LE BON SENS

Je me suis trouvée, ces jours-ci, face à un très inconfortable, très gros dilemme.
Une maison, dans laquelle je n’avais jamais habitée, mais qui avait appartenu à des personnes qui m’avaient été très chères, aujourd’hui disparues, tombait littéralement en ruines. Fuites de toit, fissures dans les murs, plancher pourri menaçant de s’effondrer, les sanitaires hors d’usage, le tout noyé dans un capharnaüm où simplement traverser une pièce était un parcours d’obstacles bourré de chausses trappes, où les chats, ravis, régnaient dès lors en maîtres absolus.
Si les services sanitaires passaient par là, aucun doute, la maison était rasée. Et les gens qui l’occupaient n’avaient plus de toit, plus d’autre choix que ceux que la municipalité leur accorderait sur une hypothétique liste sans fin de HLM.
Pour eux, tellement indépendants et épris de liberté, autant dire, la fin des haricots et de tout.

La maison, évaluée, par un notaire qui était à peine entré, et qui, contrairement à ce que son nom laissait supposer, n’avait rien noté… La maison, donc, ne valait plus rien. Que le prix de son terrain.
Or, ce terrain, est cultivé par les occupants, qui vendent leur produit, excellent de l’avis général, sur le marché, l’été ( production tout ce qu’il y a de plus bio, ils n’auraient de toute façon pas les moyens d’acheter des produits à faire aller la nature plus vite que la musique ! )  Ce qui leur permet de survivre le reste de l’année. Sans cela, plus que 600€ par mois à eux deux, et même partiellement à trois, un ado, pensionnaire et boursier le reste de la semaine, revient le week end et a, bien entendu, très bon appétit ! !!
L’avis assez général, bien intentionné :
– Faut laisser tomber ce taudis. Réparer quoi ? ça coûtera les yeux de la tête, la peau des fesses, et bonbon avec ! Faut vendre le terrain, et redemander des aides de toutes sortes pour eux !  ( déjà entamées plusieurs fois, jamais les demandes n’ont abouti… Faut dire qu’ils s’en tapent un peu, les habitants de cette maison, se sentent moyennement concernés, ne demandent rien, et détestent la paperasse, veulent seulement qu’on leur foute la paix, qu’on les laisse vivre là comme ils veulent, avec les chats, les lézards, les souris, les orties, les carcasses d’objets dont on peine à retrouver l’usage et le nom, et tout ce qui fait la vie quand on laisse les choses aller sans se frapper comme va la vie. )
Les reloger ?
Le terrain ne vaudra pas assez pour qu’ils puissent racheter même un studio… et de toute façon :
– J’en veux pas de leur cage à poules ! disent-ils, ( et ils les connaissent, les poules, ils en ont eues, qu’ils n’ont pas pu garder, rapport au coq qui chantait trop tôt, avant même la cloche de l’église ! Dommage, les poules nourries de tout ce qui poussait pondaient des œufs vraiment délicieux )
Et ce qui constitue leur vie, à tous les deux, ce qui la justifie en grande partie, ce qui les rend, chaque été, fiers d’exister, ce lent travail des centaines de graines à trier, à sécher, à planter, à faire pousser, à voir se transformer, à soigner, à cueillir, et à vendre, fini, si on vend, oui F.I.N.I.
Certains de leurs proches ne veulent plus entendre parler de cette maison, juste qu’on en extirpe ses habitants avant qu’elle ne s’écroule sur eux et que chacun, la honte au ventre, et la rage au cœur dise : – j’avais pourtant prévenu, merde ! Fallait raser !
Les ouvriers, convoqués, repartent plus vite que leur ombre, avec un vague, je vous enverrai un devis, et vous devinez que le devis n’arrive jamais. Unanimes :
 » -Franchement, ça vaut pas le coup ».
Jusqu’à celui-là, différent, qui ne s’offusque pas du bordel ambiant ( il a été pompier, il en a sans doute vu d’autres) qui prend son temps, qui prend conseil auprès d’un maçon, de deux, de trois – qui n’ont pas le temps pour le moment mais… qui pose des jalons, tout en me prévenant qu’honnêtement, c’est vrai, ça ne vaut pas le coup, sauf si…
Silence.
Qui en dit long.
Et qui m’aide infiniment.
Oui, sauf si…
Sauf si, pour une fois, l’humain l’emporte.
Sauf si ce que l’on veut sauver n’est pas la maison qui effectivement, comme tous les vieux,  ne tient plus bien debout, mais l’humain, les gens qui y vivent.
Sauf si on accepte de dépenser beaucoup, beaucoup trop, pour quelque chose qui aux yeux du public, de l’administration, des impôts, du notaire, ne vaut rien du tout mais qui est tout ce que possèdent ces deux-là, qui me sont chers. ( et encore,  » possède » ce n’est pas le mot, car c’est au contraire la maison qui les possède et les tient… Eux, ils en ont lâché les rênes, la maison fait comme eux, elle se débrouille. Mais telle qu’elle est, et même n’est plus, ils y tiennent, et elle les tient debout )
Elle n’est plus, depuis longtemps, une maison. Elle est leur abri, leur tanière, elle les entoure de ses murs fissurés comme les entouraient, il y a encore peu de temps, les bras aimants, ridés, vieillis, sans force, mais toujours présents, de ceux qui leur ont laissé cela, au bout de toute une vie de labeur, pas seulement les murs et le toit, qui peuvent bien faire semblant de s’effondrer, mais l’amour dont ils sont issus, et lui, il est bien toujours là….
Ce que je maintiens, si j’œuvre, si nous oeuvrons, c’est cet amour, pas la maison.
Et ça n’en vaudrait pas la peine ? Elle est bien bonne celle-là !
Mille fois, millions de fois ça en vaut la peine !
Car de quoi est-elle faite, la pauvre vieille maison, contrairement à ce qu’on voit ?
Elle est faite, toute entière, de l’amour donné, vécu, reçu…
Et des heures, bonheur et malheur mêlés, des gens qui y vivent et en valent eux, comme chacun, mille fois la peine !

De sorte que, comme je l’annonçais dès le début, et en cette occasion-là, je trouve finalement et c’est le but de cet article, que le bon sens même bien partagé, porte bien mal son nom.
Le bon sens, cette fois, je vous le dis, va dans le mauvais sens. Total. Complet.
Le seul vrai bon sens, en cette occasion, est d’aller contre toute logique.
Remarquez, ce n’est pas la première fois que je me le dis. Mais voilà, ces jours-ci, j’avais de la merde dans les yeux !
Mais tout de même,  merdalors ! comment ai-je pu l’ignorer une seconde ? Moi qui, écrivant, SAIT PARFAITEMENT que le bon sens ne va que dans un sens, terriblement restrictif, donc ! Et je sais PARFAITEMENT, quand j’écris, qu’il faut s’en méfier beaucoup et continuellement, parce qu’il vous met des œillères et vous conduit comme un âne là où tout le monde va, ce qui n’est pas bien intéressant…
Donc : leçon number ce que vous voulez : Ne pas s’y fier, à ce bon sens-là, où tout et chacun vous conduit. Il n’est pas toujours bon ; il est souvent seulement pratique, évident  » – Mais bon sens ! C’est bien ( trop) sûr !  » s’écrirait presque le bon commissaire Bourrel d’autrefois, dans « les 5 dernières minutes » que ne peuvent connaître ici, les moins de 60 ans !  Et chacun alors de rembobiner, et se dire : – ah oui, je m’en doutais !  » parce que le bon sens est – et malheureusement- ce qui parait-il est le mieux partagé…
Oui, facile, et un peu lâche, parfois, de s’y fier. Permet parfois d’avoir une bonne raison de se défiler…
Alors, dans la vie comme dans les livres qu’on écrit, toujours se rappeler qu’il faut se fier seulement à ceux qui, comme le Renard, comme ce plombier-pompier miraculeusement apparu dans mon paysage sinistré, marchent les yeux grand-ouverts dans les débris de tout, sachant que l’essentiel est invisible pour les yeux, et pariant volontairement sur le cœur.

