Mes livres

En préambule

Je ne ferai dans cette rubrique, aucune distinction entre livres dits pour les enfants, la jeunesse, et les autres. Parce que l’âge du lecteur, pour moi, n’est pas l’indice que nous avons affaire à un récit plus ou moins complexe, ni d’une qualité d’écriture différente. Nous sommes, définitivement, petits et grands, « faits de la même étoffe : celle de nos rêves » comme en eut l’intuition ce grand magicien de Shakespeare ( enfant, ne le connaissant ni d’Eve ni d’avant, je prononçais « Chat- qu’est-ce- paix-art » quand je lisais ses « Contes » dans le grand livre doré sur tranche – et pas une seule fois, j’ai supposé qu’il écrivait pour plus grands que moi…)

J’aime qu’un écrivain, un poète, parle à tous, et à chacun.

La ballade d’Iza

La ballade d’Iza( avec deux l, ce qui signifie qu’il ne s’agira pas de « la promenade » d’une femme nommée Iza, mais d’une sorte de chanson racontant l’histoire d’une femme nommée ainsi)  a été écrit par une écrivaine hongroise nommée Magda Szabo, qui a obtenu un très beau succès international avec un autre roman que j’avais d’abord lu :  » La porte ».
c’est l’histoire d’un moment de vie difficile, dans une famille hongroise dont le père Vince, âgé, meurt dans les toutes premières pages du récit. Sa vieille femme est là, auprès de lui, mais c’est une autre jeune femme, infirmière, qui recueille ses derniers mots, son dernier regard, qui le console. Etelka, la vieille femme de Vince, qui l’a tendrement aimé toute sa vie, en éprouve un intense ressentiment, une impression d’ultime injustice.
La suite ne fera qu’en rajouter. C’est sa fille, Iza donc, qui prendra tout en main : l’enterrement, les décisions concernant le logement de ses parents, elle fera déménager sa mère  à Budapest, dans son appartement à elle, de sorte que non seulement, la vieille femme aura perdu son mari, mais tout ce qui faisait sa vie jusque là. Y compris l’unique vestige vivant de cette ancienne vie, un lapin nommé Kapitani, qu’il sera hors de question de faire venir avec elle à Budapest.
Alors c’est l’histoire de tous ces chocs à affronter : la vie et la mort, le présent et le passé, la vieillesse confrontée à la jeunesse, la contrainte et la liberté, l’amour qui excuse tout et celui qui ne pardonne rien… Et c’est… déchirant.
Cela s’appelle  » La ballade d’Iza  » mais moi, lectrice âgée, je l’ai plutôt lue, cette histoire, comme la ballade d’Etelka, petit à petit dépossédée de tout, étouffée de chagrin et de frustration, qui essaie de se tenir droite, pourtant, et qui ne  voit, dans l’autorité que sa fille prend sur sa vie, qu’une immense preuve de sa sollicitude et de son amour pour sa vieille maman. Elle tente, Etelka, de se rendre utile au moins un peu, mais toutes ses initiatives, toutes ses tentatives tombent à plat ou à côté. Izia s’en agace, s’en offusque, ne les comprend pas. Certains passages sont sublimes de tendresse, comme celui où la vieille femme, un soir de pluie glaciale, a peur qu’Izia prenne froid et, luttant contre la bourrasque glacée,  s’en va l’attendre à l’arrêt de bus avec un parapluie, pendant que sa fille rentre tranquillement en taxi. Izia pique une bonne colère en découvrant l’imprudence de sa mère… pour qui l’idée de prendre un taxi pour rentrer du travail, est parfaitement exotique. Et la pauvre femme de s’en vouloir encore d’être aussi stupide.
Un homme, Antal, l’ancien mari d’Izia, saurait, lui, l’aider à vivre vraiment cette nouvelle vie que la mort de son mari lui impose. Il comprend intimement la vieille femme et d’ailleurs, propose qu’elle reste vivre chez elle, et qu’il vienne y vivre aussi, près d’elle. Mais bien sûr, Izia le prend comme une aberration, un outrage ! Cela ne se fera pas.
C’est intéressant, cette inversion des prédispositions supposées à chaque sexe : aux femmes, l’intime compréhension, la sollicitude, la tendresse, l’intuition, aux hommes la brutalité, la fuite, le dégagisme, le tranchant. Ici, c’est tout l’inverse : c’est le jeune homme qui rassemble en lui tous ces traits apparemment considérés comme féminins, et la fille, Izia, qui est coupante, glaçante sous sous son apparente douceur.

Si on lit le livre en s’attachant plus à l’héroïne du livre, Izia, on éprouve alors un autre sentiment que cette pitié. Izia fut une petite fille, une jeune fille, une jeune femme, médecin, parfaite. Belle, dévouée à tous, très travailleuse, et pleine de sollicitude. Cependant, tous les hommes qui tomberont amoureux d’elle, à son immense désarroi, la quitteront, avant qu’il ne soit trop tard.
Et toute cette histoire nous apprête à faire de même.

