NOS CORRESPONDANCES

Nos correspondances

1ère partie

texte rédigé pour les Incorruptibles.

 

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Il y eut un auteur, autrefois, au XIXème siècle, un poète nommé Baudelaire qui fit du mot «  Correspondances » le point de départ d’une réflexion à la fois très simple et très compliquée.
Il écrivit un poème pour essayer de nous dire ce qu’il supposait, ce qu’il croyait : la vie, le monde, ont leurs secrets, semblent exister sans nous. Mais, avec leur propre alphabet qui n’est pas le nôtre,  la vie, le monde, nous font parfois des signes, des signaux, pour nous dire ce qu’ils sont, les secrets qu’ils détiennent. Nous devons donc être attentifs, vigilants, pour les découvrir, ces signaux.  Les comprendre nous rapprochera des mystères du monde et de la vie.
Ainsi, c’est un très beau mot que celui de «  Correspondance ». A chaque chose, correspond autre chose, qui est un signe : ce que l’on ressent, un peu comme chaque chose, chaque être a son ombre, comme chaque voix possède son écho. Et donc au monde réel, que l’on voit, où l’on vit, que l’on croit parfois   (quel orgueil ! ) posséder, correspond un autre monde, en écho, composé de nos sensations, de nos pensées, de nos rêves, tout aussi réel que le sont l’ombre ou l’écho, mais moins directement visible.
Quand je correspond avec quelqu’un, ce que je fais des dizaines, une centaine, de fois par an, c’est ce que je tente de faire. Je ne le connais pas, je ne vous connais pas, mais dans la correspondance que je vais tenir avec vous, dans l’ombre et la distance qui nous séparent, je vais joindre ma voix à la vôtre, en écho. Essayer de voir, de comprendre, d’imaginer, de rêver, ce qui se cache dans ce que vous me dîtes, dans les mots et entre les lignes que vous m’envoyez. Jouer avec, les manipuler, leur faire cracher le morceau, les étaler au rouleau pâtissier, ou les réduire comme les têtes des indiens Jivaros, ne pas me fier à leur logique apparente, les pousser un peu, les déstabiliser, les déménager.
Les «  écouter ».
Car ils ne sont pas seulement des mots qui ont un sens, mais en même temps, ils possèdent un son, une musique, sur laquelle on peut travailler, qui nous «  impressionne » au sens de l’appareil photo, qui «  s’imprime » en nous.
C’est cela, écrire, pour un écrivain. Et c’est cela que je veux faire passer dans mes correspondances avec vous, les enfants. Vous m’écrivez que vous habitez Hunawihr, et moi je m’écrie : – ohé !  ceux Du Navire ! Comment allez- vous joyeux matelots ? Dans quoi vous êtes-vous embarqués et pour quelle mystérieuse aventure ?
Vous riez ! Vous me dîtes que je suis folle ! que vous habitez près de la ligne bleue des Vosges et que c’est le pays des cigognes !
Et alors je me demande, je vous demande qui sont ces six gognes posées sur la ligne bleue comme six lettres sur la ligne bleue d’un cahier… etc… etc…
Et sans que l’on ait vu aucune frontière, on passe d’un pays à l’autre : celui de votre courrier à celui de la poésie.
Car, je vous le dis, il n’y a pas de frontière, dieu merci, entre les mots, entre les sons, ce qui est écrit se fiche bien des catégories ! Et les mots sont, sous leur forme réduite de mots, d’une force, d’une puissance infinies. Et nous leur devons, dans notre forme réduite de corps, notre part d’infini.
Chaque mot est tout un monde.
Un autre univers.
Non. LE MEME UNIVERS. ( Mais c’est un secret.)

Il faut que je rajoute cela : pendant que nous correspondions, joyeusement et avec légèreté, je vivais moi quelques chagrins, profonds. Et la légèreté de vos, de nos courriers, me servait de baume bienfaisant, apaisant. Vos gentils mots d’affection, de reconnaissance, c’étaient de légères caresses sur mon front.
Et c’est là une leçon d’écriture que chacun peut éprouver : Il n’y a nul besoin d’être très joyeux pour écrire de joyeuses choses, ni d’être triste pour en écrire de désastreuses. C’est étrange, sans doute, mais pas plus qu’à la lumière correspond l’ombre, à chaque corps son reflet, à la voix son écho, et entre les deux, assez d’espace ( qui n’est pas le vide ! ) pour créer, de mille façons, tous les liens que l’on veut.
Assez d’espace pour jouer, pour nager, pour voler, pour se faire voir ou se cacher.

Une belle correspondance, alors, c’est celle qui nous fait du bien, nous inspire, nous rapproche, sans jamais rien perdre de son  mystère.

2ème partie

 

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Une belle, une merveilleuse, une montagne de correspondance m’est parvenue pour mes 70 ans. C’était ce que j’avais demandé comme cadeau d’anniversaire, et c’est bien ce que j’ai eu. Je ne cesse, depuis, de me féliciter d’avoir pris cette initiative, car me sont parvenus plus de 80 lettres et dessins, drôles, émouvants, fantaisistes, magnifiques, pleins d’amour, d’amitié, de souvenirs, de vie, de sourires, de rires, de larmes, de roses, de fleurs des champs, de vacances, d’herbes folles, d’ombre, de lumière, d’étoiles, de nuages, de terrasse de café au soleil, de petits coeurs, d’oiseaux du malheur et d’oiseaux du bonheur, de blessures, d’épines, de vagues, d’écume, de baisers, de coccinelles, de ciels de toutes les couleurs, de signes, d’histoires, de secrets, d’aveux, de déchirement, d’engagements, de promesses, de compliments qui font un peu rougir… Une lettre comme un puits…
deux ordonnances…
En silence, un silence que rien ne pouvait déranger, des heures durant, j’ai tout lu, lettre après lettre, chacune représentant un visage, un corps, une vie qui a croisé la mienne, parfois, souvent, certaines m’accompagnant au fil de dizaines d’années…
Quelle belle émotion que tous ces amis rassemblés là autour de moi, non en chair et en os, mais en mots dits, leur souffle perçu dans chaque blanc entre les mots, les lignes de mots comme ces fils où se perchent, se rassemblent les oiseaux qui vont voler vers les pays chauds, mon coeur battant à chaque ouverture d’enveloppe, car je sais que chaque lettre contiendra un trésor, des mots pour moi, bien choisis.
Alors oui, comme je l’écrivais plus haut, la correspondance a aboli toutes les distances, j’ai ouvert chaque lettre comme on ouvre une porte quand on y est invité, et je suis entrée chez vous. Chaque mot écrit, je l’ai lu comme un signe de bienvenue, un signe de reconnaissance qui nous reliait. Vous m’attendiez, et j’étais bien là.
J’avais les mains vides, et de vos mots, vous les avez remplies.
Merci.

J’ai eu 70 ans, l’âge du soir qui vient et il brillait comme une aurore.

 

 

 

 

 

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