De l’Yonne au Guadalquivir

Vous me demandez souvent, dans les classes, les CDI, les bibliothèques, si j’aimais lire quand j’étais enfant, quel était mon livre préféré et pourquoi. C’est une question qui quoiqu’attendue, m’émeut à chaque fois. Elle me permet de dire que, grâce à ce livre-là lu et relu des dizaines de fois, j’ai connu très intimement l’Andalousie bien avant d’y avoir posé les pieds.
Dans mon livre, Lolita n’était pas celle de Nabokov, mais la petite héroïne de  » La calèche du bonheur » dont l’histoire à la fois me ravissait et me déchirait le cœur. Cette histoire avait été écrite par Michèle Arnéguy dans la belle collection rouge et or que j’affectionnais particulièrement parce qu’on y écrivait avec talent de très longues et belles histoires pleines de grands et beaux sentiments.
Dans mon livre, donc, Lolita était assise, jambes allongées, sur une terrasse de Séville d’où elle entendait sonner les cloches des innombrables églises tandis qu’on l’appelait pour je ne sais plus quoi d’ennuyeux. Elle rêvait.
Moi pareil.
Ou presque.
Je n’avais pas de terrasse mais j’étais assise sur le rebord de la minuscule fenêtre qui donnait sur la cour où piaillaient les poules et cancanaient les canards, tandis que sonnait la cloche de l’unique petite église de Champs sur Yonne et que l’on m’appelait pour aider mon père un peu débordé dans la petite salle du restaurant des Rosiers que tenaient mes parents. Et je rêvais, pareil.
Dans mon livre, Lolita était du  » campo » qui veut dire  » Champ  » justement, quelle coïncidence, vraiment ! Dans son campo, la campagne andalouse, sauvage et poussiéreuse, l’accompagnait le meuglement lointain des taureaux, et surtout celui de Guapo, SON taureau, qui l’aimait. Dans le beau jardin qui entourait sa grande maison qui s’appelait la Palmera, poussaient des rosiers, des lauriers -roses, la glycine, le jasmin, des palmiers, des cyprès… et sur les collines tout autour se dressaient des centaines d’oliviers.
Moi pareil.
Sauf que ma campagne était verte, que ce que j’entendais meugler c’étaient les vaches de la fermière d’à côté, que je n’avais pas de taureau  mais un gros chien qui s’appelait Stamp et qui m’aimait, et sur les collines poussaient des vignes et des cerisiers qui se couvraient en mai de gros fruits ronds et rouges comme des nez de clown…j’avais une tonnelle couverte de petites roses roses comme de tout petits poings de bébés.
Lolita était brune aux yeux vers, elle était assez bizarrement attifée de vêtements cousus main, tirés des robes que sa grand-mère avec laquelle elle vivait ne mettait plus. Sa grand-mère était une grande dame sévère mais avec un cœur d’or.
Moi pareil.
Brune aux yeux verts. Sauf que ma grand-mère qui vivait avec nous aussi n’était pas une grande dame, mais plutôt une grande gueule, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un cœur d’or et d’ailleurs elle aussi me taillait des robes un peu bizarres et donc tout se rejoignait.
Dans mon livre coulait le Guadalquivir et je n’avais pas attendu Federico Garcia Lorca pour l’entendre chanter, y voir se dresser les joncs, y briller le dos des poissons et les cailloux ronds comme des genoux d’enfant.
Moi, je voyais couler l’Yonne sous le pont qui reliait Champs sur Yonne à La Cour Barrée, l’été je m’y tordais les pieds sur les gros cailloux au bord et mon père y pêchait de gros brochets pleins d’arêtes mais les clients s’en régalaient.
Et puis surtout, dans mon livre, le Guadalquivir avait débordé, la crue avait emporté Juanito, le petit frère nouveau-né de Lolita, mais pas Lolita. Qu’était devenu ce bébé ? Sa mère attendait toujours qu’un miracle arrive, que Juanito, dix ans après, réapparaisse…
Moi pareil.
Sauf que mon frère jumeau avait été emporté par les eaux sorties de ma maman…
À la fin de l’histoire, Juanito revenait, miraculeusement retrouvé, sa maman resplendissait de bonheur et Lolita le serrait contre son cœur. Ils partaient tous en calèche à la féria  de Séville.
Moi pareil.
Sauf que c’était à la fête foraine d’Auxerre, et que la famille s’entassait en Peugeot 403.

Et que le petit frère que je serrais contre mon cœur n’était pas celui qui avait disparu mais était né, pour le remplacer, miraculeusement car je ne savais comment, 3 ans après moi.

