LE PRIX D’EVELYNE

A maman, évidemment,

Bien tendrement

jo

 

ce texte auquel je tiens beaucoup dsc01808 été publié chez Escabelle, en 2009, maison d’édition qui a malheureusement cessé trop rapidement son activité. Les droits m’en ont été rendus, et l’histoire est à nouveau disponible. Un autre éditeur semble s’y intéresser. Dans l’attente, l’histoire est là, mieux que dans un tiroir. 

 

 

1

 

A quoi tiennent les histoires ? Pourquoi certaines traversent-elles le temps et restent dans nos cœurs, alors que d’autres se perdent ? Notre mémoire, est comme un champ de ciel très plein d’étoiles qui ne brillent pas toutes d’un même éclat. Et la plupart des histoires, comme les étoiles, filent et meurent…
Quelquefois, cependant, l’une d’elles s’accroche à vous et ne vous quitte plus de toute votre vie. Elle veille sur vous, cette histoire-là, et vous veillez sur elle aussi. Sans vous, elle mourrait ; sans elle, vous ne seriez pas la même.

Maman m’a toujours raconté des histoires, qu’elle inventait, le plus souvent pour me faire rire, ou me distraire de la cuillère qu’elle approchait de ma bouche quand je faisais la difficile, que je ne voulais pas manger.
La plupart du temps, elle me racontait les mésaventures de petits animaux, dans des forêts imaginaires. Maman commençait évidemment par : – « il était une fois, un petit singe qui s’appelait Coco… » Parfois, Coco devenait perroquet, ou crocodile, mais de toutes façons ces bestioles étaient nées pour faire des bêtises, provoquer des catastrophes ; c’étaient des sortes de clowns à poil ou à plumes, et la forêt était un vaste cirque où ces animaux accomplissaient leurs drôles de numéros.
Les histoires n’avaient pas grande importance. Maman pouvait raconter n’importe laquelle ; ce qui me plaisait, ce qui m’étonnait, ce  n’étaient pas les aventures de Coco, mais la joie que maman avait à les inventer et son gloussement de rire qui redevenait celui d’une fillette qui invente de bonnes blagues pour amuser ses petites copines.
Maman disait « il était une fois », et hop là, c’était magique, elle redevenait la petite fille qu’elle avait été autrefois.

Car maman avait été une petite fille.
C’est toujours difficile, quand on est un enfant, d’imaginer que ses parents n’ont pas toujours été cela : des parents.
Qu’ils ont eu une vie avant nous, leurs enfants, que notre maman, a eu 4 ans, 8 ans, 10 ans… qu’elle s’est écorché les genoux en tombant, s’est cognée dans un poteau, est allée à l’école, s’est fait gronder, punir…

Ma maman s’appelle Evelyne. Ce prénom ne se porte plus. C’est son papa, mon grand-père, qui l’avait choisi. Peut-être parce que cela sonnait aussi bien en anglais qu’en français.
En effet, son papa n’est pas français. Il est né très loin, dans une île des Caraïbes, une petite île traversée de montagnes bleues qui s’appelle la Jamaïque, où poussent bananes, ananas, café, cacao  et canne à sucre et où les habitants, noirs, parlent anglais. Il s’appelle Stanley, son papa, et sur sa carte d’identité, il est écrit : « negro ». Cela veut dire qu’il est considéré comme noir. Et ça, c’est bizarre. Parce qu’à le voir, il n’est pas noir du tout. Il serait même plutôt rouge,  comme les Indiens. De toute façon, pour Evelyne, c’est seulement son papa, le plus bel homme du monde, évidemment. Il est arrivé en France pendant la première guerre mondiale, en 1917, avec les soldats canadiens qu’il avait rejoints. Tous ces jeunes hommes qui avaient du courage et l’esprit d’aventure,  venaient de très loin, avaient traversé l’océan Atlantique en bateau  pour défendre la France contre les Allemands.
Et là, en France, Stanley est tombé amoureux. D’une petite bretonne, serveuse : Philomène.
A ce qu’Evelyne devine, l’amour est une chose heureuse mais imprévue, qui arrive n’importe où et à n’importe qui, quand on est grand, et qui fait qu’on se marie et qu’on fait des enfants. C’est ce qui s’est passé entre sa maman, Philomène, qui n’avait jamais entendu parler de la Jamaïque et son papa, Stanley qui ne parle pas un mot de français. Et c’est parce qu’ils s’aiment ces deux là qu’elle est là, elle, Evelyne, avec ses grands yeux sombres et ses cheveux tout crépus comme ceux de son papa.
Et c’est cette histoire-là, plus que toutes les autres, l’histoire vraie de sa vraie vie, que j’adore entendre maman raconter. Cette histoire sans Coco singe ou perroquet, mais toute pleine d’autres aventures vécues pour de vrai. Celle-là ne commence pas par « il était une fois… », mais par « quand j’étais petite… », et c’est tout aussi magique.
Je comprends, à l’écouter, que la plus belle, la plus extraordinaire des histoires est celle que raconte notre vie.
De son début.
Jusqu’à sa fin.

