Mes livres

En préambule

Je ne ferai dans cette rubrique, aucune distinction entre livres dits pour les enfants, la jeunesse, et les autres. Parce que l’âge du lecteur, pour moi, n’est pas l’indice que nous avons affaire à un récit plus ou moins complexe, ni d’une qualité d’écriture différente. Nous sommes, définitivement, petits et grands, « faits de la même étoffe : celle de nos rêves » comme en eut l’intuition ce grand magicien de Shakespeare ( enfant, ne le connaissant ni d’Eve ni d’avant, je prononçais « Chat- qu’est-ce- paix-art » quand je lisais ses « Contes » dans le grand livre doré sur tranche – et pas une seule fois, j’ai supposé qu’il écrivait pour plus grands que moi…)

J’aime qu’un écrivain, un poète, parle à tous, et à chacun.

Que faire à partir de  » Vue sur mer »

Compte rendu de L’atelier que j’ai mené à partir de  ce livre-là, à la librairie-jeunesse de l’Oiseau-Lyre, à Rueil-Malmaison.

On peut d’abord parler de ce thème politique récurent : la lutte contre la pauvreté et pour l’égalité des chances.
Qu’est-ce que c’est ?
L’égalité des chances, c’est faire en sorte qu’un enfant pauvre d’aujourd’hui, dont personne dans la famille n’a poursuivi ses études, ne devienne pas forcément un adulte pauvre, qui n’aura, lui non plus, pas poursuivi d’études.
Il faut faire quoi, pour y parvenir ?
S’y prendre très tôt : dès la crèche. Que chaque enfant ait un début de vie où il découvrira plein de choses, apprendra, déjà, tout petit, à un âge où le cerveau marche à plein régime !
Favoriser l’acquisition du langage, si important pour comprendre.
Soutenir les familles les plus pauvres, qu’il y ait à manger pour chacun, un toit au-dessus de la tête, un lit pour dormir… Lutter contre les expulsions qui conduisent certaines familles à la rue.
– garantir une alimentation ( à la crèche, à l’école,)  qui soit saine.
– accompagner les gens vers une formation, un emploi.
– veiller à la santé des enfants les plus pauvres. Services de santé gratuits pour eux.

Car, on ne choisit pas l’endroit où l’on naît, où l’on vit, ni sa famille de départ, mais il ne faut pas que cela empêche de devenir, plus tard, l’adulte que l’on peut devenir.
LA PAUVRETE NE DOIT PAS SE TRANSMETTRE EN HERITAGE.
Rappeler qu’il y a 9 millions de personnes pauvres en France.

Notre livre de départ : Vue sur mer »
Elle se passe en deux endroits : la banlieue de Valence où réside Romuald, dit Rom, enfant de milieu modeste ( faire la différence avec « la pauvreté ») qui vit au rez de chaussée d’un HLM avec sa mère et son petit frère, et la Côte d’Azur, où le jeune héros va aller passer 10 jours de vacances scolaires grâce au  » Secours » chez des retraités aisés.
L’enfant va donc changer d’endroit, de paysage, de vie, et cela modifiera son comportement, sa façon d’être, de voir, de comprendre.

Un des thèmes de cette histoire serait : c’est difficile de changer de  » milieu »
Donc se demander : – c’est quoi,  » le milieu » ? dont parlent toujours les politiques, les journalistes, les intellectuels ?
Ma réponse ( elle vaut ce qu’elle vaut, mais elle fait image pour les enfants)
Le milieu, c’est notre bocal à poissons rouges. Nous y tournons en rond, parfois toute notre vie. Certains poissons essaient de sauter par-dessus bord, mais gare au crash ! Parfois on a l’occasion de changer de bocal, d’aller tourner dans un plus grand, mieux aménagé, avec des tas de fioritures, un beau paysage, plus confortable, et alors on y côtoie d’autres poissons, ça peut être périlleux, ils ne vous accueillent pas toujours bien, il faut mutuellement s’apprivoiser. Mais cela nous enrichit, incontestablement.
Et si l’on doit, in fine, retourner dans un bocal plus petit, ou même dans celui d’origine, ce sera enrichi de notre voyage, de tout ce que l’on y aura vu, goûté, entendu, appris, et que l’on pourra alors, au moins par la parole, partager avec ceux qui ne l’ont pas encore vécu.
Rom vient d’un milieu assez pauvre, d’un endroit assez moche, mais auquel il est habitué : c’est chez lui, il s’y plaît, il aime bien, il y est bien aimé aussi.
Et il n’a jamais rien vu d’autre.
Le TGV qu’il va prendre via la Côte d’Azur va le propulser dans un autre monde qui va lui sembler extraordinairement différent. Et très beau.
Faire réfléchir les enfants à cela :
Qu’est-ce qu’être riche ?
Qu’est-ce qu’être pauvre ?
A leur avis : être riche c’est AVOIR POSSEDER. Beaucoup.
Avoir beaucoup d’argent, et tout ce qu’on veut : plein de choses, de jouets, de beaux objets, de livres, une grande maison avec plein de chambres, plus une salle de jeux, un grand jardin, une piscine, une belle voiture, et surtout une carte bleue ! une carte d’or ! Riche c’est être millionnaire, milliardaire, comme Picsou.
Au jeu de  » si j’étais riche », ils ont joyeusement rêvé : – j’aurais une super grande maison, une super grande piscine avec SPA, une chambre-cinéma, une console, plus une tablette, plus un smartphone, plus plein de jeux, des beaux vêtements de luxe, une ferme avec plein d’animaux, un hôtel 5*, le dernier livre des Carnets de Cerise ( ! ), tous les livres possibles, même une librairie rien que pour moi ( ça c’est encourageant ! ) tous les KAPLA du monde pour construire des trucs gigantesques !
Et ( tout de même) un immeuble pour loger les sans abri.