Hier, c’était la fête des mères

Depuis deux ans, je n’ai plus de maman à fêter, ou alors seulement, comme je l’ai fait ce matin, d’un petit pot de fleurs d’une jolie couleur que je vais poser sur les gravillons de sa tombe, entre le chat de bronze et l’oiseau de porcelaine qui voisinaient en bon ménage dans le cœur vivant de maman.
J’ai eu la chance d’avoir une maman très longtemps, et n’ai donc aucune récrimination à envoyer vers les dieux et les cieux, seulement des remerciements. Mais cette année, bouleversée par des soucis d’âge et de santé, j’éprouve une terrible nostalgie à ne pas entendre la voix aimée, celle pour laquelle, même à 60 ans et beaucoup de poussières, je restais  » la grande bichette », « ma chérie », aimée plus que je ne m’aimais moi-même.
J’entends encore, mais pour combien de temps, sa voix dans le coup de fil imaginaire que je lui donne aujourd’hui : –  Allo maman ?
– Ah ! C’est toi ma chérie ! Je reconnais ta voix ! Je suis contente de t’entendre ! Comment ça va ?
– Oh ! Assez bien maman, un peu de fatigue, évidemment, mais bon, rien de grave…
– C’est parce que tu en fais trop ! Tu en as toujours trop fait ! C’est dans ton caractère, tu veux trop bien faire ! Mais tu vieillis… je vois tes cheveux gris… Tu devrais penser à toi, maintenant…
– Sûrement…  Mais et toi, maman ? ça va là-haut !
– Bah oui ! C’est haut ! Tu parles d’un bond ! A notre âge, surtout ! Faut s’y faire, alors bon, je me repose, plus mal aux jambes, je dors bien, c’est calme, d’un tel calme… Au début, c’est déconcertant, évidemment, mais avec ton père on s’est trouvé un petit nuage douillet, ça va, c’est confortable. Mais on n’a pas faim, jamais, et ça nous fait tout drôle, ça, tu vois, nous qui avions si bon appétit  ! On se nourrit de rien ici…
– D’amour et d’eau fraîche ?
–  Peut-être, mais ce serait un amour un peu fade alors, qui n’a pas le goût de l’amour connu, ni celui de l’eau non plus…  et tu vois, en plus, on s’en fout !
On a une belle vue, ça, là-dessus, rien à redire, beau paysage, couchers de soleil à gogo, mais nous manque l’émerveillement, la fête, et puis la Terre nous semble bien loin, je ne vous vois pas très bien… Je sais ! Tu vas me répéter que je n’avais qu’à me faire opérer de cette fichue cataracte ! Mais non ! Je te l’avais dit cent fois, c’était non ! Je voulais garder mes yeux de naissance, yeux marron yeux de cochon, je ne voulais pas qu’on me les trafique !
– Il y a des choses qui te manquent maman ?
– Et même ! Tu ne vas tout de même pas me les apporter au ciel, ma chérie ! Ce qui me manque ? Le bruit que l’on fait quand on vit ! Tous ces petits bruits auxquels on ne fait pas attention, qui nous gênent même : les cris, les rires, les pleurs des enfants, l’aboiement du chien, le miaulement des chats, le chant de l’oiseau, les bourdonnements de mouches, d’abeilles… les crissements de porte qui annoncent que quelqu’un sort, ou rentre, le bruit des pas sur le gravier, les ronflements de l’homme qui dort près de toi, le choc des casseroles, des assiettes, des verres, le bruit de la pluie sur le toit, le claquement du linge qui sèche au vent sur le fil… Ici, pas de bruit, ou si diffus… comme si on était dans de l’ouate… Pas de bruit isolé. Ils sont comme suspendus, en apesanteur… Ni d’odeur. ça me manque encore un peu, ça, l’odeur de mon frichti du midi…
Et puis tu sais, l’histoire de la pomme d’Eve, pipeau ! Pas d’arbre, et partant, pas de pommier, foi d’Evelyne  ! ça aussi ça me manque, les arbres et ma pomme du soir, à croquer !
Et les baisers ! Oh ce que ça me manque, vos baisers ! le bruit joyeux de vos bisous sur ma joue, le goût de coquelicot des baisers de ton père… Ici, l’amour ne se mange pas, ne se boit pas, ne se voit pas, n’a pas de visage, ne fait ni rire ni danser ! Il est immense, invisible, sans corps, sans limite,  épuré de tout geste et de toutes les batailles, sans désir, un désert aveuglant et qui brûle tout seul…
Mais ton père et moi, l’infini, on ne le regarde pas. On baisse les yeux, on essaie de passer un peu incognito, tu vois, on regarde plutôt en douce ce qui reste de nous, pas grand chose en vérité, mais on en a encore l’image d’avant, qu’on entretient comme on entretenait la maison et le jardin perdus si brutalement, et on se tient comme avant, par ce qui nous reste de main… On a beau dire, ma chérie, savoir que tout a une fin dans la vie, qu’on marche tous vers un temps sans changement d’heure ni de jour ni de nuit, c’est une chose, mais quand arrive le dernier coup de foudre, celui dont on ne se relèvera pas, le coup de frein brutal qui vous fait définitivement sortir de la route de la vie, et vous envoie dans cet ailleurs sans code postal et sans adresse, et bah… on fait moins les malins !
Au fait, comment as-tu fait pour nous retrouver ?
– – – Je ne sais pas, maman… C’était la fête des mères, alors je suis venue jusqu’ici avec cette petite fleur rose, dans son petit pot de terre, c’était pas grand chose, juste un prétexte pour venir te parler, et à papa, quelques mots, tout bas, c’est tout… Tu sais, je crois que c’est plutôt vous qui me retrouvez, parfois… votre voix me parvient alors sans tambour ni trompette, file ma rêverie, en douceur, comme par magie.
– T’as toujours été une rêveuse, toi… Allez, rentre chez toi, va retrouver les vivants maintenant,  marche, respire, ris et souris, tiens-toi droite et sur la pointe des pieds comme la petite danseuse qui tourne sur sa musique intérieure et sans jamais s’arrêter. Embrasse tout le monde pour nous, ne pleure pas, et n’oublie pas de dire merci, merci, merci…

A L’OISEAU – LYRE

Samedi 25 mai, aura lieu le Salon du livre-jeunesse, à la médiathèque de Rueil- Malmaison, où j’habite. Je fais partie des auteurs invités, chaque année, depuis sa création, depuis toujours, c’est en général un joli moment de rencontres, joyeux, chaleureux. Il peut avoir lieu grâce au travail extraordinaire des libraires, et
ceci est une ode reconnaissante à la librairie qui m’est le plus chère, née en même temps que mes premiers écrits publiés.

Elle est située à Rueil-Malmaison, ville où j’habite, et s’appelle  » L’Oiseau-Lyre », comme dans le poème  » Page d’écriture » de Jacques Prévert, oiseau descendu du ciel bleu et que les tous les enfants qui s’ennuient appellent de leurs vœux, afin que  » s’écroulent tranquillement » les murs qui les enfermaient loin des falaises, des mers, des arbres, du ciel où se promènent les nuages et les oiseaux.

D’abord située rue Jean Le Coz – nom d’un héroïque sauveteur qui plongea plusieurs fois dans la fournaise du terrible incendie du cinéma de Rueil pour tenter de sauver le maximum de personnes et y perdit la vie – la petite librairie de l’époque fut créée par Marie- Odile Garrigues, pionnière en la matière car à l’époque, créer une librairie-jeunesse était un véritable acte militant. Mais bon, ça l’est encore, la plupart du temps…
Elle fut très vite rejointe par la libraire actuelle, Chantal Malamoud, et, pour s’agrandir, elles emménagèrent, il y a tout juste 30 ans déjà, sur les lieux actuels, au 7 rue Hervet, la rue principale entre l’église et le marché.
Il y a deux belles vitrines, et au centre, une porte, qui donne sur une petite cour pavée, une sorte d’escalier-échelle en bois, un hortensia, et, au fond de la cour ombragée, qui reste bien fraîche en été, la librairie et tous ses trésors à découvrir, à regarder, à feuilleter, à choisir, à offrir, à lire.

En trente ans de présence, combien d’adultes et d’enfants s’y sont succédés, trouvés, rencontrés ?  Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que maintenant les petits sont devenus grands et y amènent leurs propres enfants, voire, comme moi, leurs petits enfants, et que grâce à eux, ni la librairie ni la libraire ne vieillissent vraiment.
Quand j’ai commencé à publier, elles ont vendu, avec enthousiasme, mon premier livre,  « Le moulin à parole » et puis tous ceux qui ont suivi. Elles m’ont confié « la maison », le lundi après 4heures et demi, pour que je prenne en ateliers de lecture et d’écriture, chaque semaine de petits groupes d’enfants, curieux, et n’acceptant pas plus que l’élève de Prévert que deux et deux fassent forcément quatre, et même, dans leurs récits farfelus,  prouvant joyeusement le contraire ! Cet espace était idéal pour cela, des murs vibrants, de papier et de mots, une pluie de lettres au-dessus de nos têtes !