Izia, c’est un peu la Reine des Neiges.
Sa vieille mère, c’est un peu Félicité, vous savez, la vieille servante de Flaubert, dans  » un coeur simple » qui s’attache à chacun, humblement, et essaie toute sa vie de ne pas prendre trop de place, de raccommoder les accrocs de l’existence des uns et des autres, cherche tout ce qui pourra aider, faire plaisir, dans l’indifférence de ceux qu’elle chérit, seulement habitués à être ainsi servis. Son lapin, Kapitany, c’est le perroquet de la pauvre Félicité.
La vieille Félicité et la vieille Etelka se retrouveront peut-être, souhaitons-leur ! au même paradis.
A tous ceux qui aiment lire la vie des héros invisibles que sont la plupart des humains les plus simples, l’histoire de ceux que l’Histoire ne retiendra jamais parce que leurs hauts faits sont minuscules, à tous ceux qui s’attachent aux gens qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas parce qu’ils ne crient jamais, qui refoulent leurs larmes parce qu’il n’y a jamais, pour eux,  d’assez bonne raison pour pleurer, oui, à tout eux-là, je recommande fortement de lire cette ballade d’Iza, ils ne l’oublieront pas.

( de Magda Szabo paru chez Viviane Hamy. Paru aussi, donc, même collection  » Rue Katalin » histoire familiale également située aussi à Budapest, et puis en poche et du même auteur toujours  » La porte ».

Mais il est où le bout ?

Je me promenais le long de la mer, pendant cette semaine de vacances au soleil d’autant plus beau qu’il était inespéré, quand, venant d’un enfant qui cheminait à quelques mètres devant, me sont parvenus ces mots bien connus de tous les parents : – j’suis fatigué… » Prémisse au  » J’veux que tu me portes !  » redouté. La maman, déjà chargée d’un sac a répondu :  » on est presque au bout… » Et deux minutes plus tard, tandis que je les doublais et leur lançai à tous deux un regard amusé, l’enfant, perplexe, le regard portant le plus loin qu’il pouvait, geignait : « – Mais il est où, le bout ? »

Et voilà. Cette toute petite question, prononcée d’une voix enfantine et fatiguée, – mais chacun de nous, se posant cette même question, même intérieurement, ne se la pose – t-il pas sur ce même ton un peu geignard, perplexe ? cette toute petite question, donc, m’est entrée par une oreille et n’est pas ressortie par l’autre.
Question essentielle, existentielle, donc.
Normalement, ce qui a UN bout, n’en a pas qu’un, mais deux. Et si on ne se demande pas  » où ils sont les bouts ?  » c’est qu’en général, on en a un en main, et on voit l’autre extrémité, pas trop loin : un bout de bois, qu’il ne faut pas mettre dans l’oeil de son frère, le bout de la chaussure qui fait mal aux pieds parce qu’on grandit,  les ciseaux à bouts ronds qui sont permis et ceux à bouts pointus qui peuvent crever l’autre oeil, celui qui a échappé au bout de bâton.
Le bout du jardin, dont il ne faut pas sortir, au-delà il y a la rue, tu peux te faire écraser.
Le bout de la jetée d’où le malheureux peut, dans la mer, en finir et se jeter.
Il y a des bouts un peu infamants : être mis en bout de table, là où l’on n’entend rien de la conversation, au bout du quai les ballots, être à bouts de nerfs, au bout du rouleau et péter les plombs, être un sacré flemmard qui ne remue pas le bout du petit doigt ; plus complexe, l’aveu, qu’on vous arrache malgré vous, du bout des lèvres…
Il y a, par contre,  des bouts rigolos : le bout de la langue où les mots facétieux n’arrivent pas jusque là, le bout du nez par où l’amoureux est mené,..
Tous ces bouts-là, bon, on les voit.
Mais il y a effectivement, comme le pressent cet enfant, des bouts moins évidents, de bons bouts par lesquels il faut mieux prendre les gens, et le mauvais bout par lequel vous avez pris la problème et vous empêche de le résoudre correctement.
Plus certains bouts vicieux dont effectivement on ne voit pas le bout.
Le bout du discours de ce haut personnage qui s’écoute si bien parler qu’il oublie que ce n’est pas à lui- même qu’il s’adresse, mais à un auditoire qui a mal aux pieds, mal aux fesses, faim, envie de faire pipi, qu’il ennuie à un point, mais à un point !
Le bout de son travail, avec toutes ces piles de dossiers accumulés, et plus on avance, moins la pile diminue, toujours remplacée.
Le bon bout de temps où l’on attend celui ou celle qui n’arrive pas, qui n’arrivera peut-être jamais, et on se demande, montre en main,  si l’on a attendu assez longtemps, parce qu’il avait un bon bout de chemin à faire, mais quand même, il n’arrive pas et on est à bout de patience !
ET que dire de cette imposture qui nous fait croire, quand on est jeune, qu’il suffit d’avoir plein de cet argent qu’on n’a pas et qu’on aura jamais pour aller au bout de son rêve ? Alors qu’aller au bout de ce rêve, de toute façon, serait le tuer…
Et surtout, parlons -en de celui -là : Oui,  le bout de nos peines ! Où est-il ? On ne le voit quasiment jamais. Toujours au négatif ! 99 fois sur cent, on n’est pas au bout de nos peines, sauf, au bout, tout au bout de cette drôle de chose qu’on appelle la vie, on ne sera sans doute jamais au bout de nos peines.