 

 

 

2

 

Elle dit, maman :
-Quand j’étais petite, à l’école, si on voulait me faire pleurer, on me traitait de « négresse ». Alors ça ne manquait pas, je fondais en larmes.
Je demande :- pourquoi elles disaient ça, les autres ?
– A cause de mes cheveux crépus… répond maman. A cette époque, en 1933, 34…juste avant la guerre, j’étais la seule, dans la classe, à avoir des cheveux comme ça, tu comprends…

Je comprends. Je crois que je comprends. Ce n’est pas drôle de n’être pas comme les autres, d’avoir quelque chose de plus ou de moins, ou d’étrange qui vous désigne comme étrange étrangère. Les autres en profitent pour vous embêter avec ça. Si on bégaye un peu quand on est ému, si on suce encore son pouce ou qu’on fait pipi au lit à 8 ans et plus, qu’on a deux papas et pas de maman ou deux mamans et pas de papa, ou personne et qu’on est placé dans une famille d’accueil, hop là, les autres disent des trucs sur vous pour vous faire un pleurer. Et ils s’acharnent, au moins jusqu’à ce que vous ayez pleuré un tout petit peu. Parce que, quand on n’est pas e-xac-te-ment- comme les autres, on est moins bien qu’eux, obligé, et alors on n’a plus qu’à pleurer.
Je n’aime pas l’idée qu’on ait fait pleurer maman, à l’école, quand elle était petite. Mais elle dit :
-Bon, j’ai cherché à me faire aimer. J’ai été très gentille. J’ai protégé les plus faibles, à la récré, j’ai consolé celles qui avaient du chagrin, apporté plein de bonbons que j’ai partagés, et des échaudés, aussi, que je volais au grainetier…
-C’était quoi, les échaudés ?
-Des sortes de biscuits qu’on donnait aux oiseaux en cage. C’était délicieux…pour de petites filles en cage, comme nous, à l’école… Et puis, surtout, je me suis mise à faire le pitre, à faire rire toutes mes petites copines. On aime toujours ceux qui nous font rire, alors qu’on fuit les tristes, les grincheux, tous ceux qui veulent vous vendre de la soupe à la grimace !

C’est vrai. Je sais que c’est vrai. Parce que moi, je suis du genre pas drôle, justement. Je ne fais jamais rire personne, je ne sais pas faire ça. Et ça me manque. J’aimerais bien. Cela a l’air super d’être un comique, tout le monde veut être votre meilleur ami, et on n’a plus qu’à choisir celui qu’on préfère.
-C’est comme ça, poursuit maman, qu’on a cessé de m’embêter, de me traiter de négresse… Et puis finalement, plus tard, ça m’a bien servi d’avoir les cheveux crépus. C’est devenu à la mode ! Les autres ont dépensé des fortunes chez le coiffeur pour avoir une coiffure comme la mienne ! Elles m’enviaient : « – quelle chance tu as, Evelyne, d’avoir des cheveux naturellement comme ça ! » Comme quoi, tu vois, ma fille, la roue tourne… concluait maman mystérieusement.

La roue tourne.

