Apprenons – leur à lire, écrire,et conter

Non, cher monsieur le ministre, chers lecteurs, chers amis auteurs, non, je n’ai fait ni faute ni erreur. ( j’ai par chance, hérité de cette « orthographe naturelle » ainsi nommée pour signifier que celui qui écrit n’a point à se fatiguer avec la grammaire, les mots s’alignent dociles comme petits moutons devant le berger. )  J’ai donc bien écrit :  « apprenons- leur à lire, écrire, et conter !  »
Parce que, si je peux me permettre, chers tous,   » compter » avec un m et un p, je ne suis pas sûre que ce soit une si bonne idée.
( De prime abord, déjà, le mot est fourbe, avec ce «  m » et ce « p » qui sont là cachés, et ne s’entendent pas ! Deux lettres de décoration ! On voit bien comme le mot est prétentieux, non ?)
Compter, c’est calculer, et agir par calcul est vite catalogué : esprit calculateur, intéressé, et insincère ! Je ne crois pas que ce soit là cadeau à faire à un enfant. Je ne parle même pas du calcul rénal, dont celui qui en est victime vous dira comme c’est horriblement douloureux.
Compter, avec un et un p, faire ses comptes,  c’est vite compter les points, les voix, les suffrages, comparer, vouloir être le meilleur, dominer. Or, des maîtres, il n’y a que dans les écoles qu’on en manque. Ailleurs, il y en a pléthore, tous spécialistes en quelque chose, prêts à le vendre, à se vendre, et leur âme avec.
Paradoxalement, le compte n’est bon, avec un et un p, que quand on le rend. Quand on se rend compte, qu’enfin on a les yeux qui se dessillent, et qu’on comprend.( Ne me demandez pas qui nous l’avait donné, ce compte, ni à qui il faut le rendre, mais il suffit de savoir qu’alors, les bons comptes faisant les bons amis, c’est ainsi que toute guerre finit. )
Il y en a bien pour prétendre que le mieux est de n’avoir de comptes à rendre à personne. Certes ! Mais il faut en avoir les moyens ! Et il me semble hasardeux d’enseigner aux enfants qu’ils n’auront, sachant compter et devenus grands, plus de comptes à rendre à quiconque. Hasardeux et quelque peu fallacieux. Voire, un tantinet  immoral.
A ce compte- là, mon capitaine, me direz-vous, on n’est plus sûrs de rien. Ne comptez pas sur moi pour affirmer le contraire !
Conclusion ? Le comptant n’est jamais content !
Et, en ce qui concerne  » compter » avec un et un p, je pense que le mieux, pour les enfants, est qu’on le leur enseigne avec la plus grande modération ! Et je propose qu’on ne dépasse pas le stade de compter sur ses doigts. Il n’y en a que dix. ça n’ira pas trop loin. ça limitera les dégâts. Et ce ne sera pas si difficile que ça. La plupart des enfants ont dix doigts, s’ils se sortent celui qu’ils se sont mis dans la bouche ou le nez.

Alors que  » conter  » ! cher monsieur le ministre et chers tous ! Sans m, sans p, sans fourberie, sans prétention ! C’est frais, c’est tendre, c’est bucolique ! Et qui dit bucolique, dit naturel, bio ! comme il est bon de dire maintenant ! Car c’est « conter fleurette  » ! C’est  » Si Peau d’Âne m’était conté, j’y prendrais plaisir extrême  » comme l’écrivait ce monsieur La Fontaine qui en contes et plaisirs s’y connaissait ! Et quoi de plus joli que de conter fleurette et propos galants à la belle étoile et à la belle dont notre coeur est épris ? Et cela est beaucoup plus difficile à apprendre que compter avec ces diables de et de qui déjà à la base ne s’entendent pas !
Conter, ce n’est pas énumérer, calculer, chiffrer ! C’est dire avec le coeur, c’est peindre, c’est faire rêver !  C’est abolir le temps ! C’est conter des sornettes et autres très anciennes calembredaines et billevesées !
C’est magique !
C’est retrouver grand-mère à la veillée au coin de l’antique cheminée alors qu’on vient de la déposer comme un encombrant en maison de retraite !
C’est aussi, je vous l’accorde, quelque peu aventureux parfois. C’est dire qu’on peut se passer de GPS et aller se perdre au fond des bois, dormir 100 ans sans anesthésie ni payer impôts et loyers, se réveiller belle sans chirurgie esthétique, creuser la terre comme un fou et n’y trouver ni or, ni gaz ni pétrole, ni rien du tout…
C’est se servir de ses dix doigts pour agiter des marionnettes qui n’obéiront pas.
C’est aussi trouver des clés qui ouvriront des portes interdites….