Alors, il a bien raison, ce petit bout d’homme, de s’inquiéter, de geindre : – Mais… il est où le bout ?
Et personne ne se sortira de cette question…  par une simple boutade !

Là-dessus, c’est l’heure des croquettes du chat. ça fait trois fois qu’il passe sur ce clavier et y écrit de la patte ce qu’il pense de tout ça. Mon chat est à bout ! J’y vais.

Libres d’être, par Thomas Scotto

Ce n’est pas un livre qui raconte, c’est un livre qui dit. Et qui dit très bien, et avec amour. C’est un livre qu’il faut lire aujourd’hui où l’on parle à tous vents de harcèlement sexuel. Il a été écrit avant cette polémique, par Thomas Scotto. Ce livre-là, – comme tous les autres, au fond, mais en plus explicite, il l’adresse à ses deux filles, qui vont quitter à la maison. Il l’écrit « au milieu des cartons ».
C’est une très belle image que l’on a, dès les premières lignes, de ce père tout de tendresse et d’inquiétude mêlées, qui voit, prêtes à s’envoler, ses deux filles et tout leur petit monde de filles entassé dans les cartons. 5 Décidément, je m’avise qu’il est très beau ce mot de  » carton » à la place de celui de  » valise « , parce qu’il fait si fragile, et puis, il évoque encore l’enfance, la maison en carton, le bateau en carton, tous ces faux voyages où les enfants invitent encore leurs parents   » viens voir, papa, viens voir maman ! Monte avec moi dans mon bateau, fais toc toc à ma maison  et je t’ouvrirai la porte, d’accord ?  » tous ces faux départs, ces voyages imaginaires, avant le vrai, le plus définitif, celui où l’on n’invite plus les parents, ou seulement à agiter leur mouchoir au bord du quai.
Thomas Scotto dit cela, avec une grande pudeur qui est très émouvante, mais il dit aussi ses craintes, il ose dire ce que les pères taisent en général : – je crains pour vous, parce que vous êtes des filles, mes filles, et qu’il y a encore tant d’hommes qui veulent profiter de leur force et de leur puissance pour asservir les femmes… Vous a-t-on suffisamment armées, nous, vos parents, qui vous avons éduquées avec douceur, compréhension, sans jamais vous laisser entrevoir que vous ne pourriez faire très exactement tout ce que font les garçons ?
Petit rappel de l’histoire des femmes qui se sont libérées, les audacieuses, celles que les filles de maintenant peuvent mettre à l’avant garde, en première ligne, ces figures tutélaires, cette armée des ombres féminines qui fendent l’air du temps, brillantes et vaillantes et encouragent chacune à devenir  » libre d’être ». ( récit de Cathy Ytack )
Et alors, Thomas, le père intranquille, s’apaise : parce que oui, les filles, il en connaît aussi des hommes qui se comportent en homme et pas en mâle, brutal. Des hommes qui leur seront de bons compagnons sur les chemins imprévus de la vie. Et le sourire, radieux, de ses filles sur le départ le lui dit aussi bien : – Aie confiance en nous, papa, comme nous avons confiance, nous, en notre corps, en notre esprit, tous deux pleins de cette vie que vous nous avez donnée, nous sommes fortes de tout ce que vous nous avez donné !

Quel parent n’a pas vécu cela, intimement, à l’âge de ces séparations tout autant désirées que redoutées ?
 » Libres d’être » est un récit très poétique, une incantation, une vision : lisez ce père au bord du rire, au bord des larmes, au bord de cette autre vie qui s’annonce, pour ses filles toutes de désirs vêtues, cherchant ce qu’il faut retenir, ce qu’il faut laisser partir, et finalement, ébloui d’amour, au milieu de la fragilité des cartons.

( paru aux Editions Pourquoi pas ? )