On a isolé le mot  » riche » : un tout petit mot pour dire un gros tout.
Alors oui, il signifie posséder, mais pas seulement, et pas toujours : car on parle aussi d’une riche nature, d’aliments riches en ceci ou cela ( en fibres ! m’a dit une fillette ! )
de quelqu’un qui a une imagination très riche, un roman riche en sentiments, une personnalité riche ( qui pourra accomplir plein de choses, riche en possibilités)
– J’en ai profité pour leur apprendre ce qu’est une « rime riche »- ( pas seulement un son commun, mais plus d’une syllabe)
Tout cela nous conduit à penser que même pauvre, on ne l’est pas en TOUT.
On a remarqué que la Terre, la mer, les paysages, chacun peut les voir, les admirer, c’est notre patrimoine commun, qui appartient à chacun de nous. On a cherché ce qui est beau et qu’on peut avoir sans avoir de compte en banque : le chant des oiseaux, une saison douce, un beau  soir d’été, la neige qui tombe, le soleil, l’ombre, la douceur du vent, de l’air, l’été, les fleurs, et puis les doux sentiments de bonheur, d’amour, d’amitié, de fierté, de joie, etc… Tout ce que chacun, heureusement, peut entendre, voir, éprouver.

Et l’on s’est avisé que, s’il existe bien des gens égoïstes qui ne partagent pas, ou le moins possible, ( les impôts les y obligent-) ce qu’ils possèdent, leur richesse, la nature, elle, offre généreusement tout ce qu’elle a, tout ce qu’elle est.
Le groupe attentif des jeunes lecteurs a avoué n’y avoir jamais pensé…
Et l’une a conclu : – alors moi, je suis riche de mon amie Lila…

Et voilà.

mon agenda 2018-2019

Je ne fais plus trop de déplacements.
Pour ceux qui suivent, j’ai eu 70 ans, et bientôt il faudra venir me chercher en brouette !
Mais bon, quelques dates … et pas de figues.
Des fugues, plutôt.

La première, je ne vais pas bien loin de chez moi. A pieds je vais, mais de très bon cœur.
Rendez-vous ( haut les mains ! ) chez mon amie de trente ans et des paillettes ( pas de poussières) Chantal Malamoud, libraire- jeunesse de l’Oiseau-Lyre, rue Hervet, à Rueil-Malmaison où je réside : deux dates :
– le mercredi 14 à 14h30, pour une heure de lecture, de discussion, d’atelier, autour de mon dernier roman :  » Vue sur mer » paru chez Magnard le mois dernier.
– le samedi 17 qui suit, de 10h30 à 12h30, séance de dédicaces tous azimuts, y’en a pour tous les goûts, tous les âges et toutes les couleurs. Si vous avez envie de vous avancer dans vos cadeaux de Noël… ou d’anniv… ou juste pour me faire un petit coucou.

Samedi 1er et lundi 3 décembre, je serai à Montreuil, au grand Salon-jeunesse, pour la grande célébration de notre beau métier, de ses missions … et de ses limites. Je signerai chez deux éditeurs seulement cette année : chez Magnard le samedi 1er décembre de 13hà15h et le lundi 3 décembre de 11h à 13h aux éditions du Pourquoi pas, pour le binôme  » Coup de balai » et  » le berceau de l’homme » illustrés par le jeune Léo Poisson qui sera également présent. puis jusqu’à 15h, de nouveau chez Magnard pour le bel album  » Il y a toujours un oiseau » et mon nouveau roman, même collection que  » Géant »,  » Vue sur mer » que j’ai présenté ici.
Merci à ceux qui passeront me, nous !  faire un petit coucou !

Après, c’est sensé être l’hiver, la neige, le froid, les gla-gla- frissons partout, alors je reste sous la couette. Ou devant mon ordi, dans mon bureau douillet, au pied du radiateur.
j’attends le père Noël, ou à défaut, les gros chèques de mes éditeurs. … ( je blague ! ça fait longtemps que je ne crois plus… aux gros chèques des éditeurs ! )

Mais, j’irai tout de même, la dernière semaine de janvier à Amiens, non par dévotion à Emmanuel Macron, mais parce qu’on me réclame à cors et à cris, accord et à cris, à corps et à cri, bref, dans un collège où j’ai souvent sévi, plus jeune, où le staff possède encore plein de séries de livres de Jo.H à écouler dans les classes de 6ème, et alors ils en profitent tant que je suis encore  peu près en état de marche. Pendant plus de 10 ans, je me suis rendue chaque année à Amiens ( et non, je ne me souviens pas d’un petit blond qui l’aurait particulièrement ramené, non, je ne vois pas…) et j’y ai rencontré plein d’enfants extrêmement attachants et d’ailleurs certaines des « enfandises  » que vous pouvez lire sur mon site viennent d’eux.