Mais qui va bien pouvoir leur apprendre à bien conter sans compter, aux enfants ? Qui, monsieur le ministre et chers tous ?
Nous ! Les écrivains pour enfants. Nous qui faisons cela, depuis 20, 30 ans, dans les écoles où nous leur rendons visite, dans les bibliothèques qui nous prêtent leurs coussins et leurs gros poufs en mousse pour poser nos fesses de conteurs, nous qui avons la chance d’être qui nous sommes et de faire, sans prétention, sans même mesurer notre chance, parfois, le plus beau métier du monde.
Être à la hauteur, pour un auteur-jeunesse, ce n’est pas monter sur une estrade, un piédestal, c’est se pencher vers les enfants afin de perdre les 60 centimètres qui nous séparent de leur visage souriant, rêveur, sérieux, et leur apprendre à conter … sans s’en laisser conter par de faux raconteurs !

 

 

Grand Ami

 

 

Quels conseils d’écriture autour de ce  » Grand Ami » paru en septembre 2017 dans la collection Petite Poche de Thierry Magnier.

– parler d’un  » Grand Ami « . Quelqu’un que l’enfant considère comme un ami même s’il est beaucoup plus grand que lui. Comment ce sentiment d’amitié est-il né, à quelle occasion ? Que lui apporte cette amitié-là ? Y a-t-il eu parfois des moments plus difficiles à vivre cette amitié ? pourquoi ?

Imaginer qu’on a fait naufrage, qu’on est sur une île, qu’un animal sauvage va vous tenir compagnie. Décrire l’apprivoisement. Le rapprochement des sens  : ce que l’animal aide à sentir, à goûter, à voir, à entendre… à ressentir. Ce que l’enfant doit oublier pour mieux survivre.  Et puis imaginer, à la fin, quel cadeau extraordinaire laissera chacun à son ami afin qu’il ne l’oublie jamais.

Faire un haïku sur ce qu’est un ami. Avec une belle image tirée de la nature. Lire des Haïkus pour comprendre ce que c’est et à quoi cela sert.
Sinon, écrire un quatrain, avec des rimes ( se servir, par commodité, d’un dictionnaire de rimes )

Parler des différentes richesses, les recenser : richesse matérielles, richesses de la nature, richesse des sentiments.
On peut écrire une petite histoire sur ce thème, l’aborder par le conte du roi Midas, ou  » le pauvre et le riche  » ou les tallers étoiles « de Grimm etc… » le crapaud » d’Andersen,et  » Les Fées  » de Charles Perrault…

L’ours d’Orage : écrire un petit texte où l’orage est personnifié en gros ours qui gronde de colère : imaginer pourquoi il s’est fâché, et ce qui le calmera….

et que nous dit Arthur, 10 ans, de ce texte si on lui demande le passage qu’il préfère ?
Ceci :

 

Arthur

 

merci Arthur, de donner toute sa place à un si petit mot, mais porteur de plein d’espoir !
J’encourage ici, chaque lecteur, à entreprendre toute une litanie de phrases commençant par ce bel adverbe chargé de possibilités infinies.

 

Que faire à partir de  » Si je résume » récit autobiographique.

parler du journal intime. Qui en tient, ou en a tenu un ? Quelqu’un a-t-il envie d’en lire un passage ( peu compromettant ) De quoi y parlez-vous , en général  ?

On peut tenir, en classe, sur un mois, et sur ordi,  une sorte de journal de classe, où l’on y consigne les faits, ( ce qui se passe, en classe, hors de la classe, en ville et dont on parle, dans les actualités etc… et en mais aussi les ressentis des uns et des autres face à tout cela. Chaque jour, un élève tient une page de ce journal, et peut l’agrémenter de photos, petits films, etc… ca fait une oeuvre commune à la fin.