Le temps passant, certaines années furent plus difficiles, sans doute, pour mon amie libraire,  car il fallait bien parfois que huit et huit fassent seize malgré tout, afin que perdure ce nid d’oiseau bleu. Et, d’autres espaces s’ouvrant, dans le même but que le sien, beaux également, et apportant eux aussi, pour petits et grands, rêves d’aventure et poésie, si, tout de même, seize et seize pouvaient tantôt faire trente deux, ça serait encore mieux !
La librairie a duré sans vieillir, accueillant les jeunes auteurs, les nouveaux illustrateurs, ceux qui ont une réputation bien établie, et puis les autres, à découvrir, dont le talent interroge, ne fait pas l’unanimité, provoque, qu’il faudra montrer, expliquer, recommander. Ces auteurs, plus rares, savent ce qu’ils doivent à de telles personnes, de tels endroits…

Mais ce que je vois, à chaque fois que je me rends chez mon amie libraire, c’est que ceux qui débarquent là, aujourd’hui comme hier, petits ou grands, écarquillent les yeux, et « s’en mettent  plein les mirettes ! » comme disait ma petite maman. Ils s’apprêtent à recevoir chez eux de nouveaux amis qui ne les jugeront pas, ne les trahiront jamais, et qu’ils n’oublieront plus de toute leur vie.
Et quand, sur les étagères, les boîtes à musique font entendre leur ritournelle, au-delà de ce qu’on entend, si l’on prête l’oreille sans craindre qu’on ne vous la rende pas ! on distingue le chant d’un oiseau, bleu comme le temps qui passe, qui passe, qui passe…

VITE !

Je marchais dans la rue, ce matin, il faisait beau, c’était dimanche, encore un peu de la douceur de l’été dans l’air. Je passais devant la mairie, qui porte sur le fronton une grosse pendule, comme un oeil de cyclope posé au milieu du front.  Je n’étais pas pressée. Mais d’autres semblaient beaucoup plus pressés que moi, sacs à provisions à la main, marmaille plus ou moins consentante à la traîne. Mon regard s’est arrêté sur un jeune père, qui portait un sac d’un côté, le pain de l’autre, et qui encourageait une petite fille de deux ou trois ans : – Allez Chouchou, on y va ! Dépêche-toi !
La petite, tototte à la bouche, baguenaudait. Le papa, arrêté, s’est impatienté : – Allez, vite ! Maman nous attend !
Mais ploc, voilà la tototte tombée par terre. La petite se baisse, la ramasse, indécise, et le père, affranchi de la surveillance maternelle, fait semblant de ne pas voir la petite qui, finalement, essuie vaguement la tototte sur son pantalon, et zou, se la refourre dans le bec.
Le père repart, et sans plus se retourner, appelle la petite à le rejoindre :
– Allez, vite, vite ! Cours !
Et sa haute silhouette s’éloigne encore un peu. La petite se met à courir, mais un pavé traître lui mord le bout de la chaussure et paf, elle s’affale de tout son long sur le bitume.
Le père se rapatrie vite fait avec ses sacs jusqu’à la gamine hurlante : – c’est rien, c' »est rien !
Rien ? Tu parles ! J’aimerais bien le voir, lui, aplati comme une crêpe sur le bitume ! On verrait s’il se relève comme un diable de sa boîte, hop là, le sourire aux lèvres ! Il manque  parfois aux parents d’un mètre 80, de redevenir, quelques minutes par jour, un enfant de 90 cm…
Il ne le dit pas, le père, mais je l’entends qui pense : – eh merde ! Déjà qu’on était en retard ! Ma p’tite femme qui attend le marché ! Les invités qui vont se pointer et c’est loin d’être prêt !
Au lieu de cela il temporise : – ça va aller , ma grande !
Le « ma grande » sous-entendant forcément : – arrête de brailler, t’es plus un bébé ! Sois raisonnable, tout le monde nous regarde.
Et la petite, collant rose déchiré, paumes éraflées, morve au nez, plus rien de la petite fille modèle partie en toute gloire avec papa, tout à l’heure, pour faire le marché, qui continue de pleurer, la totote à la main pour que les lamentations sortent plus sonores, à la mesure de sa vexation.
Et le père, de mauvaise foi : – mais comment t’as fait pour tomber comme ça ?
Et la petite scandalisée : – c’est toi ! C’est toi qui m’a dit de courir !
Et le père : –  Je ne peux pas te porter, tu vois bien ! Allez, on y va !

J’ai abandonné là le père stressé, la petite à consoler, le sacs à provision lâché et avachi, tout un petit tas de sentiments mêlés, d’où il ressortait que celle qui avait gagné, c’était la pendule, là, qui, comme un gros oeil  posé en haut du fronton de la mairie, avait visionné la scène depuis le début. C’était à cause d’elle que le père était pressé, et parce qu’elle ne s’arrêtait pas que la petite fille ne devait pas s’arrêter.
Je me suis souvenue que, quand ma fille était petite, je partais faire les courses avec elle sans savoir jamais à quelle heure j’en reviendrais. Comme on part à l’aventure. Je me l’étais dit très tôt, quand elle commençait à marcher. Chaque mètre de trottoir était pour elle comme un petit monde à sa mesure, mais un monde entier ! Elle allait d’une fissure dans le sol à la falaise du bord de trottoir, d’un mégot à une feuille, de la feuille à la miette, de la miette au moineau, de l’oiseau au papier envolé, en passant pas le clochard désoeuvré, le bébé dans la poussette stationnée, le petit bonhomme du feu rouge, le vélo stationné, le trou des travaux, la machine du chantier etc etc… Notre intinéraire était totalement aléatoire et faire les courses qui m’auraient pris dix minutes seule en prenait au moins une demi-heure avec elle. Mais toujours, nous prenions le temps. La pendule pouvait bien aller, nous ne lui accordions que le minimum d’attention : est-il soir ou matin ? La boulangerie est-elle ouverte ou fermée ?
Peut-être, partis pour le pain, reviendra-t-on avec un jambon !
Quelle chance cela a été de pouvoir prendre tout notre temps, de ne courir qu’après l’oiseau et le papillon et pas après le temps !

A y penser, je me fais la réflexion que ces promenades qui n’allaient pas directement d’un point à un autre, à la trajectoire imprévisible, on avance, on recule, on va et vient, on prend la tengente, on fait une sorte d’elipse, des zigzag, une balade sinusoïdale… Changement de rythme, on cavale, on flâne, on s’arrête, on rêve… tout cela, ces hésitations, ces emballements, ces oscillations, on les retrouve quand on écrit.
On ne va jamais directement d’un point à un autre, zou.
Rien n’est totalement prévisible sur le chemin de l’écrit.
Il faudra s’arrêter, considérer ce par où on est passé, les déviations prises qui se sont plus ou moins imposées, les travaux, la page comme un gros chantier, le bonhomme rouge ou vert surgi d’on ne sait où, il est passé par ici, repassera-t-il par là, tous les méandres imprévus du récit… Le brouillard, la neige sur les écrans, les silences…

Il faudra prendre son temps, tout son temps, sans accorder d’importance au gros oeil de la pendule dont la mesure n’est pas toujours la nôtre, et surtout pas celle de cette histoire qui avance comme ma petite fille d’autrefois, libre de son temps et de ses mouvements.
Ne rien presser. Sinon, c’est la chute assurée.