Je serai le 30 mars au Salon de Verrières ( 78) contactée par une charmante libraire, en mai à Villejuif pour une journée d’animations.

Les 2, 3, 4 avril à Laval, il y a un prix auquel je participe souvent, et c’est encore le cas cette année, avec  » Grand Ami » paru chez Thierry Magnier.

Je serai le samedi 18 mai à Gennevilliers, invitée à fêter l’anniversaire d’un prix décerné par la ville à l’initiative de la médiathèque François Rabelais, prix que j’ai obtenu il y a quelques années et qui a la particularité d’être décerné par tous : enfants, adultes, parents, bibliothécaires, enseignants, à la suite de soirées lectures et discussions acharnées. De plus, ce prix est très bien doté ce qui est aussi, en soi, une belle originalité  🙂

Et puis en juin , peut-être à Saint Benoist, vers Poitiers,
et le 14 juin à Noisy le Sec, dans un collège.

Et me revient qu’il y a aussi un saut en Normandie, au premier semestre, mais la date n’est pas encore fixée, ou alors je l’ai paumée, et il faut que je me renseigne fissa. (:-(
Retrouvé ! ce sera sans doute les 24 et 25 juin.

voili voilà voilou;

mon agenda 2018-2019

Je ne fais plus trop de déplacements.
Pour ceux qui suivent, j’ai eu 70 ans, et bientôt il faudra venir me chercher en brouette !
Mais bon, quelques dates … et pas de figues.
Des fugues, plutôt.

La première, je ne vais pas bien loin de chez moi. A pieds je vais, mais de très bon cœur.
Rendez-vous ( haut les mains ! ) chez mon amie de trente ans et des paillettes ( pas de poussières) Chantal Malamoud, libraire- jeunesse de l’Oiseau-Lyre, rue Hervet, à Rueil-Malmaison où je réside : deux dates :
– le mercredi 14 à 14h30, pour une heure de lecture, de discussion, d’atelier, autour de mon dernier roman :  » Vue sur mer » paru chez Magnard le mois dernier.
– le samedi 17 qui suit, de 10h30 à 12h30, séance de dédicaces tous azimuts, y’en a pour tous les goûts, tous les âges et toutes les couleurs. Si vous avez envie de vous avancer dans vos cadeaux de Noël… ou d’anniv… ou juste pour me faire un petit coucou.

Samedi 1er et lundi 3 décembre, je serai à Montreuil, au grand Salon-jeunesse, pour la grande célébration de notre beau métier, de ses missions … et de ses limites. Je vous redonnerai des précisions très vite.

Après, c’est sensé être l’hiver, la neige, le froid, les gla-gla- frissons partout, alors je reste sous la couette. Ou devant mon ordi, dans mon bureau douillet, au pied du radiateur.
j’attends le père Noël, ou à défaut, les gros chèques de mes éditeurs. … ( je blague ! ça fait longtemps que je ne crois plus… aux gros chèques des éditeurs ! )

Mais, j’irai tout de même, la dernière semaine de janvier à Amiens, non par dévotion à Emmanuel Macron, mais parce qu’on me réclame à cors et à cris, accord et à cris, à corps et à cri, bref, dans un collège où j’ai souvent sévi, plus jeune, où le staff possède encore plein de séries de livres de Jo.H à écouler dans les classes de 6ème, et alors ils en profitent tant que je suis encore  peu près en état de marche. Pendant plus de 10 ans, je me suis rendue chaque année à Amiens ( et non, je ne me souviens pas d’un petit blond qui l’aurait particulièrement ramené, non, je ne vois pas…) et j’y ai rencontré plein d’enfants extrêmement attachants et d’ailleurs certaines des « enfandises  » que vous pouvez lire sur mon site viennent d’eux.

Je serai le 30 mars au Salon de Verrières ( 78) contactée par une charmante libraire.

Les 2, 3, 4 avril à Laval, il y a un prix auquel je participe souvent, et c’est encore le cas cette année, avec  » Grand Ami » paru chez Thierry Magnier.

Je serai le samedi 18 mai à Gennevilliers, invitée à fêter l’anniversaire d’un prix décerné par la ville à l’initiative de la médiathèque François Rabelais, prix que j’ai obtenu il y a quelques années et qui a la particularité d’être décerné par tous : enfants, adultes, parents, bibliothécaires, enseignants, à la suite de soirées lectures et discussions acharnées. De plus, ce prix est très bien doté ce qui est aussi, en soi, une belle originalité  🙂

Et puis en juin , peut-être à Saint Benoist, vers Poitiers,
et le 14 juin à Noisy le Sec, dans un collège.