Bien sûr, on peut, on doit ! étudier au moins des extraits du Journal d’Anne Franck. Et, ou, pour les plus jeunes, deux livres que j’ai écrits :  » La grande peur sous les étoiles  » ( chez Syros) et « Le bébé tombé du train  » chez Oskar éditions. Et puis, si vous le retrouvez sur internet, il y a aussi  » Miriam ou les voix perdues  » chez Syros.

Chacune des anecdotes que je raconte dans  » Si je résume » est conclue par une sorte de pensée, d’aphorisme ( faire chercher l’explication de ce mot dans le dictionnaire) Alors chaque élève peut raconter ainsi une anecdote significative et la conclure, lui aussi, par une petite sentence philosophique qui résume ce que l’on peut tirer de cette aventure.
Ou bien on fait lire un texte dans le livre de français, et on demande de la conclure par un bel aphorisme.

On peut aussi faire lire n’importe quel livre et en faire un  » Si je résume » d’une page ou deux, chacun résumant à sa manière, ce qui permet de se rendre compte que chaque lecture aura été différente, et que personne n’aura sans doute la même échelle de valeur, les uns trouvant tel événement raconté plus important que le reste, et d’autres attachant plus d’importance à un passage passé inaperçu ou anodin par les autres.

On peut encore  » dater  » mon livre, dire tout ce qui a changé, pour les filles, pour les garçons, pour tout le monde. En profiter pour dire tout ce qu’on aimerait qui change encore…

on peut raconter une humiliation subie, soit par un enseignant, ou un membre de la famille, soit par un autre élève, cette secrète violence.

On peut enfin parler d’un livre où le personnage principal nous est apparu comme une sorte de double possible, ou de soeur, ou frère d’âme.

Purement stylistique : Définir ce qui est familier, ce qui indique l’époque, le milieu d’origine. Le style parlé, le style littéraire. Ce qui est de l’ordre du subjectif, de l’affectif, et de l’objectif, du social..
Deux sortes d’écriture : écrire quelque chose comme on nous le demande en classe, et puis l’écrire comme on aurait envie de le dire, si on n’était pas en classe : le dire à un adulte, le dire à un copain, le dire à un tout petit, le dire à un écrivain, à une star, à. son animal favori, à… Parler de soi de façon personnelle, et ensuite impersonnelle……

REPARER LES DEGATS

J’étais, dernièrement, dans une petite ville de province, comme il est d’usage d’appeler ces bourgs encore un peu hors du temps parisien, dont les magasins sont tous en centre ville, ferment entre 12h30 et 15h, et puis à 19h pile, et dont la poste n’est ouverte que le matin. Et où le téléphone et la télé passent quand ils veulent et comme il veulent.
J’avais quelques courses à faire pour le déjeuner, rien de transcendant, je ne suis pas fine cuisinière, un poulet frites, pour moi, c’est parfait. Mais je devais préparer pour toute la famille, et donc, fonçais tête baissée au petit supermarché pour remplir la poussette à provisions. Affalé devant la large vitrine, au soleil, un pauvre type, jeune et bronzé, une canette à la main, flanqué d’un chien muselé, genre malinois, faisait la manche, une petite écuelle posée devant lui, pour les sous, une autre posée devant le chien, pour l’eau.( mais il n’était sans doute pas interdit de faire le contraire, de mettre le maître à l’eau, ce qui ne lui aurait pas fait de mal, et de filer des sous au chien s’il nous inspirait plus de pitié que le maître ! )
– Bonjour ! me fit l’homme. ( il avait de beaux yeux bleus,  » un regard d’ange !  » aurait dit maman qui toujours crut aux anges et à leur mystérieuse intervention dans la couleur de certains yeux …)
– Bonjour ! répondis-je.
C’était succinct, ça ne l’engageait ni lui, ni moi ; à cette heure-là, je n’avais pas trop le temps de philosopher, et ça me suffisait comme échange. J’entrai dans le Supermarché, filai entre les rayons peu garnis ce qui facilite grandement les courses, et, ayant payé sans douleur excessive en enfilant ma carte bleue à l’avaleuse qui me la rendit aimablement, je ressortis, prête à cavaler sur le kilomètre qui me séparait de ma cuisine de combat.