Portraits d’enfants de la Syrie en guerre, peints par Nathalie Novi

Toutes les guerres sont d’horribles catastrophes.
Depuis les débuts de l’humanité, elles fondent sur les hommes, sans souci ni de leur âge, ni de leur âme, leur supprimant, pour un temps incertain, tout horizon.
Les reporters en rendent compte, les photographes nous les montrent, les historiens les mettent en perspective, les philosophes les analysent, la plupart d’entre nous les regrettent, et, couvant leur propre progéniture du regard, se disent, lâchement, honteux : – Heureusement que ça ne se passe pas  » chez nous ».
Certains détourneront le regard de l’image sur l’écran, tourneront la page du journal, soupireront à l’énoncé des informations à la radio, à peu près tous, nous nous dirons que nous ne sommes pas sur place, que malgré toutes les explications qu’on nous donne nous ne comprenons pas grand chose aux vraies causes de ces forces en combat, que nous ne pouvons pas juger avec objectivité… Mais tous, aussi, à un moment ou à un autre, nous ressentirons, à voir et à entendre, en boucle, les effets de ces guerres sur les victimes –  faim, froid, solitude, horreur, panique, pleurs, cris, chutes, souffrance, mort, toute cette folie… – un sentiment de honte et de détresse. Loin de ces conflits, nos yeux, nos oreilles seront pourtant blessés, nos coeurs émus, et certains, même, tout à coup, sur une image, quelques mots, un regard volé dans tout ce tumulte, tout ce chaos, cette catastrophe, sentiront leur coeur un instant cesser de battre, et se briser.

Nos enfants.

Faut-il les protéger eux qui ont la chance de ne pas vivre dans un pays en guerre ?
Edulcorer ? Minimiser ?
 » N’aie pas peur ! ça ne se passe pas ici ! C’est loin ! »
Faut-il n’en point parler du tout ?
Traiter cela comme le cauchemard en rouge et noir dont accouche périodiquement le monde ici ou là, depuis toujours, et les laisser, eux, baigner dans la douceur de nos bras aimants et de leurs rêves ?
Claude Roy, pourtant l’ami des enfants ( voir ses poèmes, ses contes, ses enfantasques ! ) dans la très belle préface qu’il avait écrite à mon récit de  » La grande peur sous les étoiles », disait :  » Les enfants ont droit à la vérité, comme les grands, même quand la vérité fait mal.  »
Le mal et le malheur ne sont pas tabous.
Oui, si, dans les pays en guerre, les enfants ont tout aussi faim, froid, peur, et meurent tout autant que les grands, parce qu’ils font partie de la même humanité et portent donc, malgré eux, leur part de sa folie, nos enfants, qui vivent dans un pays en paix, doivent, et veulent, porter un regard secourable, sur eux : supporter, au moins,  une toute petite part de leur douleur, de leur malheur.

Je ne veux pas dire qu’il faut leur montrer, de visu, comme le monde dans lequel on les a fait naître et où ils vivent, peut, tout à coup, devenir si hostile qu’il va vous déchirer la peau, vous asphyxier les poumons, vous éclater la tête. Non. (Même s’ils le savent, dans le fond… ) Cela serait, pour les enfants, obscène, ou répulsif, ou pire encore, fascinant…
Non, je veux seulement dire que les enfants qui vivent en paix ne peuvent être totalement  » épargnés », mis de côté.
C’est en meilleure connaissance du monde qu’ils reconnaîtront la valeur de la paix.
Et qu’ils pourront apporter de l’espoir à ceux qui n’en ont plus.

Depuis quelques mois, mon amie Nathalie Novi publie, chaque jour, ou chaque semaine ? un portrait, d’après photo, d’un enfant de cette Syrie à feu et à sang.
Si l’on en éprouve le désir, ou qu’on trouve cela nécessaire, ou peut, avec un moteur de recherche, retrouver le portrait – photo de l’enfant peint par Nathalie.
Si on le trouve, on le reconnaît.
Mais Nathalie ne nous le donne pas à reconnaître.
Elle le fait renaître.
A cet enfant, la guerre a ôté l’enfance, a tout volé, maison, toit, école, parents, frères soeurs, chien, chat, lumière, repas, eau, lait, rires et sourires, jeux et chansons. Toutes les douceurs, toutes les couleurs de sa vie.
Sous la caresse des crayons de l’artiste, l’enfant les retrouve, et retrouve l’enfance que le chaos du monde lui avait ôtée.
Elle ne cherche pas, je crois, à nous masquer la réalité si cruelle, ni même à la transformer, elle nous donne juste à voir derrière le rideau rouge et noir, les couleurs de la vie et de l’espoir.
Sa vision.
Et l’on sait qu’elle voit :
L’oiseau qui chantera quand l’enfant ne le peut pas.
L’arbre qui fleurira quand mille autres auront été abattus.
Le nuage posé au-dessus de l’enfant, comme le dernier soupir, protecteur à jamais, d’un parent.
Sur ses dessins, la tristesse, est encore là, mais déjà s’éloigne son ombre funeste, passé le barrage du  sourire sans dent d’un enfant de sept ans.

Portraits à la fois réalistes et malgré tout, poétiques, parce que Nathalie, si sensible à la vie et à autrui, nous livrant sa vision et son ressenti, n’oublie jamais ce qui se cache derrière ce que l’on voit.
Les couleurs si l’on souffle sur le noir et le gris de la cendre.
l’écho des rires anciens,  » des voix douces qui se sont tues »
La beauté, la bonté, tuées, disparues, revenues.
Nathalie Novi sait, a toujours su, que, comme l’écrivit Paul Claudel :  » Quand ils sont très malins, les mystères se cachent en pleine lumière. »

La lumière qui surgit des décombres.
L’enfant à l’enfance perdue, retrouvé.

 