Et me revient qu’il y a aussi un saut en Normandie, au premier semestre, mais la date n’est pas encore fixée, ou alors je l’ai paumée, et il faut que je me renseigne fissa. (:-(

voili voilà voilou;

IL Y A TOUJOURS UN OISEAU

20181031_154553

 

 

C’est un bel et grand album comme il m’a peu été accordé d’en faire, à mettre sur la même étagère que  » La grande peur sous les étoiles », « les petites filles dansent », « la géante Solitude », « A pas de louve ».
Pour ceux qui aiment lire un texte poétique, profond, mystérieux.
J’ai pensé à l’écrire au soir des attentats du 13 novembre 2015. Pour les enfants. Afin qu’ils puissent avoir en tête autre chose que les images affreuses qui passaient en boucle sur les écrans de nos télévisions et qui n’avaient aucun sens.
Aborder l’effroi, l’indicible, autrement.
Comme on l’a toujours abordé dans le passé, avec humilité, par le conte.
Un prince a tout perdu : son château, ses biens, et même celui qu’il aimait par-dessus tout. On lui a tout pris, on lui a tué son ami. Il ne s’est pas même battu, ne sait pas s’il en aurait été capable. Il n’était pas là, il n’a pu que constater, à son retour, qu’il n’avait plus rien. Le désespoir l’a pris, qu’il est allé cacher au fond d’une forêt.
Là, les bêtes l’attendaient, qui vont l’accompagner, elles savent, elles, que c’est quand on se croit tout au bout de tout, dans le noir complet de la forêt, qu’advient l’oiseau.
Cet oiseau nourrira son chant des larmes versées, avant de s’envoler.
Alors seulement, celui qui avait tout perdu, retrouvera l’espoir, l’envie de vivre, de retourner auprès des autres, de les aimer.
Les enfants, et nous, n’avons pas besoin de nous gaver d’images, de sons, de mots, insensés, racoleurs. Aux actes commis par les haineux et les insensés, de grâce, ne répondons pas de même.

Je ne raconte pas,
je ne traduis pas,
je ne montre pas,
Je convertis.

Je change de mesure.

Que l’enfant sente, par notre lecture, qu’aucun être sur terre ne mérite la haine des autres, mais qu’elle est, qu’elle existe, comme le noir qui soudain nous prive de tout. Mais cependant, et se nourrissant du noir comme du reste, tout autant, la lumière, la tendresse, l’apaisement et la joie, même, reviennent. Toujours.
Non parce qu’elles sont plus fortes que la haine, ni que le vie est plus forte que la mort, cessons ces combats de mots tout aussi stériles que les combats de coqs. Mais, beaucoup plus simplement, à cause de ce qui fait qu’il y a à toute chose un envers ET un endroit, un matin ET un soir, un hiver ET un printemps.
Un jour ET un autre jour.

Et le vent qui fait bouger les feuilles, et nous pousse.

Pour ce conte qui en est à peine un, l’album a bénéficié du talent de Frédérick Mansot que les amoureux de la littérature jeunesse connaissent bien. Il a composé de somptueuses illustrations, peintes sur du tissu Liberty ( on en voit la trame à chaque page et sur l’intérieur de la couverture ) et a fait en sorte que tout dise, tout parle, et raconte, et même le tronc de l’arbre où se grave, dans l’écorce noire, les malheurs du monde, et même les bêtes qui nous représentent, bêtes que nous sommes, quand nous tentons de consoler celui qui vient, perdu, éperdu.

Une belle citation de Marie Noël que plus personne ne lit maintenant, mais dont je fus, en mes jeunes années, un peu voisine, est écrite à la première page de cette histoire :
 » Qui pourra maintenant retrouver ta douleur ?
Rien n’en reste, rien qu’un chant d’oiseau, sublime.
Ah ! Quelle délivrance est au fond de l’abîme »

C’est une histoire qui délivre.

VITE !

Je marchais dans la rue, ce matin, il faisait beau, c’était dimanche, encore un peu de la douceur de l’été dans l’air. Je passais devant la mairie, qui porte sur le fronton une grosse pendule, comme un oeil de cyclope posé au milieu du front.  Je n’étais pas pressée. Mais d’autres semblaient beaucoup plus pressés que moi, sacs à provisions à la main, marmaille plus ou moins consentante à la traîne. Mon regard s’est arrêté sur un jeune père, qui portait un sac d’un côté, le pain de l’autre, et qui encourageait une petite fille de deux ou trois ans : – Allez Chouchou, on y va ! Dépêche-toi !
La petite, tototte à la bouche, baguenaudait. Le papa, arrêté, s’est impatienté : – Allez, vite ! Maman nous attend !
Mais ploc, voilà la tototte tombée par terre. La petite se baisse, la ramasse, indécise, et le père, affranchi de la surveillance maternelle, fait semblant de ne pas voir la petite qui, finalement, essuie vaguement la tototte sur son pantalon, et zou, se la refourre dans le bec.
Le père repart, et sans plus se retourner, appelle la petite à le rejoindre :
– Allez, vite, vite ! Cours !
Et sa haute silhouette s’éloigne encore un peu. La petite se met à courir, mais un pavé traître lui mord le bout de la chaussure et paf, elle s’affale de tout son long sur le bitume.
Le père se rapatrie vite fait avec ses sacs jusqu’à la gamine hurlante : – c’est rien, c' »est rien !
Rien ? Tu parles ! J’aimerais bien le voir, lui, aplati comme une crêpe sur le bitume ! On verrait s’il se relève comme un diable de sa boîte, hop là, le sourire aux lèvres ! Il manque  parfois aux parents d’un mètre 80, de redevenir, quelques minutes par jour, un enfant de 90 cm…
Il ne le dit pas, le père, mais je l’entends qui pense : – eh merde ! Déjà qu’on était en retard ! Ma p’tite femme qui attend le marché ! Les invités qui vont se pointer et c’est loin d’être prêt !
Au lieu de cela il temporise : – ça va aller , ma grande !
Le « ma grande » sous-entendant forcément : – arrête de brailler, t’es plus un bébé ! Sois raisonnable, tout le monde nous regarde.
Et la petite, collant rose déchiré, paumes éraflées, morve au nez, plus rien de la petite fille modèle partie en toute gloire avec papa, tout à l’heure, pour faire le marché, qui continue de pleurer, la totote à la main pour que les lamentations sortent plus sonores, à la mesure de sa vexation.
Et le père, de mauvaise foi : – mais comment t’as fait pour tomber comme ça ?
Et la petite scandalisée : – c’est toi ! C’est toi qui m’a dit de courir !
Et le père : –  Je ne peux pas te porter, tu vois bien ! Allez, on y va !