Ce faisant, l’esprit déjà occupé par la préparation du déjeuner, me disant : – bon, reste plus que le pain à prendre en passant, j’ai la monnaie ! je butai, en sortant, dans l’écuelle du pauvre type toujours adossé à la vitrine chauffée à blanc par le soleil de midi. Et, butant, je fis voler les quelques malheureuses pièces qui se trouvaient dans la sébile improvisée.
 » Et merde !  » pensai-je, mais sans le dire, évidemment, cette fois, bien obligée, moralement, de m’arrêter. Et au lieu de dire ces 5 lettres-là qui étaient bien le fond de ma pensée, je murmurai : – pardon ! ce qu’il convient de dire quand on a été bien élevé. Il y avait 5 minutes, le pauvre type n’avait déjà pas grand chose, et maintenant, à cause de cette pointure 40 qui navrait déjà ma grand-mère, ma godasse ayant envoyé valdinguer son maigre pécule, il n’avait plus rien du tout. Il ne pourrait rien s’acheter pour son déjeuner, plus qu’à boire l’eau de son chien !
Je stabilisais ma poussette trop chargée, m’accroupis, rampai quelque peu, à la recherche des pièces qui s’étaient barrées vite fait, de ci de là,  dans le caniveau,  n’importe où. Lui me regardait faire sans bouger le petit doigt, alors qu’il était déjà par terre, et qu’il était loin d’avoir mon âge, mais bon, c’était de bonne guerre. Je remis dans l’écuelle ce que j’avais retrouvé, et puis, évidemment, je me dis que peut-être, il en manquait, alors je pris mon porte-monnaie et y mis 2€, et puis, la culpabilité ne s’étant pas complètement éteinte, j’en rajoutai, je vidais toute ma petite monnaie.  ( c’est ça l’inconvénient de l’éducation catholique reçue dans l’enfance, ça vous colle à la peau, même 60 ans plus tard. Vous avez oublié toute l’histoire de France et comment on fait une preuve par 9, mais pas  » Aime ton prochain comme toi-même » et même si vous ne vous êtes jamais vraiment beaucoup aimé, vous tâchez de l’aimer mieux que vous-même ! )
Il me sourit, l’air d’un brave type, finalement, je lui souris en retour, voilà, c’était fait, j’avais réparé, il était content, moi aussi, il faisait beau, tout allait bien.
A ce moment-là il me dit : – Merci ! ça va m’aider à me rendre au tribunal.
– Ah bon ? je dis, la main sur la poignée de mon caddy.
– Ouais, il fait. Demain, faut que je prenne le train pour aller au tribunal. Ils m’ont convoqué.
– Ah ! je fais, hésitante, toujours à l’arrêt, le beurre fondant dans le caddy.
– Vous voulez savoir pourquoi ?
Je n’avais pas vraiment envie, mais bon, ce n’est pas non plus quelque chose qu’on dit à un malheureux dont vous avez fichu en l’air le maigre pécule et qui veut vous ouvrir son coeur…
– je suis convoqué pour avoir cassé la gueule à un homo !
Là, je reste pantoise, consternée. Et lui, sourire complice aux lèvres, ses grands yeux bleus si clairs, comptant visiblement sur ma compréhension, voire sur un renchérissement !
– Y vont quand même pas me condamner pour avoir cassé la gueule à un pédé, hein ?

Je réalise que je viens de me mettre en quatre, et de ramper à quatre pattes, devant un démolisseur d’homos- entre autres… Et que je lui ai filé mes sous, en plus ! Et qu’il me prend pour une complice !
– Sale con ! je pense. Mais je ne le dis pas, toujours cette satanée bonne éducation, etc etc…

Je fais quelques pas, faut que je dégage de là, ça pue. Et puis, non, merde alors ! Je plante la charrette, retourne vers le pauvre type au regard d’ange, et reflanque un coup de ma tatane pointure 40 dans son écuelle. Je n’épargne que le chien qui n’est pour rien dans tout ça, qui n’a mérité ni ce maître ni d’aller s’user la langue à lécher l’eau sur le trottoir.
Je ne regarde pas la tête du pauvre type, qui doit être sidéré. Je ne regarde pas non plus si on m’a vue faire ça, si on s’indigne derrière moi, si une caméra de surveillance a enregistré mon geste non citoyen ! Je rentre.Tant pis pour le pain, plus de monnaie, on s’en passera. Et je parie que le beurre est complètement fondu. Et puis le fromage, je le sens d’ici ! Faut mettre tout ça au frigo, vite fait.