Electro-nique ta m…

Ma chatte, noire, adorable, vous avez une photo d’elle quelque part, je ne sais plus où, avait déjà mené à bien deux portées, doublant la mise à chaque fois : deux chatons l’an dernier, quatre cette année.
Chez nous, il y a de l’espace, c’est vrai, mais pas au point de monter une ménagerie ! D’autant que, je me connais, si un pauvre chat estropié, genre réfugié d’une quelconque guerre avoisinante non répertoriée dans les journaux sérieux, ou même un pauvre chien qui a largué ses maîtres trop autoritaires et vient mendier la laisse dans la gueule, ou tout autre animal à deux ou quatre pattes déboulent, je me ferai un devoir de ne pas les laisser sans gîte et sans gamelle.
D’où ma décision, pénible pour ma chatte comme pour moi, de nous stériliser : elle, de ses maternités, moi, de ma tendance à me mettre à sa place.
Donc, direction notre charmante vétérinaire, devenue quasiment un membre de la famille, qui a vu naître et dé-naître plusieurs générations de nos félins et est imbattable dans leur généalogie pourtant pas à piquer des vers !
Et je lui confie notre Shadow pour quelques heures dont elle ressortira allégée mais reprisée comme une chaussette.
En fin de journée, je viens la rechercher, en voiture Simone, je suis garée tout près, une chance inouie. Je sors du cabinet, portant la chatte terrée au fond de son clapier ambulant, mon portefeuille et la clé de la voiture dans l’autre main, le carnet médical de la chatte entre les dents. Je tends la clé vers la voiture qui, telle la grotte d’Ali Baba déclamant – Sésame, ouvre-toi ! doit, à l’instant, sur ce geste, s’ouvrir toute seule.
Or non.
Je pose la caisse sur le trottoir : – pardon Minette, y’a un p’tit hic !
Et, posant sur le capot ce qui me reste en main je renouvelle le geste à deux mains cette fois pour plus d’efficacité.
Toujours rien. Porte scellée, Sésame rien à foutre !
Comme je n’ai pas quatre mains, ni huit, ni seize, que je ne suis pas adroite avec mes pieds, que j’ai la bouche prise par le carnet de santé, je recommence, bêtement, avec ce que j’ai, comme si, en insistant, ça allait bien finir par réveiller le charme et l’auto.
Mais que dalle.
La moutarde me monte au nez, je crache le carnet, et je m’écrie en pleine rue, catastrophée !
–  Bah voilà ! Et comment je fais, moi, maintenant, avec la caisse, la chatte amputée de son attribut du sujet, la bagnole garée dans une rue où chaque minute coûte bonbon, et la portière qui fait la gueule ? Hein ? Comment je fais ? Je la ramène à pinces à la maison, ma pauvre Shadow ? Et demain je me paie un lumbago du diable ?
Et je balance un coup de pied dans cette foutue portière à la noix, au nez et à la barbe du public indifférent qui circule le nez au vent, profitant de la douce soirée qui vient.
C’est alors qu’une voix, non divine, non tombée du ciel mais cependant miséricordieuse et miraculeuse, me sussure : – Vous avez essayé de mettre la clé dans la serrure ?
Un homme. Un passant.
Un homme-passant que l’électronique-ta-mère n’impressionne pas plus que ça.
Je murmure, éberluée, incrédule :
– Vous croyez ?
Il a interrompu sa marche, une minute, et il m’encourage :
– Faites, et vous verrez bien…
Je fais. Et je vois bien.
Et c’est LA REVELATION !
Je VOIS de mes propres yeux que oui, quand je mets la clé dans la serrure et que je la tournicote un chouïa, à l’ancienne en fait, et bien ça marche ! La portière s’ouvre. Comme avant ! Avant cette saloperie de petit boîtier électronique qui fait si bien tout à ma place que j’ai complètement oublié qu’une clé pouvait s’introduire manuellement dans une serrure et qu’un léger coup de poignet était aussi un Sésame parfait.
Me quittant sur un sourire ( à peine narquois ?) le passant finit de passer, me laissant aussi admirative devant ma voiture ouverte qu’Ali Baba devant sa grotte à trésor.
Ma chatte ne dira rien, je peux compter sur elle, (de toute façon elle est à moitié droguée cette pauvre bête …) et mon mari a la courtoisie de ne pas faire de commentaire…

PS. Depuis quelques jours, ma télé ne répond plus non plus aux télécommandes. Elle fait semblant de bosser : – attendez, je me réinitialise…
un truc comme ça.
Moi, bonne pomme, j’attends. Toute mère sait attendre, à force on a ça dans le sang !
Et puis, au bout de dix minutes, l’écran me parle : – Ah bah non, zut. Appelez votre centre trucmuche !
Et comme c’est pas un gamin, pas moyen de le priver de télé, de dessert, de bonbon, de tablette même pas en chocolat, de l’envoyer au lit !
Je cherche la clé, j’appelle les passants, je demande à la chatte ce qu’elle en pense, j’examine les piles, les connes- exions, j’engueule les chatons rescapés : – c’est vous qu’avez bouffé les fils ou quoi ?
Pas de clé, les passants passent, les chatons, ces Ponce Pilate à moustaches, s’en lavent les pattes. Bon, puisque c’est comme ça, vous l’aurez voulu ! Je prends un livre.
Pas mal d’ailleurs.
Je vous en reparlerai.

