétés, ces « I remember », suivis du souvenir concerné, banal, trivial, souvent « osé », ont germé dans la mémoire de Joe Brainard, jeune et déjanté, plus peintre – collagiste qu’auteur d’après Marie Chaix, sa traductrice française qui nous le révèla dans cette édition de 1997, chez Babel ( Actes Sud)
Or, les 1417  » I remember » de l’ami Joe; furent publiés en 1970, et 72, donc six ans avant les célèbrissimes  » Je me souviens » qui firent la gloire de notre Georges Pérec national ! Ce que, il faut bien reconnaître, l’auteur français évoque en tête du livre mais, je constate, après interro générale, que personne en France ne se souvient d’avoir lu.
Georges Pérec n’a donc en rien inventé cette formulation listée, en catalogue trivial, l’idée géniale de simplicité en revient à ce jeune américain de 26 ans, parfaitement inconnu ici.
Il faut donc en remercier Marie Chaix, qui nous le fait découvrir.
Les  » I remember » de Joe Brainard, par ailleurs, nous parlent évidemment moins à nous, Français,  que ceux de Perec, mais en revanche, d’une brève notation à l’autre, on y observe parfaitement la vie d’un grand ado américain dans les années 70, racontée de façon à la fois forcément très laconique ( ça va de pair avec l’adolescence…) et très personnelle ( il n’évite aucun sujet et surtout pas sa balbutiante vie sexuelle)
Bref, une vraie découverte que l’origine de cette énumération de souvenirs, des plus personnels et piquants aux plus généraux et communs, intéressante à plusieurs niveaux, et surtout cela pose bien la question de la création littéraire : une bonne idée, mille fois reprise, mille fois chantée, interprétée par des talents divers ( par exemple,  » Les années » d’Annie Ernaux participent aussi du même projet qu’elle développe plus largement, permettant à tous et à chacun de se retrouver dans ce qu’elle raconte de sa vie à elle, personnelle, l’inscrivant, l’encadrant dans notre commun paysage ), bonne idée dont on a tous oublié ( ou ignoré) l’origine.

Même remarque avec  » Le vol du vampire  » de Michel Tournier, livre que je recommande à tous les amoureux de la littérature. Michel Tournier l’intitule très modestement « Notes de lecture » et y met en exergue cette petite touche poétique, petite flèche, escarmouche, petit rien qui comme presque tout petit rien explique mieux et bien plus qu’une dissertation :     » c’est en lisant qu’on devient liseron ». ( pour les nuls en botanique, le liseron est une herbe sauvage, fleurie de petites clochettes blanches, – les volubilis, au si joli nom, qui s’enroulent et grimpent à toute vitesse le long des grilles et des clôtures sont de la même famille –  » Volubile » : qui parle rapidement et abondamment vient de ce nom de plante, of course…)
Je propose, aux enseignants en mal de sujet, cette toute petite phrase là, à commenter, sur la lecture. La tête et des yeux effarés de leurs élèves à la lecture du sujet leur feront passer un bon petit moment ! Mais dès qu’ils auront cherché ce qu’est le liseron, gageons qu’ils auront de la lecture une toute autre image, vivante, créative, exubérante, qui se présentera alors à leur petite cervelle si formelle.

J’en reviens ( mais contrairement aux apparences je ne m’en étais nullement éloignée, j’étais même au coeur du sujet) au  » Vol du vampire » de Michel Tournier où il n’est pas question de vampire mais où le propos vole haut et loin ( qu’est-ce qu’une oeuvre, son rapport avec le politique, le moral, le beau, qui juge que tels écrits forment une oeuvre ou pas, en quoi la lecture nous enrichit-elle, que nous apporte l’expression de sentiments que nous n’avons pas vécus… quand nous rend elle plus heureux et de quoi…qu’est-ce qu’un grand écrivain, quand devient-il un génie littéraire… etc… )
L’auteur de ce « vol du vampire » ( qui ne vole pas au-dessus mais à travers les oeuvres qu’il aime, leurs auteurs, leurs héros et s’en nourrit le coeur et l’esprit pour vivre comme le vampire du sang de ses victimes ) étudie et portraitise une quarantaine d’oeuvres et d’écrivains. C’est érudit ET très vivant, très stimulant, très fécondant.