Comme tourne le monde. La nuit, le jour, l’ombre, le soleil. Tout passe, et son contraire. La roue tourne, cela voulait dire la même chose que : rien ne dure toujours, tel qui rit vendredi, dimanche pleurera, des choses comme ça. Qui vous donnent de l’espoir quand tout va mal, mais vous plantent dans le cœur une  petite épine de peur quand l’heure est au bonheur…

3

-Qu’est-ce que tu faisais comme blagues, maman, à l’école ? je lui demande encore pour voir.
-Oh, des trucs comme… Je n’étais pas très bonne élève, j’étais bavarde, distraite… Alors quand je m’ennuyais… Une fois, j’avais emporté des cerises dans ma poche, ça devait être en juin, sûrement. Oui, en juin. Forcément… Je grignotais mes cerises, en cachette, planquée derrière le dos de celle qui était devant moi. Déjà ça, c’était interdit, évidemment. Mais cela ne m’a pas suffi. Pour faire la maligne, j’ai visé la maîtresse et, d’une pichenette adroite, j’ai essayé de la toucher avec mes noyaux de cerise. Evidemment, mes copines les plus proches se sont mises à pouffer. Sauf qu’à un moment, paf, j’ai trop bien visé, et un noyau de cerise est allé se coller juste sur le verre de lunette de la maîtresse. Catastrophe ! Elle a enlevé ses lunettes, et indignée, elle s’est exclamé :
– Mais c’est dégoûtant ! Qui a fait ça ?
Je me faisais toute petite dans le dos de celle qui était devant, mais ça n’a pas suffi. Une élève m’a dénoncée : – c’est Evelyne Gooden, madame !
J’en ai pris pour mon grade, ce jour-là, crois moi !

Je ris.
J’aime savoir que maman a fait des bêtises, qu’elle n’était pas parfaite, enfant. Je la regarde, maman, et je la vois cette petite fille-là qui envoie des noyaux de cerise. Elle n’a pas complètement disparu. Elle est seulement cachée, à l’intérieur de maman et quand maman me raconte son histoire,  cette très ancienne petite fille réapparait.
Je la vois, là, tout près, comme un petit fantôme en tablier noir,  la bouche toute rouge de jus de cerise, qui me regarde de ses yeux sombres. Cette petite fille n’a pas besoin de parler pour dire. Je comprends : puisqu’elle est là, sortie de sa cachette grâce aux histoires de maman, c’est que les histoires sont toutes magiques, même celles de nos vies qui ne contiennent ni fées ni lutins ni sorcières.
Et je comprends que les raconter fait apparaître ces petits fantômes… Car je les vois aussi, toutes ces autres petites filles d’autrefois, qui se croyaient bien cachées dans le passé, loin, très loin, mais que l’histoire vraie que maman me raconte fait resurgir devant moi, toutes vives, et rieuses, comme autrefois.

Je reviens à l’histoire de maman :
-Il y en a une qui t’a dénoncée. Mais les autres n’ont rien dit. Ca veut dire que tu avais réussi à te faire beaucoup d’amies, quand même.
-Oh oui ! Beaucoup ! Dans la cour de récréation, ça n’arrêtait pas ! Tout le monde me réclamait :– Evelyne, viens jouer avec nous ! A la balle, à la marelle, à la corde à sauter…
-Tu n’étais plus malheureuse…
-Malheureuse ?
-Oui, les autres filles ne te traitaient plus de négresse pour t’embêter.
-Sans doute, non, répond maman. J’étais devenue très populaire. D’ailleurs, un jour, en juin encore, j’en ai eu la preuve… Je ne l’ai jamais oublié ce jour-là…
-Raconte-moi, maman.

Oui, raconte-moi, maman, ce jour-là, ce qui est arrivé, ce qu’on t’a dit, ce qui t’a rendue si heureuse et si fière, et l’instant d’après, si malheureuse, si humiliée. Raconte-moi ce que tu n’as jamais oublié, pour que je ne l’oublie jamais, moi non plus, et que je le raconte, plus tard, à ma petite fille, à mes deux petits garçons, et puis aux autres enfants, blonds, bruns, châtains, roux, bouclés, frisés, crépus, jaunes, blancs ou noirs de peau, partout, dans toutes les écoles.