La canicule

Puisque maintenant, donc, on dit « canicule ».
La première fois que j’ai entendu ce mot, il me semble que c’était en 1976. On habitait Paris, le ciel était depuis des semaines d’un bleu immuable, et mes enfants étaient cloués à la maison par la varicelle.
Je m’étais demandé alors pourquoi cette chaleur intense avait été baptisée comme ça :  « canicule » un petit mot assez proche de « ridicule » alors que franchement y’a pas trop de quoi rire,  à étouffer jour et nuit dans de petits appartements surexposés dont on doit fermer les volets presque toute la journée pour ne plus voir la lumière qu’à travers, en rayures.
Pour quiconque a fait du latin, dans canicule, il entend  » canis », c’est à dire  » chien », et l’on sait que le suffixe « ule » a une signification diminutive, voire péjorative. Or « un temps de chien », c’est au contraire, un temps salement froid et pluvieux. D’où vient donc cette petite chienne de « canicule » ?  Eh bien, je l’apprends et vous le transmets, de l’étoile Sirius, appelée aussi « le chien d’Orion », étoile la plus brillante du ciel, à 8,6 années-lumière, un bail ! La canicule est un petit chien de lumière et de feu !
Quand j’étais enfant, on ne savait pas que c’était le petit chien, là-haut, qui brillait too much, et on ne s’étonnait pas qu’il fasse très chaud en été ; ça avait des inconvénients, pourtant. Comme on n’avait pas de frigo, fallait rien laisser traîner, sinon les mouches venaient joyeusement y plonger. Je me souviens  du bal des mouches, en été, des rouleaux de papiers collants tue-mouches qui pendaient au plafond, sur lesquels, à la fin de la journée, nombre d’entre elles bzozotaient encore de leurs petites ailes froissées, des mouches noyées dans le lait sucré, (on n’a plus autant de mouches, à présent, les oiseaux s’en plaignent d’ailleurs, c’était leur bifteck, à eux, mais nous on s’en plaint moins, faut bien avouer.) Il faut dire qu’avec notre souci hygiénique tellement développé, elles n’ont plus grand chose à se mettre sous les mandibules, les mouches  ! Je me souviens des aussi mouches collées sur les peaux de lapins écorchés, pendues dans la cave de mon arrière grand-père : les mouches finissaient de polir la peau, boulottant toute trace de chair. C’est grâce à elles que les peaux étaient vendues, bien propres, bien récurées, au marchand qui passait une ou deux fois l’an en braillant dans la rue :  » peaux de lapins ! Peaux de lapins à vendre ?  » ce qui fait qu’on l’appelait le marchand de peaux de lapins, évidemment.
Si c’était canicule, et qu’on était en vacances, les toilettes étaient souvent une cabane en bois gris au fond du jardin. Il fallait s’asseoir sur une planche en bois rondement trouée, la planche vous brûlait le derrière, parfois ; les mouches y menaient une danse infernale, vous aviez l’impression, faisant vos petits et gros besoins, de leur ouvrir un vaste restaurant ! Tout ça sentait très mauvais, alors on n’y traînait pas trop.
Par temps de canicule, qu’on n’appelait toujours pas comme ça, comme on n’avait pas de douche, on s’aspergeait le visage, on se lavait à l’eau bien froide. C’est ce que j’ai fait, ce matin, un stupide accident au pied me privant de douche. Et alors le souvenir m’est revenu de ces étés d’enfance où la douche n’existait pas, où l’on s’aspergeait le visage, le cou, la nuque, puis avec un gant enduit du savon de Marseille, ou d’une savonnette pour les dames, on se nettoyait, puis se rinçait par petits bouts, gardant le bas habillé quand on se lavait le haut, et le haut habillé quand on se lavait le bas pour éviter les regards en coin de la fratrie… On les appelait,  » les toilettes de chat »… Elles étaient souvent faites dans la pénombre d’une chambre où l’on dormait à 3, voire 4 ou 5. et chacun veillait autant qu’il le pouvait à s’habiller et se déshabiller, et se laver petit bout par petit bout, avec un filet d’eau, par économie, et pudiquement pour ne gêner personne.
Cette chaleur, on l’appréciait à sa juste valeur, parce qu’elle venait comme un beau cadeau après les hivers rigoureux, où le chauffage n’était pas central, n’allait pas de soi, où l’on dormait souvent avec pull et chaussettes pour ne pas avoir froid.
L’hiver, j’avais posé mes pieds en grosses chaussettes de laine sur le bord de l’énorme cuisinière en fonte où l’on avait vidé le seau à charbon et qui rougeoyait joliment ; la chaleur remontait alors tout le long de mon corps, sauf mon nez qui restait désespérément froid. Maman disait d’un ton qui ne laissait aucune place à la contestation : – c’est bien ! Avoir le nez frais, est signe de bonne santé !  » Alors je ne me plaignais pas…
Pas de douche aujourd’hui, donc. Je me lave au lavabo, à l’ancienne. L’eau froide me pénètre la peau avec douceur, le frisson qu’elle provoque m’est très agréable, il m’émeut comme s’il était le premier vrai frisson que j’éprouve depuis longtemps, et je prolonge ma toilette de chat, m’y abandonnant plus que de raison, faisant longuement couler le filet d’eau au creux tendre des poignets, là où un amoureux- à l’ancienne ! – poserait un tendre baiser.
Et ce n’est pas seulement la femme de 70 ans tout neufs que réveille l’eau froide, mais la petite fille qui dormait tout au fond de mon corps, qui s’étire, voluptueusement, comme une belle au bois dormant et soupire : – Oh ! Comme j’ai dormi longtemps ! Quelle heure est-il à vos cadrans ? 70 ans ? Déjà ? Merde ! (Oui, si c’est moi, sûrement, elle dit ça ! )  Vous êtes sûrs ? Comme ça a passé vite, cette vie ! Eau froide, tu as bien fait de me réveiller !
J’ouvre le robinet, plus fort encore, l’eau éclate sur le blanc du lavabo, comme un rire, ou comme un bref sanglot.
Je ne sais pas si là haut, dans son habit de lumière et de feu, un petit chien rigole bien, mais ici, ce sont mes deux petits chatons qui montent sur le lavabo, accompagnant avec circonspection, ma toilette de chat.

NOS CORRESPONDANCES

Nos correspondances

1ère partie

texte rédigé pour les Incorruptibles.

 

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Il y eut un auteur, autrefois, au XIXème siècle, un poète nommé Baudelaire qui fit du mot «  Correspondances » le point de départ d’une réflexion à la fois très simple et très compliquée.
Il écrivit un poème pour essayer de nous dire ce qu’il supposait, ce qu’il croyait : la vie, le monde, ont leurs secrets, semblent exister sans nous. Mais, avec leur propre alphabet qui n’est pas le nôtre,  la vie, le monde, nous font parfois des signes, des signaux, pour nous dire ce qu’ils sont, les secrets qu’ils détiennent. Nous devons donc être attentifs, vigilants, pour les découvrir, ces signaux.  Les comprendre nous rapprochera des mystères du monde et de la vie.
Ainsi, c’est un très beau mot que celui de «  Correspondance ». A chaque chose, correspond autre chose, qui est un signe : ce que l’on ressent, un peu comme chaque chose, chaque être a son ombre, comme chaque voix possède son écho. Et donc au monde réel, que l’on voit, où l’on vit, que l’on croit parfois   (quel orgueil ! ) posséder, correspond un autre monde, en écho, composé de nos sensations, de nos pensées, de nos rêves, tout aussi réel que le sont l’ombre ou l’écho, mais moins directement visible.
Quand je correspond avec quelqu’un, ce que je fais des dizaines, une centaine, de fois par an, c’est ce que je tente de faire. Je ne le connais pas, je ne vous connais pas, mais dans la correspondance que je vais tenir avec vous, dans l’ombre et la distance qui nous séparent, je vais joindre ma voix à la vôtre, en écho. Essayer de voir, de comprendre, d’imaginer, de rêver, ce qui se cache dans ce que vous me dîtes, dans les mots et entre les lignes que vous m’envoyez. Jouer avec, les manipuler, leur faire cracher le morceau, les étaler au rouleau pâtissier, ou les réduire comme les têtes des indiens Jivaros, ne pas me fier à leur logique apparente, les pousser un peu, les déstabiliser, les déménager.
Les «  écouter ».
Car ils ne sont pas seulement des mots qui ont un sens, mais en même temps, ils possèdent un son, une musique, sur laquelle on peut travailler, qui nous «  impressionne » au sens de l’appareil photo, qui «  s’imprime » en nous.
C’est cela, écrire, pour un écrivain. Et c’est cela que je veux faire passer dans mes correspondances avec vous, les enfants. Vous m’écrivez que vous habitez Hunawihr, et moi je m’écrie : – ohé !  ceux Du Navire ! Comment allez- vous joyeux matelots ? Dans quoi vous êtes-vous embarqués et pour quelle mystérieuse aventure ?
Vous riez ! Vous me dîtes que je suis folle ! que vous habitez près de la ligne bleue des Vosges et que c’est le pays des cigognes !
Et alors je me demande, je vous demande qui sont ces six gognes posées sur la ligne bleue comme six lettres sur la ligne bleue d’un cahier… etc… etc…
Et sans que l’on ait vu aucune frontière, on passe d’un pays à l’autre : celui de votre courrier à celui de la poésie.
Car, je vous le dis, il n’y a pas de frontière, dieu merci, entre les mots, entre les sons, ce qui est écrit se fiche bien des catégories ! Et les mots sont, sous leur forme réduite de mots, d’une force, d’une puissance infinies. Et nous leur devons, dans notre forme réduite de corps, notre part d’infini.
Chaque mot est tout un monde.
Un autre univers.
Non. LE MEME UNIVERS. ( Mais c’est un secret.)

Il faut que je rajoute cela : pendant que nous correspondions, joyeusement et avec légèreté, je vivais moi quelques chagrins, profonds. Et la légèreté de vos, de nos courriers, me servait de baume bienfaisant, apaisant. Vos gentils mots d’affection, de reconnaissance, c’étaient de légères caresses sur mon front.
Et c’est là une leçon d’écriture que chacun peut éprouver : Il n’y a nul besoin d’être très joyeux pour écrire de joyeuses choses, ni d’être triste pour en écrire de désastreuses. C’est étrange, sans doute, mais pas plus qu’à la lumière correspond l’ombre, à chaque corps son reflet, à la voix son écho, et entre les deux, assez d’espace ( qui n’est pas le vide ! ) pour créer, de mille façons, tous les liens que l’on veut.
Assez d’espace pour jouer, pour nager, pour voler, pour se faire voir ou se cacher.