Ma remarque, éberluée, là encore, comme pour Joe Brainard dont je vous parlais précédemment concerne le dossier sur  » Kleist, la mort d’un poète. » Un pèlerinage littéraire autour du double suicide en novembre 1811 de Kleist et d’Henriette Vogel, sa correspondante bien aimée .

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portrait d’Henriette par Hyppolyte Delaroche

On y trouve la retranscription de leurs lettres mélancoliques, et puis les témoignages d’amis, de l’aubergiste qui les servit leur dernier jour, du médecin… etc, une sorte d’enquête.
Et en dernier élément, une dernière lettre d’Henriette à Heinrich Van Kleist qui me laisse pantoise et dont je vous livre les premières lignes :
Pon Henri, mon harmonieux, mon parterre de jacinthes, mon aurore, mon crépuscule, mon océan de douceur, ma harpe éolienne, ma rosée, mon arc en ciel, mon tout petit enfant sur les genoux, mon coeur chéri, ma joie dans la souffrance…. mon cristal, ma source de vie… mon âme, ma nostalgie…ma voix… mon rubis… … … je t’aime au-dessus de tout…
PS mon ombre à midi… ma porte du ciel…

Pour ceux qui n’ont jamais écouté très religieusement Jacques Brel, cela ne dira sans doute rien d’autre que cela :  » Henriette est raide dingue de son Henri. » Pour tous ceux qui ont longuement rêvé dans la pénombre au son d’un 33 tours des chansons de Jacques Brel dans les années 65, cela évoquera sûrement la merveilleuse chanson  » Litanies pour un retour » qui égrenait ces mots d’amour-là :

 Mon coeur ma mie mon âme
Mon ciel mon feu ma flamme
Mon puits ma source mon val
Mon miel mon baume mon Graal

Mon blé mon or ma terre
Mon soc mon roc ma pierre
Ma nuit ma soif ma faim
Mon jour mon aube mon pain

Ma voile ma vague mon guide ma voie
Mon sang ma force ma fièvre mon moi
Mon chant mon rire mon vin ma joie
Mon aube mon cri ma vie ma foi

Mon coeur ma mie mon âme
Mon ciel mon feu ma flamme
Mon corps ma chair mon bien
Voilà que tu reviens.

Et ça m’en bouche un coin !
Le grand Jacques avait lu la romantique correspondance d’Henriette et comme il l’écrit en fin de son premier quatrain, en avait fait son miel.

Je ne voudrais évidemment pas que vous pensiez que je traque les plagiats ou tout du moins les fortes ressemblances, Elles me tombent dessus ! Et cela ne me scandalise nullement. Au contraire ! Cela me met en joie ! Maman aurait dit : – Tiens, les grands esprits se rencontrent !  » comme lorsqu’on prononçait les mêmes mots en même temps et que cela nous  faisait éclater de rire. Car oui, il s’agit bien de cela. La lecture c’est une belle connivence qui s’installe entre l’auteur et le lecteur. A un moment, souvent, le livre fini, ses mots ne lui appartiennent plus, ils deviennent les nôtres, peu ou prou, nous inspirent. Entrés dans nos vies, ils nous donnent à rêver, à penser, à dire.
C’est la grande générosité des livres et de ceux qui les ont faits. Ils se livrent.Immédiatement. Et sans frais de port ! ( sans frais de porc… aurait écrit en toute innocence ma petite nièce ou tout autre écolier d’aujourd’hui, encore bien content de s’être souvenu à temps, juste avant de rendre sa dictée, qu’à la fin du mot, porc prenait un c !)