J’ai abandonné là le père stressé, la petite à consoler, le sacs à provision lâché et avachi, tout un petit tas de sentiments mêlés, d’où il ressortait que celle qui avait gagné, c’était la pendule, là, qui, comme un gros oeil  posé en haut du fronton de la mairie, avait visionné la scène depuis le début. C’était à cause d’elle que le père était pressé, et parce qu’elle ne s’arrêtait pas que la petite fille ne devait pas s’arrêter.
Je me suis souvenue que, quand ma fille était petite, je partais faire les courses avec elle sans savoir jamais à quelle heure j’en reviendrais. Comme on part à l’aventure. Je me l’étais dit très tôt, quand elle commençait à marcher. Chaque mètre de trottoir était pour elle comme un petit monde à sa mesure, mais un monde entier ! Elle allait d’une fissure dans le sol à la falaise du bord de trottoir, d’un mégot à une feuille, de la feuille à la miette, de la miette au moineau, de l’oiseau au papier envolé, en passant pas le clochard désoeuvré, le bébé dans la poussette stationnée, le petit bonhomme du feu rouge, le vélo stationné, le trou des travaux, la machine du chantier etc etc… Notre intinéraire était totalement aléatoire et faire les courses qui m’auraient pris dix minutes seule en prenait au moins une demi-heure avec elle. Mais toujours, nous prenions le temps. La pendule pouvait bien aller, nous ne lui accordions que le minimum d’attention : est-il soir ou matin ? La boulangerie est-elle ouverte ou fermée ?
Peut-être, partis pour le pain, reviendra-t-on avec un jambon !
Quelle chance cela a été de pouvoir prendre tout notre temps, de ne courir qu’après l’oiseau et le papillon et pas après le temps !

A y penser, je me fais la réflexion que ces promenades qui n’allaient pas directement d’un point à un autre, à la trajectoire imprévisible, on avance, on recule, on va et vient, on prend la tengente, on fait une sorte d’elipse, des zigzag, une balade sinusoïdale… Changement de rythme, on cavale, on flâne, on s’arrête, on rêve… tout cela, ces hésitations, ces emballements, ces oscillations, on les retrouve quand on écrit.
On ne va jamais directement d’un point à un autre, zou.
Rien n’est totalement prévisible sur le chemin de l’écrit.
Il faudra s’arrêter, considérer ce par où on est passé, les déviations prises qui se sont plus ou moins imposées, les travaux, la page comme un gros chantier, le bonhomme rouge ou vert surgi d’on ne sait où, il est passé par ici, repassera-t-il par là, tous les méandres imprévus du récit… Le brouillard, la neige sur les écrans, les silences…

Il faudra prendre son temps, tout son temps, sans accorder d’importance au gros oeil de la pendule dont la mesure n’est pas toujours la nôtre, et surtout pas celle de cette histoire qui avance comme ma petite fille d’autrefois, libre de son temps et de ses mouvements.
Ne rien presser. Sinon, c’est la chute assurée.

Un grand coup de balai et Le berceau de l’homme.

Que faire avec ce livre à double face ?
Parler de la grade pauvreté, des SDF, de ce que les enfants pensent des causes de tout cela. Leur demander s’ils ont des propositions à faire, s’il leur est déjà arrivé de donner, et quoi, s’ils se sentent mal à l’aise, et pourquoi à leur avis ? Si les SDF leur font peur, et pourquoi ?
Imaginer le récit que pourrait faire un jeune SDF de ce qui lui est arrivé dans sa vie pour qu’il en soit là.
Imaginer aussi ce qu’il pense de sa situation, ce qu’il voit, ce qu’il entend ( bruits et paroles autour de lui) ce qu’il ne peut manger et qu’il rêverait de manger, ce qu’il n’a pas et rêverait d’avoir, ce qu’il peut toucher, ce qu’il rêverait de toucher et dont il est éloigné.
Faire une sorte de catalogue de tous les objets usuels, qu’on a à disposition chez soi, et que le SDF n’a pas. En faire un tri, ne garder que le strict nécessaire, pour voir ce qui manque REELLEMENT à celui qui est dehors. De concret, ET d’abstrait.
Inventer un lieu où le SDF pourrait s’abriter, y mettre du vrai ET des trucs magiques, féériques.

 

A quoi tu joues le loup ?