Une belle correspondance, alors, c’est celle qui nous fait du bien, nous inspire, nous rapproche, sans jamais rien perdre de son  mystère.

2ème partie

 

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Une belle, une merveilleuse, une montagne de correspondance m’est parvenue pour mes 70 ans. C’était ce que j’avais demandé comme cadeau d’anniversaire, et c’est bien ce que j’ai eu. Je ne cesse, depuis, de me féliciter d’avoir pris cette initiative, car me sont parvenus plus de 80 lettres et dessins, drôles, émouvants, fantaisistes, magnifiques, pleins d’amour, d’amitié, de souvenirs, de vie, de sourires, de rires, de larmes, de roses, de fleurs des champs, de vacances, d’herbes folles, d’ombre, de lumière, d’étoiles, de nuages, de terrasse de café au soleil, de petits coeurs, d’oiseaux du malheur et d’oiseaux du bonheur, de blessures, d’épines, de vagues, d’écume, de baisers, de coccinelles, de ciels de toutes les couleurs, de signes, d’histoires, de secrets, d’aveux, de déchirement, d’engagements, de promesses, de compliments qui font un peu rougir… Une lettre comme un puits…
deux ordonnances…
En silence, un silence que rien ne pouvait déranger, des heures durant, j’ai tout lu, lettre après lettre, chacune représentant un visage, un corps, une vie qui a croisé la mienne, parfois, souvent, certaines m’accompagnant au fil de dizaines d’années…
Quelle belle émotion que tous ces amis rassemblés là autour de moi, non en chair et en os, mais en mots dits, leur souffle perçu dans chaque blanc entre les mots, les lignes de mots comme ces fils où se perchent, se rassemblent les oiseaux qui vont voler vers les pays chauds, mon coeur battant à chaque ouverture d’enveloppe, car je sais que chaque lettre contiendra un trésor, des mots pour moi, bien choisis.
Alors oui, comme je l’écrivais plus haut, la correspondance a aboli toutes les distances, j’ai ouvert chaque lettre comme on ouvre une porte quand on y est invité, et je suis entrée chez vous. Chaque mot écrit, je l’ai lu comme un signe de bienvenue, un signe de reconnaissance qui nous reliait. Vous m’attendiez, et j’étais bien là.
J’avais les mains vides, et de vos mots, vous les avez remplies.
Merci.

J’ai eu 70 ans, l’âge du soir qui vient et il brillait comme une aurore.

 

 

 

 

 

Mais il est où le bout ?

Je me promenais le long de la mer, pendant cette semaine de vacances au soleil d’autant plus beau qu’il était inespéré, quand, venant d’un enfant qui cheminait à quelques mètres devant, me sont parvenus ces mots bien connus de tous les parents : – j’suis fatigué… » Prémisse au  » J’veux que tu me portes !  » redouté. La maman, déjà chargée d’un sac a répondu :  » on est presque au bout… » Et deux minutes plus tard, tandis que je les doublais et leur lançai à tous deux un regard amusé, l’enfant, perplexe, le regard portant le plus loin qu’il pouvait, geignait : « – Mais il est où, le bout ? »

Et voilà. Cette toute petite question, prononcée d’une voix enfantine et fatiguée, – mais chacun de nous, se posant cette même question, même intérieurement, ne se la pose – t-il pas sur ce même ton un peu geignard, perplexe ? cette toute petite question, donc, m’est entrée par une oreille et n’est pas ressortie par l’autre.
Question essentielle, existentielle, donc.
Normalement, ce qui a UN bout, n’en a pas qu’un, mais deux. Et si on ne se demande pas  » où ils sont les bouts ?  » c’est qu’en général, on en a un en main, et on voit l’autre extrémité, pas trop loin : un bout de bois, qu’il ne faut pas mettre dans l’oeil de son frère, le bout de la chaussure qui fait mal aux pieds parce qu’on grandit,  les ciseaux à bouts ronds qui sont permis et ceux à bouts pointus qui peuvent crever l’autre oeil, celui qui a échappé au bout de bâton.
Le bout du jardin, dont il ne faut pas sortir, au-delà il y a la rue, tu peux te faire écraser.
Le bout de la jetée d’où le malheureux peut, dans la mer, en finir et se jeter.
Il y a des bouts un peu infamants : être mis en bout de table, là où l’on n’entend rien de la conversation, au bout du quai les ballots, être à bouts de nerfs, au bout du rouleau et péter les plombs, être un sacré flemmard qui ne remue pas le bout du petit doigt ; plus complexe, l’aveu, qu’on vous arrache malgré vous, du bout des lèvres…
Il y a, par contre,  des bouts rigolos : le bout de la langue où les mots facétieux n’arrivent pas jusque là, le bout du nez par où l’amoureux est mené,..
Tous ces bouts-là, bon, on les voit.
Mais il y a effectivement, comme le pressent cet enfant, des bouts moins évidents, de bons bouts par lesquels il faut mieux prendre les gens, et le mauvais bout par lequel vous avez pris la problème et vous empêche de le résoudre correctement.
Plus certains bouts vicieux dont effectivement on ne voit pas le bout.
Le bout du discours de ce haut personnage qui s’écoute si bien parler qu’il oublie que ce n’est pas à lui- même qu’il s’adresse, mais à un auditoire qui a mal aux pieds, mal aux fesses, faim, envie de faire pipi, qu’il ennuie à un point, mais à un point !
Le bout de son travail, avec toutes ces piles de dossiers accumulés, et plus on avance, moins la pile diminue, toujours remplacée.
Le bon bout de temps où l’on attend celui ou celle qui n’arrive pas, qui n’arrivera peut-être jamais, et on se demande, montre en main,  si l’on a attendu assez longtemps, parce qu’il avait un bon bout de chemin à faire, mais quand même, il n’arrive pas et on est à bout de patience !
ET que dire de cette imposture qui nous fait croire, quand on est jeune, qu’il suffit d’avoir plein de cet argent qu’on n’a pas et qu’on aura jamais pour aller au bout de son rêve ? Alors qu’aller au bout de ce rêve, de toute façon, serait le tuer…
Et surtout, parlons -en de celui -là : Oui,  le bout de nos peines ! Où est-il ? On ne le voit quasiment jamais. Toujours au négatif ! 99 fois sur cent, on n’est pas au bout de nos peines, sauf, au bout, tout au bout de cette drôle de chose qu’on appelle la vie, on ne sera sans doute jamais au bout de nos peines.

Alors, il a bien raison, ce petit bout d’homme, de s’inquiéter, de geindre : – Mais… il est où le bout ?
Et personne ne se sortira de cette question…  par une simple boutade !

Là-dessus, c’est l’heure des croquettes du chat. ça fait trois fois qu’il passe sur ce clavier et y écrit de la patte ce qu’il pense de tout ça. Mon chat est à bout ! J’y vais.