Apprenons – leur à lire, écrire,et conter

Non, cher monsieur le ministre, chers lecteurs, chers amis auteurs, non, je n’ai fait ni faute ni erreur. ( j’ai par chance, hérité de cette « orthographe naturelle » ainsi nommée pour signifier que celui qui écrit n’a point à se fatiguer avec la grammaire, les mots s’alignent dociles comme petits moutons devant le berger. )  J’ai donc bien écrit :  « apprenons- leur à lire, écrire, et conter !  »
Parce que, si je peux me permettre, chers tous,   » compter » avec un m et un p, je ne suis pas sûre que ce soit une si bonne idée.
( De prime abord, déjà, le mot est fourbe, avec ce «  m » et ce « p » qui sont là cachés, et ne s’entendent pas ! Deux lettres de décoration ! On voit bien comme le mot est prétentieux, non ?)
Compter, c’est calculer, et agir par calcul est vite catalogué : esprit calculateur, intéressé, et insincère ! Je ne crois pas que ce soit là cadeau à faire à un enfant. Je ne parle même pas du calcul rénal, dont celui qui en est victime vous dira comme c’est horriblement douloureux.
Compter, avec un et un p, faire ses comptes,  c’est vite compter les points, les voix, les suffrages, comparer, vouloir être le meilleur, dominer. Or, des maîtres, il n’y a que dans les écoles qu’on en manque. Ailleurs, il y en a pléthore, tous spécialistes en quelque chose, prêts à le vendre, à se vendre, et leur âme avec.
Paradoxalement, le compte n’est bon, avec un et un p, que quand on le rend. Quand on se rend compte, qu’enfin on a les yeux qui se dessillent, et qu’on comprend.( Ne me demandez pas qui nous l’avait donné, ce compte, ni à qui il faut le rendre, mais il suffit de savoir qu’alors, les bons comptes faisant les bons amis, c’est ainsi que toute guerre finit. )
Il y en a bien pour prétendre que le mieux est de n’avoir de comptes à rendre à personne. Certes ! Mais il faut en avoir les moyens ! Et il me semble hasardeux d’enseigner aux enfants qu’ils n’auront, sachant compter et devenus grands, plus de comptes à rendre à quiconque. Hasardeux et quelque peu fallacieux. Voire, un tantinet  immoral.
A ce compte- là, mon capitaine, me direz-vous, on n’est plus sûrs de rien. Ne comptez pas sur moi pour affirmer le contraire !
Conclusion ? Le comptant n’est jamais content !
Et, en ce qui concerne  » compter » avec un et un p, je pense que le mieux, pour les enfants, est qu’on le leur enseigne avec la plus grande modération ! Et je propose qu’on ne dépasse pas le stade de compter sur ses doigts. Il n’y en a que dix. ça n’ira pas trop loin. ça limitera les dégâts. Et ce ne sera pas si difficile que ça. La plupart des enfants ont dix doigts, s’ils se sortent celui qu’ils se sont mis dans la bouche ou le nez.

Alors que  » conter  » ! cher monsieur le ministre et chers tous ! Sans m, sans p, sans fourberie, sans prétention ! C’est frais, c’est tendre, c’est bucolique ! Et qui dit bucolique, dit naturel, bio ! comme il est bon de dire maintenant ! Car c’est « conter fleurette  » ! C’est  » Si Peau d’Âne m’était conté, j’y prendrais plaisir extrême  » comme l’écrivait ce monsieur La Fontaine qui en contes et plaisirs s’y connaissait ! Et quoi de plus joli que de conter fleurette et propos galants à la belle étoile et à la belle dont notre coeur est épris ? Et cela est beaucoup plus difficile à apprendre que compter avec ces diables de et de qui déjà à la base ne s’entendent pas !
Conter, ce n’est pas énumérer, calculer, chiffrer ! C’est dire avec le coeur, c’est peindre, c’est faire rêver !  C’est abolir le temps ! C’est conter des sornettes et autres très anciennes calembredaines et billevesées !
C’est magique !
C’est retrouver grand-mère à la veillée au coin de l’antique cheminée alors qu’on vient de la déposer comme un encombrant en maison de retraite !
C’est aussi, je vous l’accorde, quelque peu aventureux parfois. C’est dire qu’on peut se passer de GPS et aller se perdre au fond des bois, dormir 100 ans sans anesthésie ni payer impôts et loyers, se réveiller belle sans chirurgie esthétique, creuser la terre comme un fou et n’y trouver ni or, ni gaz ni pétrole, ni rien du tout…
C’est se servir de ses dix doigts pour agiter des marionnettes qui n’obéiront pas.
C’est aussi trouver des clés qui ouvriront des portes interdites….

Mais qui va bien pouvoir leur apprendre à bien conter sans compter, aux enfants ? Qui, monsieur le ministre et chers tous ?
Nous ! Les écrivains pour enfants. Nous qui faisons cela, depuis 20, 30 ans, dans les écoles où nous leur rendons visite, dans les bibliothèques qui nous prêtent leurs coussins et leurs gros poufs en mousse pour poser nos fesses de conteurs, nous qui avons la chance d’être qui nous sommes et de faire, sans prétention, sans même mesurer notre chance, parfois, le plus beau métier du monde.
Être à la hauteur, pour un auteur-jeunesse, ce n’est pas monter sur une estrade, un piédestal, c’est se pencher vers les enfants afin de perdre les 60 centimètres qui nous séparent de leur visage souriant, rêveur, sérieux, et leur apprendre à conter … sans s’en laisser conter par de faux raconteurs !

 

 

Grand Ami

 

 

Quels conseils d’écriture autour de ce  » Grand Ami » paru en septembre 2017 dans la collection Petite Poche de Thierry Magnier.

– parler d’un  » Grand Ami « . Quelqu’un que l’enfant considère comme un ami même s’il est beaucoup plus grand que lui. Comment ce sentiment d’amitié est-il né, à quelle occasion ? Que lui apporte cette amitié-là ? Y a-t-il eu parfois des moments plus difficiles à vivre cette amitié ? pourquoi ?