Réparer les dégâts.
Enfin, ce qui est réparable…

rencontres

j’étais sur les ondes de France Inter, mercredi 27 septembre, dans l’émission  » L’Instant M  » de Sonia Devillers, en l’honneur des 40 ans de J’Aime Lire à Bayard Presse.

le lien vidéo :
https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-27-septembre-2017

https://mail.google.com/mail/u/0/#inbox/15ec2f16b3d99d76?projector=1

 

Je serai le 2 octobre a/m à la BNF ( la Grande Bibliothèque ) ) Paris pour les Assises de la Littérature jeunesse. A partir de 15h45.

Je suis au  « le grand témoin ! « invité au colloque Lire et Faire Lire à la BNF ( Paris) le 13 octobre après-midi

Je serai au Salon jeunesse de Montreuil les 30/11, 3/12.

GRAND AMI

 » Grand ami » est mon dernier titre en petite poche, chez Thierry Magnier. Dans cette collection, j’ai déjà publié de nombreux titres, dont deux sont encore disponibles :  » Un anniversaire camion » et  » Fourmidable  » en lice pour le prix des Incorruptibles cette année.
Comment définir  » Grand ami  » ? Un conte ? Une parabole ? Une fable ?
C’est l’histoire de la rencontre de deux êtres vivants, un ours et un enfant, des quelques années qu’il auront vécu ensemble sur l’île, comme Robinson et Vendredi. Histoire d’amitié, de temps qui passe, de grandissement. Ils apprendront l’essentiel l’un de l’autre tout au fil du récit et de la vie.
J’ai voulu ce récit très simple, lumineux, grand ouvert et intime à la fois. Et drôle aussi, parce que cette montagne poilue qu’est l’ours pour l’enfant ne manque  ni de tendresse ni d’humour.

S’il reste une place, minuscule, sur l’étagère – bibliothèque de vos enfants, entre Saint Ex. et La Fontaine, glissez -y  ce tout petit volume de  » Grand Ami »…

 

SI JE RESUME

En compagnie de mes tourterelles, dans la volière construite par mon père.

 » Si je résume  » est mon livre de rentrée et  vient de sortir en librairie ( septembre 2017) publié par les éditions Magnard avec lesquelles j’ai déjà réalisé  » Géant » qui a connu un vif succès d’édition.
 » Si je résume » n’a rien à  voir avec  » Géant ». C’est un récit totalement autobiographique, une sorte de chemin de vie qui se déroule sur une centaine de pages, avec à chaque « station » une petite phrase qui commence par un leitmotiv  » c’est comme ça que… » délivrant ce que l’expérience racontée m’a appris. L’école de la vie.
C’est évidemment un texte auquel j’attache grande importance, fruit du temps écoulé, du silence après les tumultes de la vie.
J’espère qu’il sera amplement partagé. En tout cas, il est d’une absolue sincérité.

Je l’ai tiré des 1500 pages ! de mon journal intime rédigé au cours de mon adolescence, tâchant d’en tirer   » la substantifique moëlle » selon l’expression consacrée.
Par ailleurs, modernité oblige ! je l’ai enregistré, et il peut donc être téléchargé et on peut l’entendre dit par l’auteur sur ordi ou smartphone. Ce n’est pas la voix du Seigneur, seulement celle de l’auteur, qu’on espère moins impénétrable !