Que faire, avec cet album ?

Dire de quoi on a peur, la nuit. Quel cauchemard on fait, récurrent.  Quel beau rêve aussi on a envie de faire.
Les dessiner, et-ou- avec des collages pour un tableau proche des surréalistes.
Détourner un rêve : on commence par raconter son vrai rêve, et puis, on se pose une question : – et si ?
Et si, au lieu de penser que cet enfant qui m’approchait c’était pour me piquer ma pelle  et mon rateau, c’était au contraire pour jouer avec moi à construire un château ?
Et si… au lieu de penser que la voiture qui fonçait vers moi c’était pour m’écraser, c’était parce que dedans, il y avait un roi qui m’apportait un magnifique cadeau ?
Et si… etc.
Faire ensuite la même chose avec unconte très connu, ou une fable, en refaire les dialogues, détourner.
Et si… c’était la chèvre de monsieur Seguin qui avait commencé la bagarre contre ce pauvre loup qui n’avait pas ses lunettes te ne l’avait pas vue arriver ?
Et si Perrette avait jeté son lait par terre exprès pour nourrir une portée de chatons ?
Et si… etc etc.

Chercher aussi tous les moyens pour retrouver son calme, les répertorier : eespirer en profondeur, faire silence, mais aussi, au contraire, hurler de tous ses poumons, se battre contre un fauteuil, un canapé, des coussins, écouter de la musique, faire un câlin, manger un gâteau….

LE MUSEE IMAGINAIRE DE JANE AUSTEN par Nathalie Novi

 

 

C’est un somptueux album paru chez Albin Michel, imaginé par Nathalie Novi, mon amie peintre ( à qui je dois le frontispice de mon site ) . Je dis peintre à escient, car elle n’aime pas être cataloguée  » illustratrice ». Non par mépris pour la fonction d’illustrer qui, à l’origine, vient de « lustre » c’est à dire ajouter du lustre, du brillant, de l’attrait, un certain éclat à une page qui sans cela pourrait se révéler bien terne, ce qui est noble fonction, mais tout simplement parce qu’elle « n’ajoute » pas de dessins  à un texte. Elle est tout aussi principale, et lisible que le texte. Elle peint, et peignant, elle dit tout autant.
En l’occurence, ici, dans ce magnifique ouvrage dont elle a, des années durant, rêvé, avant que grâce à une bourse du CNL, elle ait, elle si diversement sollicitée, trouvé le temps, enfin, de le concrétiser.
Une année entière plongée, en immersion totale et quasiment en apnée, à l’époque Victorienne. Elle nous fait renaître, à coups de crayons et de pinceaux délicieux, toute une société, ses moeurs, son habitat, ses vêtements, ses habitudes, ses attitudes ; on entre chez eux, on fait presque, si l’on veut, partie de la famille de Jane Austen. On en est si près que Jane et ses soeurs pourraient, si l’époque n’était si pudique, nous prendre par la main, nous faire courir avec elles dans cette Angleterre à la nature si harmonieuse qu’elle sembla avoir été créée exprès pour Jane et ses congénères.
L’époque victorienne à laquelle vécut Jane Austen qui nous en laissa, par écrit, dans ces histoires, , un panorama impressionnant ( dans le vrai sens du terme, c’est à dire qui s’imprime dans nos rétines, notre mémoire, notre coeur, ) c’est un état d’esprit particulier, où l’on a, à la fois, le souci très matériel de la propriété, de l’argent, du confort cossu, mais aussi le souci moral de la respectabilité, de la générosité envers les défavorisés, du dévouement aux autres et aux causes de la défense morale qui n’est pas toujours pudibonderie, comme on nous l’a longtemps plus que suggéré.  C’est une époque romantique, qui engendre de grands penseurs, un amour immodéré des lettres, de la littérature, de la poésie, des arts, de l’esthétisme. Le BEAU est omniprésent, ce qu’il faut atteindre, créer, autour de soi et en soi, dans sa vie et dans le monde, les deux s’imbriquant étroitement, (d’où le souci moral.)
Quand je regarde mon amie Nathalie, je me dis que oui, elle est bien une petite soeur de Jane Austen, tant créer ou faire voir le Beau, lui est vital, essentiel.
Alors oui, dans ce musée imaginaire recréé par Nathalie et Fabrice Colin, on verra bien de belles robes, de beaux chapeaux, de beaux meubles confortables et cossus, des réverbères sur les rues sombres, de grandes maisons, des bals, des fêtes, de doux paysages impressionnistes,
mais …
en même temps…
on pourra aussi deviner, à la lumière des réverbères et autres lustres, que la lumière, grâce au peintre inspirée qu’est Nathalie Novi, révèle plus et mieux les ténèbres qu’elle ne les chasse, que les robes, si longues, si poétiques, doivent être relevées pour que les jambes accomplissent leur destin de jambes en plus grande liberté.
On pourra deviner , Nathalie nous en donne l’intuition, que tout cela est frange colorée, décor, créé non pour nier, ou cacher, tristesse, amertume, ambitions avortées, doutes,  névroses et autres misères, étouffer les cris de l’âme et des coeurs, mais plutôt construit comme un décor de théâtre, qui met en scène, et représente plutôt crânement, courageusement, la vie vécue en vrai de ces femmes si courageuses, en vérité, dont l’élégance des corps n’est que la parure jetée, par pudeur, sur le tumulte des sentiments.
Des vies que la Beauté transforme.