Imaginer qu’on a fait naufrage, qu’on est sur une île, qu’un animal sauvage va vous tenir compagnie. Décrire l’apprivoisement. Le rapprochement des sens  : ce que l’animal aide à sentir, à goûter, à voir, à entendre… à ressentir. Ce que l’enfant doit oublier pour mieux survivre.  Et puis imaginer, à la fin, quel cadeau extraordinaire laissera chacun à son ami afin qu’il ne l’oublie jamais.

Faire un haïku sur ce qu’est un ami. Avec une belle image tirée de la nature. Lire des Haïkus pour comprendre ce que c’est et à quoi cela sert.
Sinon, écrire un quatrain, avec des rimes ( se servir, par commodité, d’un dictionnaire de rimes )

Parler des différentes richesses, les recenser : richesse matérielles, richesses de la nature, richesse des sentiments.
On peut écrire une petite histoire sur ce thème, l’aborder par le conte du roi Midas, ou  » le pauvre et le riche  » ou les tallers étoiles « de Grimm etc… » le crapaud » d’Andersen,et  » Les Fées  » de Charles Perrault…

L’ours d’Orage : écrire un petit texte où l’orage est personnifié en gros ours qui gronde de colère : imaginer pourquoi il s’est fâché, et ce qui le calmera….

et que nous dit Arthur, 10 ans, de ce texte si on lui demande le passage qu’il préfère ?
Ceci :

 

Arthur

 

merci Arthur, de donner toute sa place à un si petit mot, mais porteur de plein d’espoir !
J’encourage ici, chaque lecteur, à entreprendre toute une litanie de phrases commençant par ce bel adverbe chargé de possibilités infinies.

 

Que faire à partir de  » Si je résume » récit autobiographique.

parler du journal intime. Qui en tient, ou en a tenu un ? Quelqu’un a-t-il envie d’en lire un passage ( peu compromettant ) De quoi y parlez-vous , en général  ?

On peut tenir, en classe, sur un mois, et sur ordi,  une sorte de journal de classe, où l’on y consigne les faits, ( ce qui se passe, en classe, hors de la classe, en ville et dont on parle, dans les actualités etc… et en mais aussi les ressentis des uns et des autres face à tout cela. Chaque jour, un élève tient une page de ce journal, et peut l’agrémenter de photos, petits films, etc… ca fait une oeuvre commune à la fin.

Bien sûr, on peut, on doit ! étudier au moins des extraits du Journal d’Anne Franck. Et, ou, pour les plus jeunes, deux livres que j’ai écrits :  » La grande peur sous les étoiles  » ( chez Syros) et « Le bébé tombé du train  » chez Oskar éditions. Et puis, si vous le retrouvez sur internet, il y a aussi  » Miriam ou les voix perdues  » chez Syros.

Chacune des anecdotes que je raconte dans  » Si je résume » est conclue par une sorte de pensée, d’aphorisme ( faire chercher l’explication de ce mot dans le dictionnaire) Alors chaque élève peut raconter ainsi une anecdote significative et la conclure, lui aussi, par une petite sentence philosophique qui résume ce que l’on peut tirer de cette aventure.
Ou bien on fait lire un texte dans le livre de français, et on demande de la conclure par un bel aphorisme.

On peut aussi faire lire n’importe quel livre et en faire un  » Si je résume » d’une page ou deux, chacun résumant à sa manière, ce qui permet de se rendre compte que chaque lecture aura été différente, et que personne n’aura sans doute la même échelle de valeur, les uns trouvant tel événement raconté plus important que le reste, et d’autres attachant plus d’importance à un passage passé inaperçu ou anodin par les autres.

On peut encore  » dater  » mon livre, dire tout ce qui a changé, pour les filles, pour les garçons, pour tout le monde. En profiter pour dire tout ce qu’on aimerait qui change encore…

on peut raconter une humiliation subie, soit par un enseignant, ou un membre de la famille, soit par un autre élève, cette secrète violence.

On peut enfin parler d’un livre où le personnage principal nous est apparu comme une sorte de double possible, ou de soeur, ou frère d’âme.

Purement stylistique : Définir ce qui est familier, ce qui indique l’époque, le milieu d’origine. Le style parlé, le style littéraire. Ce qui est de l’ordre du subjectif, de l’affectif, et de l’objectif, du social..
Deux sortes d’écriture : écrire quelque chose comme on nous le demande en classe, et puis l’écrire comme on aurait envie de le dire, si on n’était pas en classe : le dire à un adulte, le dire à un copain, le dire à un tout petit, le dire à un écrivain, à une star, à. son animal favori, à… Parler de soi de façon personnelle, et ensuite impersonnelle……