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Ci-joint : Commentaire du site de Ricochet ci-joint : https://www.ricochet-jeunes.org/livres/si-je-resume

autre commentaire : http://www.dlivre.com/jeunesse/fiction-jeunesse/romans/jo-hoestlandt-si-je-rasume-9782210963986-v.html

 

Tristesse de la terre par Eric Vuillard

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Je me sens intimidée à écrire quelques lignes sur ce livre-là, lu à la fin de mon été. Je l’avais choisi sur une impulsion, à cause du titre, simple et beau, et de la photo de couverture, portrait- profile en noir et blanc, d’une jeune indienne, la main en visière au-dessus d’un regard noir qui fixe le lointain, comme ces indiens de nos films regardant, impassibles, débouler le régiment américain avant l’attaque.  Ce livre est le récit de ce que fut le premier spectacle de la démesure : le West Wild Show, imaginé par Bill Cody, qui ne serait jamais passé à la postérité s’il n’avait pas été rebaptisé ( par des copains, employés du chemin de fer ! par celui de Buffalo Bill)   Ce show mettait en scène la reconstitution, pleine d’action, de bruit et de fureur, de l’aventure des pionniers, la conquête de l’Ouest, les grandes batailles contre les Indiens, le massacre de Wounded Knee. Et la grande idée de Buffalo Bill, ce fut d’engager de vrais Indiens pour ce spectacle, qui joueraient leur propre rôle, mais déguisés, et dans des d’immenses décors de carton pâte. Ils crieraient Wou Wou Wou comme doivent le faire les Indiens pour qu’on soit sûrs que ce soient bien l’heure de l’attaque ( ce que ne faisaient jamais, en vrai, les guerriers indiens pour attaquer.. ) galoperaient, chuteraient, tireraient etc… Il fallait que les spectateurs, éberlués, se sentent au centre de l’épopée ! Les affaires étant les affaires, on alla jusqu’à recruter Sitting Bull, lui-même, (le vainqueur de Little Big Horn qui par ailleurs négocia très bien sa prestation ! ) et celui-ci subit, impassible, les huées, les sifflements du public, les injures que la foule, déchaînée, réserve toujours, dans l’Histoire comme dans les histoires, aux méchants et aux traîtres.

ce qui fascine, dans ce récit, c’est que l’auteur nous raconte avec une grande précision qui rend très exact tout cela, qui est faux : Buffalo Bill n’a jamais été un héros, c’est un bateleur qui a du pif, rien de ce qui est joué ne s’est évidemment passé comme ça, on fait voir et entendre ce qui peut flatter le patriotisme du public, et les Indiens jouant les Indiens, dans des panoplies d’Indiens, ne sont forcément plus vraiment des Indiens…  (Un court chapitre, d’ailleurs, revient sur la photographie de la jeune indienne, si belle, en couverture, dont l’image m’a fait tendre la main vers le livre, irrésistiblement. Elle avait été un petit bébé retrouvé à Wounded Knee, une des très rares rescapés, ACHETEE, NEGOCIEE, adoptée par un comparse de Buffalo Bill, sans doute dans l’idée que cela ferait un beau coup de publicité pour le spectacle. Elle fut baptisée Marguerite, fille adoptive dont la mère raconta la vie dans la presse. Et c’est donc sur ce portrait de Marguerite déguisée en indienne, et qui mourra, pauvre, prostituée, quinteuse, que j’ai pris ce livre.
Et je me dis alors que de tout ce faux, naît, par la magie du récit, de l’écriture, une autre vérité. Comme au théâtre, sans doute. Par ce que cette histoire, fascinante, nous inspire  de fascination, de malaise, de tristesse.
Tristesse de la terre ? Et des corps qui se traînent et qui tombent, et des coeurs faillibles, et des mains qui voulaient caresser mais frappent, et des yeux que l’on se crève tout seuls, tristesse de la beauté, trompeuse, des batailles gagnées tout autant que des batailles perdues,  de la réalité mordue, dévorée par le mensonge, tristesse de nos rêves évanouis, tristesse du temps qui passe, des étés forcément finissants, de l’hiver, ultime illusion qui fait tout disparaître sous un extraordinaire manteau blanc qui fondra, inexorablement.
S’apercevoir que la beauté, parfois, souvent, toujours ? est constituée de millions de larmes. Et sans doute qu’une larme, elle-même, est constituée de millions d’autres gouttes infimes.