Comme la Belle au bois dormant, ce monde, avec ces paysages, ces demeures, ces réverbères dormait depuis plus de cent ans ; Nathalie Novi le réveille pour nous si délicatement que l’on peut, sans se forcer, continuer à se dire que décidément « la vie est un songe » … qu’il convient de partager.

Est-il traduit en anglais ? Je l’espère.
En tout cas le travail de Nathalie a été exposé aux Etats unis.
Vous pouvez, bien sûr, ajouter à cet article en allant sur le site de Nathalienovi.com où bien d’autres merveilles vous attendent.

Portraits d’enfants de la Syrie en guerre, peints par Nathalie Novi

Toutes les guerres sont d’horribles catastrophes.
Depuis les débuts de l’humanité, elles fondent sur les hommes, sans souci ni de leur âge, ni de leur âme, leur supprimant, pour un temps incertain, tout horizon.
Les reporters en rendent compte, les photographes nous les montrent, les historiens les mettent en perspective, les philosophes les analysent, la plupart d’entre nous les regrettent, et, couvant leur propre progéniture du regard, se disent, lâchement, honteux : – Heureusement que ça ne se passe pas  » chez nous ».
Certains détourneront le regard de l’image sur l’écran, tourneront la page du journal, soupireront à l’énoncé des informations à la radio, à peu près tous, nous nous dirons que nous ne sommes pas sur place, que malgré toutes les explications qu’on nous donne nous ne comprenons pas grand chose aux vraies causes de ces forces en combat, que nous ne pouvons pas juger avec objectivité… Mais tous, aussi, à un moment ou à un autre, nous ressentirons, à voir et à entendre, en boucle, les effets de ces guerres sur les victimes –  faim, froid, solitude, horreur, panique, pleurs, cris, chutes, souffrance, mort, toute cette folie… – un sentiment de honte et de détresse. Loin de ces conflits, nos yeux, nos oreilles seront pourtant blessés, nos coeurs émus, et certains, même, tout à coup, sur une image, quelques mots, un regard volé dans tout ce tumulte, tout ce chaos, cette catastrophe, sentiront leur coeur un instant cesser de battre, et se briser.

Nos enfants.

Faut-il les protéger eux qui ont la chance de ne pas vivre dans un pays en guerre ?
Edulcorer ? Minimiser ?
 » N’aie pas peur ! ça ne se passe pas ici ! C’est loin ! »
Faut-il n’en point parler du tout ?
Traiter cela comme le cauchemard en rouge et noir dont accouche périodiquement le monde ici ou là, depuis toujours, et les laisser, eux, baigner dans la douceur de nos bras aimants et de leurs rêves ?
Claude Roy, pourtant l’ami des enfants ( voir ses poèmes, ses contes, ses enfantasques ! ) dans la très belle préface qu’il avait écrite à mon récit de  » La grande peur sous les étoiles », disait :  » Les enfants ont droit à la vérité, comme les grands, même quand la vérité fait mal.  »
Le mal et le malheur ne sont pas tabous.
Oui, si, dans les pays en guerre, les enfants ont tout aussi faim, froid, peur, et meurent tout autant que les grands, parce qu’ils font partie de la même humanité et portent donc, malgré eux, leur part de sa folie, nos enfants, qui vivent dans un pays en paix, doivent, et veulent, porter un regard secourable, sur eux : supporter, au moins,  une toute petite part de leur douleur, de leur malheur.

Je ne veux pas dire qu’il faut leur montrer, de visu, comme le monde dans lequel on les a fait naître et où ils vivent, peut, tout à coup, devenir si hostile qu’il va vous déchirer la peau, vous asphyxier les poumons, vous éclater la tête. Non. (Même s’ils le savent, dans le fond… ) Cela serait, pour les enfants, obscène, ou répulsif, ou pire encore, fascinant…
Non, je veux seulement dire que les enfants qui vivent en paix ne peuvent être totalement  » épargnés », mis de côté.
C’est en meilleure connaissance du monde qu’ils reconnaîtront la valeur de la paix.
Et qu’ils pourront apporter de l’espoir à ceux qui n’en ont plus.

Depuis quelques mois, mon amie Nathalie Novi publie, chaque jour, ou chaque semaine ? un portrait, d’après photo, d’un enfant de cette Syrie à feu et à sang.
Si l’on en éprouve le désir, ou qu’on trouve cela nécessaire, ou peut, avec un moteur de recherche, retrouver le portrait – photo de l’enfant peint par Nathalie.
Si on le trouve, on le reconnaît.
Mais Nathalie ne nous le donne pas à reconnaître.
Elle le fait renaître.
A cet enfant, la guerre a ôté l’enfance, a tout volé, maison, toit, école, parents, frères soeurs, chien, chat, lumière, repas, eau, lait, rires et sourires, jeux et chansons. Toutes les douceurs, toutes les couleurs de sa vie.
Sous la caresse des crayons de l’artiste, l’enfant les retrouve, et retrouve l’enfance que le chaos du monde lui avait ôtée.
Elle ne cherche pas, je crois, à nous masquer la réalité si cruelle, ni même à la transformer, elle nous donne juste à voir derrière le rideau rouge et noir, les couleurs de la vie et de l’espoir.
Sa vision.
Et l’on sait qu’elle voit :
L’oiseau qui chantera quand l’enfant ne le peut pas.
L’arbre qui fleurira quand mille autres auront été abattus.
Le nuage posé au-dessus de l’enfant, comme le dernier soupir, protecteur à jamais, d’un parent.
Sur ses dessins, la tristesse, est encore là, mais déjà s’éloigne son ombre funeste, passé le barrage du  sourire sans dent d’un enfant de sept ans.