REPARER LES DEGATS

J’étais, dernièrement, dans une petite ville de province, comme il est d’usage d’appeler ces bourgs encore un peu hors du temps parisien, dont les magasins sont tous en centre ville, ferment entre 12h30 et 15h, et puis à 19h pile, et dont la poste n’est ouverte que le matin. Et où le téléphone et la télé passent quand ils veulent et comme il veulent.
J’avais quelques courses à faire pour le déjeuner, rien de transcendant, je ne suis pas fine cuisinière, un poulet frites, pour moi, c’est parfait. Mais je devais préparer pour toute la famille, et donc, fonçais tête baissée au petit supermarché pour remplir la poussette à provisions. Affalé devant la large vitrine, au soleil, un pauvre type, jeune et bronzé, une canette à la main, flanqué d’un chien muselé, genre malinois, faisait la manche, une petite écuelle posée devant lui, pour les sous, une autre posée devant le chien, pour l’eau.( mais il n’était sans doute pas interdit de faire le contraire, de mettre le maître à l’eau, ce qui ne lui aurait pas fait de mal, et de filer des sous au chien s’il nous inspirait plus de pitié que le maître ! )
– Bonjour ! me fit l’homme. ( il avait de beaux yeux bleus,  » un regard d’ange !  » aurait dit maman qui toujours crut aux anges et à leur mystérieuse intervention dans la couleur de certains yeux …)
– Bonjour ! répondis-je.
C’était succinct, ça ne l’engageait ni lui, ni moi ; à cette heure-là, je n’avais pas trop le temps de philosopher, et ça me suffisait comme échange. J’entrai dans le Supermarché, filai entre les rayons peu garnis ce qui facilite grandement les courses, et, ayant payé sans douleur excessive en enfilant ma carte bleue à l’avaleuse qui me la rendit aimablement, je ressortis, prête à cavaler sur le kilomètre qui me séparait de ma cuisine de combat.

Ce faisant, l’esprit déjà occupé par la préparation du déjeuner, me disant : – bon, reste plus que le pain à prendre en passant, j’ai la monnaie ! je butai, en sortant, dans l’écuelle du pauvre type toujours adossé à la vitrine chauffée à blanc par le soleil de midi. Et, butant, je fis voler les quelques malheureuses pièces qui se trouvaient dans la sébile improvisée.
 » Et merde !  » pensai-je, mais sans le dire, évidemment, cette fois, bien obligée, moralement, de m’arrêter. Et au lieu de dire ces 5 lettres-là qui étaient bien le fond de ma pensée, je murmurai : – pardon ! ce qu’il convient de dire quand on a été bien élevé. Il y avait 5 minutes, le pauvre type n’avait déjà pas grand chose, et maintenant, à cause de cette pointure 40 qui navrait déjà ma grand-mère, ma godasse ayant envoyé valdinguer son maigre pécule, il n’avait plus rien du tout. Il ne pourrait rien s’acheter pour son déjeuner, plus qu’à boire l’eau de son chien !
Je stabilisais ma poussette trop chargée, m’accroupis, rampai quelque peu, à la recherche des pièces qui s’étaient barrées vite fait, de ci de là,  dans le caniveau,  n’importe où. Lui me regardait faire sans bouger le petit doigt, alors qu’il était déjà par terre, et qu’il était loin d’avoir mon âge, mais bon, c’était de bonne guerre. Je remis dans l’écuelle ce que j’avais retrouvé, et puis, évidemment, je me dis que peut-être, il en manquait, alors je pris mon porte-monnaie et y mis 2€, et puis, la culpabilité ne s’étant pas complètement éteinte, j’en rajoutai, je vidais toute ma petite monnaie.  ( c’est ça l’inconvénient de l’éducation catholique reçue dans l’enfance, ça vous colle à la peau, même 60 ans plus tard. Vous avez oublié toute l’histoire de France et comment on fait une preuve par 9, mais pas  » Aime ton prochain comme toi-même » et même si vous ne vous êtes jamais vraiment beaucoup aimé, vous tâchez de l’aimer mieux que vous-même ! )
Il me sourit, l’air d’un brave type, finalement, je lui souris en retour, voilà, c’était fait, j’avais réparé, il était content, moi aussi, il faisait beau, tout allait bien.
A ce moment-là il me dit : – Merci ! ça va m’aider à me rendre au tribunal.
– Ah bon ? je dis, la main sur la poignée de mon caddy.
– Ouais, il fait. Demain, faut que je prenne le train pour aller au tribunal. Ils m’ont convoqué.
– Ah ! je fais, hésitante, toujours à l’arrêt, le beurre fondant dans le caddy.
– Vous voulez savoir pourquoi ?
Je n’avais pas vraiment envie, mais bon, ce n’est pas non plus quelque chose qu’on dit à un malheureux dont vous avez fichu en l’air le maigre pécule et qui veut vous ouvrir son coeur…
– je suis convoqué pour avoir cassé la gueule à un homo !
Là, je reste pantoise, consternée. Et lui, sourire complice aux lèvres, ses grands yeux bleus si clairs, comptant visiblement sur ma compréhension, voire sur un renchérissement !
– Y vont quand même pas me condamner pour avoir cassé la gueule à un pédé, hein ?