Comme le flocon ( au dernier chapitre de ce récit à la fois universel, et intime)

09/11/2017

Rajouté, donc : Drôlement contente, même si je n’y suis pour rien du tout évidemment, qu‘Eric Vuillard ait remporté le prix Goncourt 2017, tellement cet écrivain a une vraie force d’écriture, sait faire voir la lumière dans l’ombre et le contraire, partager sa voix, son savoir, nous permettre de nous baigner, d’aller boire à sa source.
Et puis parfois, comme je suis un peu midinette, je pense que tous ces yeux qui se posent sur ce qui a été écrit, le font briller d’une autre lumière, et c’est comme ça qu’à la fin, revêtu de cette lumière-là, il est distingué des autres. Non tant grâce au talent de l’auteur, donc, qu’au chaleureux regard des lecteurs.
Accorder un prix à un livre, c’est comme le poser sur un cheval, pour qu’il galope, ou le donner à un oiseau, pour qu’il s’en aille voler très haut. 
Et puis, pour l’auteur, c’est lui dire qu’on l’aime, et tout ce qu’il a en tête, dans le coeur, dans le corps, et qu’il sait si bien partager avec les plus nombreux, et que de cela, on est heureux et on l’en remercie, infiniment…

LE DEJEUNER DE LA NOSTALGIE par Ann Tyler

Je ne sais pas pourquoi, il me semble que je n’avais pas lu de livres d’Ann Tyler. Je crois avoir lu un article sur elle, (dans le Monde des livres ? ) et cet article m’en a donné l’envie. (Il faudrait écrire sur ces  » passeurs » -là, relais entre les auteurs et leurs lecteurs, qui donnent à entendre leurs battements de coeur)
Ann Tyler est née, dit la couverture, en 1941. Elle habite Baltimore, aux Etats Unis. Quand on a dit ça, on est bien avancés ! Il y a peu à dire, sur elle. Elle mène une vie ordinaire, ne vois assomme ni de ses voyages incroyables, ni d’une sexualité hors normes, ni d’un passé traumatisant, ni de rêves ou de cauchemars ahurissants, ni d’ambitions dévorantes, de remords récurrents… Rien de tout cela.
 » Le déjeuner de la nostalgie », nous raconte la simple histoire d’une famille des années 60 dont le père est représentant de commerce ( cela a sans doute joué dans mon choix de lecture, mon propre père ayant été, lui aussi, représentant, en ces mêmes années, un métier bien moins pratiqué à l’heure d’internet, évidemment ) Un jour, leur père ne revient plus de ses déplacements. Et leur mère se ronge les sangs mais, en bonne mère protectrice, essaie de faire croire à ses trois enfants que non, tout va bien, ils peuvent continuer à vivre normalement, une vie sans histoire.
Et c’est cela, le talent d »Ann Tyler : faire toute une longue histoire d’une vie sans histoire. Traiter ces personnages sans ombre et sans lumière comme des acteurs dignes de cette scène- là, sur laquelle elle les fait monter en grande douceur. Et nous, on les croise, on les recroise, comme s’ils habitaient au coin de notre rue, qu’on en prenait des nouvelles, banales : – ça va ? Vous faites vos courses ? Il y aura quoi au dîner ce soir ? Vos enfants vont bien ?
Et ce n’est pas ennuyeux, non, pas du tout. Au contraire. C’est fascinant, à cause des détails, des conversations, de ce qu’Ann Tyler leur fait dire alors que dans le paragraphe précédent, peut-être,  elle a écrit qu’ils pensaient autrement, ou autre chose… Il y a la surface lisse de la page, avec les mots écrits dessus, bien alignés, tranquilles, et puis la sensation qu’ils sont les vagues posées sur des abîmes.
dans un article, Ann Tyler dit que ses personnages lui parlent, la surprennent, parfois. Elle traduit leur voix comme elle le peut. Alors elle la traduit bien, car ils nous parlent aussi. Mais d’une façon discrète, comme s’ils ne voulaient surtout obliger personne à les écouter. Suprême politesse de l’écrivain !
Dans cette histoire, l’un des enfants Ezra, restaurateur, tente à multiples reprises de réunir la famille autour d’une table, pour qu’ils se parlent, s’annoncent les choses importantes de leur vie, de réconcilient quand ils sont fâchés… Et jamais, jamais, le déjeuner ne peut se passer comme il le souhaite. Toujours, l’un ou l’autre quitte la table, disparaît, avant que les choses ne soient dites.
C’est comme une parabole. La Cène, mais triviale, où l’on s’embrasse et se trahit dans le meêm moment et en toute affection, parce que c’est ainsi, la vie.

