J’aimais pas la récré !

C’est un livre écrit par Erik Poulet-Reney, et paru aux éditions Oskar, dans la collection poche « C’est ma vie ! » ce qui en annonce la couleur.
Il va en effet s’agir de la vie – ou plutôt de la survie – de Samuel, écolier des années 70 dans une école
mixte de village. Les garçons le devinent plus fragile qu’eux, lui empoisonnent l’existence, le brutalisent, le rejettent. C’est seulement au coeur du petit cimetière et des enfants morts – nés, devenus des anges, que Samuel éprouve un sentiment de paix, de réconfort. Les petits morts ne lui demandent pas d’être ceci ou cela, ne le jugent pas. Peut-être, d’une certaine façon, l’enfant dont le coeur meurt à petit feu sous les
coups et blessures infligées par ses contemporains, se sent-il souvent plus près des morts que des vivants.
Erik P. Reney raconte l’enfer subi.
Les vexations, les insultes, les attaques en règle, les pauvres tentatives de Samuel pour désamorcer ces bombes de haine dont les éclats le déchirent, et surtout, cette interrogation toujours sans réponse : – pourquoi ? Pourquoi cette haine-là contre moi qui ne ferait pas de mal à une mouche ? Quel atroce anomalie est-ce que je porte, en moi, invisible pour moi mais évidente à tous les autres garçons ? Est-ce dans mes vêtements ? Dans ma voix ? dans mon regard ?
Il sait qu’il n’est pas un garçon comme les autres. Même s’il s’entraîne comme un sportif de haut niveau pour le devenir, espérant, qu’un jour, à force de volonté – ou d’être devenu champion dans l’art de la dissimulation – rien ne le distinguera plus vraiment des autres.
C’est ce qu’il croit, ô joie, à ses premiers mois de collège, nouvel élève parmi tous les nouveaux. Mais ça ne dure pas. A nouveau, il est mis à l’écart – et même par le prof de sport, qui le maltraite.
Heureusement, au collège, il y a une fille, Elsa, ostracisée elle aussi, toute recroquevillée sur elle-même.
Une petite fille placée chez deux vieilles personnes, en famille d’accueil. Ils continuent de se faire insulter, mais à deux ! « Frère et soeur de souffrance. » Est-ce ainsi moins douloureux ainsi ? Non, pas vraiment, les souffrances ne se partagent pas mais plutôt s’ajoutent…
Jusqu’au jour où tout va sortir ! Dans une rédaction, d’abord, puis dans un cahier où Samuel va tout dire, dénoncer la maltraitance, la malfaisance, les brimades et vexations subies, tous les  » papillons noirs » qu’il tente d’oublier en dansant seul devant son miroir…
Les mots sont entrés dans sa vie, eux, espère-t-il, ne le trahiront pas, et peut-être même, s’il se laisse porter par eux comme par une longue, immense vague, surfera-t-il, heureux, délivré du poids de la méchanceté des autres et de l’indifférence du monde.
Mais après une énième attaque, celle de trop, malgré le secours de la confession dans le cahier, Samuel, à bout de force, s’enfuit. Vidé.
Avez-vous remarqué que toujours, quand on prend la fuite, à un moment, inévitablement, on « tombe » sur l’eau ? Un puits, une mare, une rivière, un fleuve, la mer… Quelque chose de liquide et de profond, qui coule sans fin, comme les larmes qui viennent du fond du coeur et des yeux…
Samuel longe le fleuve…

Cette histoire, on sent qu’Erik P. Reney l’a longtemps portée en lui avant de la lâcher, comme l’enfant qui l’a vécue aurait lancé une bouteille à la mer. L’auteur ne demande plus secours pour l’enfant Samuel, c’est trop tard ; mais grâce à son récit, sans doute décidé d’un coup, écrit dans l’urgence, comme en apnée – il semble parfois que les mots se bousculent pour sortir comme les enfants prisonniers toute la journée se bousculent à la grille de sortie – la bouteille devient une arche de Noë où embarquer tous les enfants maltraités, à la récré, ailleurs et partout ; tous les enfants humiliés d’aujourd’hui et toujours à sauver.

Ce à quoi s’emploie généreusement l’écrivain d’aujourd’hui.




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