Je réalise que je viens de me mettre en quatre, et de ramper à quatre pattes, devant un démolisseur d’homos- entre autres… Et que je lui ai filé mes sous, en plus ! Et qu’il me prend pour une complice !
– Sale con ! je pense. Mais je ne le dis pas, toujours cette satanée bonne éducation, etc etc…

Je fais quelques pas, faut que je dégage de là, ça pue. Et puis, non, merde alors ! Je plante la charrette, retourne vers le pauvre type au regard d’ange, et reflanque un coup de ma tatane pointure 40 dans son écuelle. Je n’épargne que le chien qui n’est pour rien dans tout ça, qui n’a mérité ni ce maître ni d’aller s’user la langue à lécher l’eau sur le trottoir.
Je ne regarde pas la tête du pauvre type, qui doit être sidéré. Je ne regarde pas non plus si on m’a vue faire ça, si on s’indigne derrière moi, si une caméra de surveillance a enregistré mon geste non citoyen ! Je rentre.Tant pis pour le pain, plus de monnaie, on s’en passera. Et je parie que le beurre est complètement fondu. Et puis le fromage, je le sens d’ici ! Faut mettre tout ça au frigo, vite fait.

Réparer les dégâts.
Enfin, ce qui est réparable…

rencontres

j’étais sur les ondes de France Inter, mercredi 27 septembre, dans l’émission  » L’Instant M  » de Sonia Devillers, en l’honneur des 40 ans de J’Aime Lire à Bayard Presse.

le lien vidéo :
https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-27-septembre-2017

https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/15ec2f16b3d99d76?projector=1

 

Je serai le 2 octobre a/m à la BNF ( la Grande Bibliothèque ) ) Paris pour les Assises de la Littérature jeunesse. A partir de 15h45.

Je suis au  « le grand témoin ! « invité au colloque Lire et Faire Lire à la BNF ( Paris) le 13 octobre après-midi

Je serai au Salon jeunesse de Montreuil les 30/11, 3/12.

GRAND AMI

 » Grand ami » est mon dernier titre en petite poche, chez Thierry Magnier. Dans cette collection, j’ai déjà publié de nombreux titres, dont deux sont encore disponibles :  » Un anniversaire camion » et  » Fourmidable  » en lice pour le prix des Incorruptibles cette année.
Comment définir  » Grand ami  » ? Un conte ? Une parabole ? Une fable ?
C’est l’histoire de la rencontre de deux êtres vivants, un ours et un enfant, des quelques années qu’il auront vécu ensemble sur l’île, comme Robinson et Vendredi. Histoire d’amitié, de temps qui passe, de grandissement. Ils apprendront l’essentiel l’un de l’autre tout au fil du récit et de la vie.
J’ai voulu ce récit très simple, lumineux, grand ouvert et intime à la fois. Et drôle aussi, parce que cette montagne poilue qu’est l’ours pour l’enfant ne manque  ni de tendresse ni d’humour.

S’il reste une place, minuscule, sur l’étagère – bibliothèque de vos enfants, entre Saint Ex. et La Fontaine, glissez -y  ce tout petit volume de  » Grand Ami »…

 

SI JE RESUME

En compagnie de mes tourterelles, dans la volière construite par mon père.

 » Si je résume  » est mon livre de rentrée et  vient de sortir en librairie ( septembre 2017) publié par les éditions Magnard avec lesquelles j’ai déjà réalisé  » Géant » qui a connu un vif succès d’édition.
 » Si je résume » n’a rien à  voir avec  » Géant ». C’est un récit totalement autobiographique, une sorte de chemin de vie qui se déroule sur une centaine de pages, avec à chaque « station » une petite phrase qui commence par un leitmotiv  » c’est comme ça que… » délivrant ce que l’expérience racontée m’a appris. L’école de la vie.
C’est évidemment un texte auquel j’attache grande importance, fruit du temps écoulé, du silence après les tumultes de la vie.
J’espère qu’il sera amplement partagé. En tout cas, il est d’une absolue sincérité.

Je l’ai tiré des 1500 pages ! de mon journal intime rédigé au cours de mon adolescence, tâchant d’en tirer   » la substantifique moëlle » selon l’expression consacrée.
Par ailleurs, modernité oblige ! je l’ai enregistré, et il peut donc être téléchargé et on peut l’entendre dit par l’auteur sur ordi ou smartphone. Ce n’est pas la voix du Seigneur, seulement celle de l’auteur, qu’on espère moins impénétrable !