Mes lectures estivales

Nos étés ressemblant rarement à ce que nous prévoyons, les livres que nous emportons ne sont pas toujours ceux que finalement, nous lirons. Car nous les avons emportés avec nous pour certaines raisons, qui, au bout de quelques jours de vacances, finalement, ne sont plus forcément d’actualité. Alors les livres choisis restent parfois dans la valise, et c’est un autre titre qui vous accroche, tout à coup, dans une de ces petites bibliothèques improvisées où chacun est libre de mettre à la disposition de tous, les livres qu’il ne lit plus.  ce n’est pas là les abandonner, mais les confier à de nouvelles mains, de nouveaux yeux, un coeur neuf, qui les aimera mieux.
Je n’ai donc pas tout lu de ce que j’avais emporté avec moi,  » Frères migrants » de Chamoiseau, par exemple, ou « mécanismes de survie en milieu hostile » d’Olivia Rosenthal, ou  » appels téléphoniques » de Roberto Bolano ( prononcez Bolagno, le n est espagnol.) Sans doute, fraîchement débarquée sur la plage de mes vacances, n’ai-je plus voulu voir en la mer un immense cimetière marin, n’ai-je plus, non plus, eu l’impression de devoir affronter un quelconque milieu hostile, et j’ai oublié mon téléphone ici, là, n’importe où, et m’en suis soucié comme d’une guigne.
Par contre, j’ai lu, sur impulsion et à toute allure  » Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois. Evidemment à cause du titre. Et parce que l’été est propice à ce genre de réflexe – marronnier : l’été  est fait pour cela : se rapprocher de ceux que, dans l’année, nous négligeons, par manque de temps, manque de foi, manque d’envie. Il s’agissait de l’histoire d’un écrivain, marié mais sans enfant, qui part en voyage, seul. A la recherche de qui fut, vraiment, son père, de ce qu’il lui a transmis, laissé, cet héritage, mystérieux, sans objet particulier. D’abord il se pose, comme une mouche, ici ou là sur le globe, et puis, finalement, il atterrit à La Tuque, un lieu improbable, loin de tout, au Canada. Là, habite un ami de son père, Jean. C’est de lui qu’il attend, simplement, les mots qui l’aideront à poursuivre sa vie. Et c’est dans ce lieu qu’il affrontera, tel un Petit Poucet, l’inextricable forêt où il faut évidemment se perdre si l’on veut vraiment se trouver. Jean- Paul Dubois, tout à la fin du livre, écrit ces mots qui justifient son récit :  » « J’ai terminé ce livre. Comme les précédents, il m’aura, pour un temps, rapproché des vivants et des morts. C’est dans l’ordre des choses simples. »
C’est là une affirmation toujours vraie. Une histoire sert bien à cela : rapprocher. Rapprocher les temps – passé, présent. Rapprocher les gens : ceux qui pensent, écrivent, lisent, vivent des vies si semblables et si différentes, tous, le temps du livre, dans le même bateau ivre, poussés par le même vent, vers l’horizon. Rapprocher la nature, les bêtes, les dieux, des hommes. Les grands, des petits. Ceux qui ont la lumière, qui voient,  de ceux qui oeuvrent dans l’ombre, sourds, aveugles. Et par le détour d’un beau mensonge, faire parvenir chacun à sa vérité.
Les livres lus après celui-ci, participaient de la même envie : que la vie de cet autre, là, si étrange, si belle, si triste, qu’on me raconte, rejoigne par quelque secret chemin infiniment secret, la mienne. Non pour trouver des réponses aux questions que je me pose, mais pour me sentir heureuse d’avoir des compagnons de route. C’est ainsi que j’ai lu aussi ces quelques autres livres :  » Tristesse de la terre » d’Eric Vuillard,  » Le génie de la bêtise » de Grozdanovitch, « Hudson river » de Joyce Carol Oates, et « La porte » de Magda Szabo. Et puis,  » le déjeuner de la nostalgie » d’Ann Tyler.