Portraits à la fois réalistes et malgré tout, poétiques, parce que Nathalie, si sensible à la vie et à autrui, nous livrant sa vision et son ressenti, n’oublie jamais ce qui se cache derrière ce que l’on voit.
Les couleurs si l’on souffle sur le noir et le gris de la cendre.
l’écho des rires anciens,  » des voix douces qui se sont tues »
La beauté, la bonté, tuées, disparues, revenues.
Nathalie Novi sait, a toujours su, que, comme l’écrivit Paul Claudel :  » Quand ils sont très malins, les mystères se cachent en pleine lumière. »

La lumière qui surgit des décombres.
L’enfant à l’enfance perdue, retrouvé.

 

VUE SUR MER

 

9782210965140

C’est un roman qui paraît donc, maintenant, aux éditions Magnard- Jeunesse, même collection que Géant qui a conquis un très large public. L’illustration de couverture, réalisée par un dessinateur italien : Andrea Serio, est belle, parfaite : un enfant, perché sur une falaise rocheuse, regarde la mer, très bleue, et plus loin, l’horizon, là où le ciel et la terre se rejoignent toujours.
C’est une histoire de vie, comme j’aime les écrire, avec lenteur, tendresse, humour.
Un enfant est, quelques jours, déraciné, passe de l’enfermement dans un petit appartement de sa cité où il vit avec sa jeune mère et son petit frère, à des vacances sur la Côte d’azur, invité dans la jolie petite maison de personnes âgées, cultivées, bienveillantes, où tout ce qui est dit et fait lui semble à la fois étrange, étranger, et fascinant. Il découvrira que la beauté d’un lieu et la bonté de ceux qui l’habitent peuvent lui faire voir la vie et le monde autrement. Ce qui n’est pas sans lui poser de question : car, comment changer sans être infidèle à sa famille, comment devenir sans renier ni soi ni personne ?

Je suis heureuse d’avoir pu écrire ce roman qui n’en est pas un, où nombre de jeunes lecteurs se reconnaîtront peu ou prou en Romuald, mon jeune héros en devenir. Rien en lui ne m’est étranger, je l’abrite intimement depuis l’enfance, depuis toujours. Il est temps que je le partage, que je le libère.
Et que vous l’accueilliez.

Il se trouve qu’il est parfaitement d’actualité, qu’il peut être lu en écho au plan de lutte contre la pauvreté présenté par l’actuel président. Inutile de dire que la simultanéité de nos sorties est involontaire, et je n’attends aucun remerciement officiel !!

MAIS

j’espère avec force que nombre de discussions pourront avoir lieu grâce à ce récit de vie pauvre qu’est « Vue sur mer ».
Et si je prends soin d’inscrire le mot « pauvre » en italique, c’est qu’une vie n’est vraiment pauvre qu’au regard normalisateur de la société, des autres.
L’enfant qui la vit subit davantage le regard d’autrui que les manques dus à la pauvreté.
Et il y a cette grande et belle question jamais soulevée.
Avec la pauvreté, va toute une  culture de la débrouille, le sens de l’opportunité, une grande liberté de temps, de parole, de pensée non étudiée, libre, originale, surréaliste parfois.
Qu’il ne faudrait pas anéantir par une normalisation forcée, dès la maternelle obligatoire.
Ce sera mission difficile, tant la société marche comme ça, à essayer de mettre tout le monde dans le rang et à niveau parce que ce sera plus juste. Mais il ne faudrait pas qu’en voulant donner les mêmes chances à chacun, on forme des  » tous pareils »… Car on a besoin, pour améliorer le monde, de gens qui pensent et agissent différemment…
Et puis, je pense aussi que les enfants pauvres sont, comme tous les enfants, très fidèles à leur tribu familiale, à ses rites, ses valeurs, son langage. Par l’école, ils apprennent d’autres rites, d’autres valeurs, un autre langage. On leur donne à voir un autre monde possible. Mais il faut leur dire qu’aborder ce nouveau monde, ils peuvent, ils doivent le faire sans renier l’ancien. Non seulement les deux mondes peuvent cohabiter, mais c’est ainsi qu’ ils s’enrichissent mutuellement.
De cela, primordial, je n’ai pas entendu parler.
Mais ce livre – là, le dit.

Je voulais aussi signaler le livre de Jo Witek qui est une auteur dont je me sens proche, de même sensibilité à ce genre d’histoire que moi, et qui a publié, il y a deux ans je crois, alors que j’écrivais moi-même celui-ci, un très beau récit de vie, sur le même sujet, intitulé :  » y a pas de héros dans ma famille ». Chez Actes -sud junior.