20171122_183027

Ci-joint : Commentaire du site de Ricochet ci-joint : https://www.ricochet-jeunes.org/livres/si-je-resume

autre commentaire : http://www.dlivre.com/jeunesse/fiction-jeunesse/romans/jo-hoestlandt-si-je-rasume-9782210963986-v.html

 

Tristesse de la terre par Eric Vuillard

wikipedia/commons/thumb/7/78/Zitkala-Sa.jpg/345px-Zitkala-Sa.jpg

Je me sens intimidée à écrire quelques lignes sur ce livre-là, lu à la fin de mon été. Je l’avais choisi sur une impulsion, à cause du titre, simple et beau, et de la photo de couverture, portrait- profile en noir et blanc, d’une jeune indienne, la main en visière au-dessus d’un regard noir qui fixe le lointain, comme ces indiens de nos films regardant, impassibles, débouler le régiment américain avant l’attaque.  Ce livre est le récit de ce que fut le premier spectacle de la démesure : le West Wild Show, imaginé par Bill Cody, qui ne serait jamais passé à la postérité s’il n’avait pas été rebaptisé ( par des copains, employés du chemin de fer ! par celui de Buffalo Bill)   Ce show mettait en scène la reconstitution, pleine d’action, de bruit et de fureur, de l’aventure des pionniers, la conquête de l’Ouest, les grandes batailles contre les Indiens, le massacre de Wounded Knee. Et la grande idée de Buffalo Bill, ce fut d’engager de vrais Indiens pour ce spectacle, qui joueraient leur propre rôle, mais déguisés, et dans des d’immenses décors de carton pâte. Ils crieraient Wou Wou Wou comme doivent le faire les Indiens pour qu’on soit sûrs que ce soient bien l’heure de l’attaque ( ce que ne faisaient jamais, en vrai, les guerriers indiens pour attaquer.. ) galoperaient, chuteraient, tireraient etc… Il fallait que les spectateurs, éberlués, se sentent au centre de l’épopée ! Les affaires étant les affaires, on alla jusqu’à recruter Sitting Bull, lui-même, (le vainqueur de Little Big Horn qui par ailleurs négocia très bien sa prestation ! ) et celui-ci subit, impassible, les huées, les sifflements du public, les injures que la foule, déchaînée, réserve toujours, dans l’Histoire comme dans les histoires, aux méchants et aux traîtres.

ce qui fascine, dans ce récit, c’est que l’auteur nous raconte avec une grande précision qui rend très exact tout cela, qui est faux : Buffalo Bill n’a jamais été un héros, c’est un bateleur qui a du pif, rien de ce qui est joué ne s’est évidemment passé comme ça, on fait voir et entendre ce qui peut flatter le patriotisme du public, et les Indiens jouant les Indiens, dans des panoplies d’Indiens, ne sont forcément plus vraiment des Indiens…  (Un court chapitre, d’ailleurs, revient sur la photographie de la jeune indienne, si belle, en couverture, dont l’image m’a fait tendre la main vers le livre, irrésistiblement. Elle avait été un petit bébé retrouvé à Wounded Knee, une des très rares rescapés, ACHETEE, NEGOCIEE, adoptée par un comparse de Buffalo Bill, sans doute dans l’idée que cela ferait un beau coup de publicité pour le spectacle. Elle fut baptisée Marguerite, fille adoptive dont la mère raconta la vie dans la presse. Et c’est donc sur ce portrait de Marguerite déguisée en indienne, et qui mourra, pauvre, prostituée, quinteuse, que j’ai pris ce livre.
Et je me dis alors que de tout ce faux, naît, par la magie du récit, de l’écriture, une autre vérité. Comme au théâtre, sans doute. Par ce que cette histoire, fascinante, nous inspire  de fascination, de malaise, de tristesse.
Tristesse de la terre ? Et des corps qui se traînent et qui tombent, et des coeurs faillibles, et des mains qui voulaient caresser mais frappent, et des yeux que l’on se crève tout seuls, tristesse de la beauté, trompeuse, des batailles gagnées tout autant que des batailles perdues,  de la réalité mordue, dévorée par le mensonge, tristesse de nos rêves évanouis, tristesse du temps qui passe, des étés forcément finissants, de l’hiver, ultime illusion qui fait tout disparaître sous un extraordinaire manteau blanc qui fondra, inexorablement.
S’apercevoir que la beauté, parfois, souvent, toujours ? est constituée de millions de larmes. Et sans doute qu’une larme, elle-même, est constituée de millions d’autres gouttes infimes.

Comme le flocon ( au dernier chapitre de ce récit à la fois universel, et intime)

09/11/2017

Rajouté, donc : Drôlement contente, même si je n’y suis pour rien du tout évidemment, qu‘Eric Vuillard ait remporté le prix Goncourt 2017, tellement cet écrivain a une vraie force d’écriture, sait faire voir la lumière dans l’ombre et le contraire, partager sa voix, son savoir, nous permettre de nous baigner, d’aller boire à sa source.
Et puis parfois, comme je suis un peu midinette, je pense que tous ces yeux qui se posent sur ce qui a été écrit, le font briller d’une autre lumière, et c’est comme ça qu’à la fin, revêtu de cette lumière-là, il est distingué des autres. Non tant grâce au talent de l’auteur, donc, qu’au chaleureux regard des lecteurs.
Accorder un prix à un livre, c’est comme le poser sur un cheval, pour qu’il galope, ou le donner à un oiseau, pour qu’il s’en aille voler très haut. 
Et puis, pour l’auteur, c’est lui dire qu’on l’aime, et tout ce qu’il a en tête, dans le coeur, dans le corps, et qu’il sait si bien partager avec les plus nombreux, et que de cela, on est heureux et on l’en remercie, infiniment…