Qu’ils sachent.

Pour que cela ne recommence pas.

Pour que plus aucun autre enfant n’éprouve jamais plus le même chagrin que toi.

Oui, raconte-moi, maman.

 

 

4

– Aide-moi ! me demande maman. Parce que le lit ne se fera pas tout seul !
Je me mets d’un côté, elle de l’autre. D’un même mouvement chacune tire le drap, le recouvre de la couverture, et borde soigneusement le lit. C’est tout en faisant cela, l’humble travail à refaire chaque jour, que maman commence à me raconter :

-Ce jour-là, commence t-elle, était un jour très important à l’école. C’était celui où l’on allait voter pour élire la meilleure camarade de la classe. Celle qui serait choisie aurait, en cadeau, un grand, beau livre rouge au titre gravé à l’or, qui racontait une très belle histoire d’enfant noble et courageux dans l’adversité, sur lequel on pourrait prendre modèle dans la vie.
La meilleure camarade, chacune de nous en avait sa propre définition, bien sûr. Pour certaines, c’était celle qui se montrait la plus généreuse, qui partageait ses goûters et ses bonbons, pour d’autres, c’était la plus rigolote, qui racontait de bonnes blagues et faisait rire tout le monde, pour d’autres encore c’était celle qui protégeait les plus faibles. Bref, il fallait choisir, et c’était une affaire sérieuse. L’une d’entre nous avait distribué un petit papier blanc à chacune, et on réfléchissait en suçant le bout de notre crayon. Au bout d’un moment, la maîtresse a ramassé tous nos petits papiers et a commencé à lire les noms qui s’y trouvaient inscrits. Une petite fille les écrivait sur le tableau au fur et à mesure, et ajoutait des petites croix à côté des noms qui étaient plusieurs fois nommés.  Quand tous les papiers ont été lus, le choix est apparu. C’était moi qui avait obtenu le plus grand nombre de croix.

J’étais l’heureuse élue.

Les élèves ont crié : – c’est Evelyne Gooden !
Et je me suis levée, rouge de fierté.
A ce moment- là, à travers ses lunettes qui gardaient peut-être l’ancienne trace d’un noyau de cerise, la maîtresse m’a regardée, moi qui me tenais là, debout, dans mon petit tablier noir, toute fière, avec mes cheveux crépus en couronne sur la tête. Et sans méchanceté aucune, d’une voix parfaitement neutre et naturelle, elle a annoncé :

– Evelyne Gooden ? Oh, non ! Pas toi ! Tu n’es même pas d’origine française !

Et dans la foulée, elle a compté qui, après moi, avait le maximum de petites croix, et lui annoncé, à celle-là, que c’était elle, finalement, qui avait gagné le prix de la meilleure camarade de l’année. Elle à qui on offrirait le beau, le grand livre rouge au titre d’or, qui racontait une très belle histoire où des enfants montraient plein de courage dans l’adversité et sur lequel on pouvait prendre modèle dans la vie.
Je me suis rassise, sans rien dire. La stupeur, la honte, m’avaient rendue muette. Quelque chose comme un morceau de ciel, m’était tombé sur la tête.
A ce souvenir cuisant, ta voix, maman, déraille un peu. L’ancien nœud, à nouveau, te serre la gorge et le cœur.
Alors moi, ta fille, je m’écrie pleine de rage.
-Mais ce n’était pas de ta faute ! Tu n’as pas crié que ce n’était pas juste, qu’elle avait triché, cette méchante maîtresse ?
-Oh non ! a dit maman. La parole d’une maîtresse, à l’époque, c’était sacré. Aucune de mes camarades de classe, d’ailleurs, n’a osé protester. Ce qui était dit, était dit.
Je continue, indignée, outrée :
-Mais tu ne l’as pas dénoncée à ta maman, en rentrant, elle n’est pas allée trouver la maîtresse, elle, pour lui dire sa façon de penser ?
-Cela va te paraître étrange, peut-être, me répond maman, songeuse, mais ma propre mère n’était pas loin de penser comme la maîtresse. Qu’il valait mieux que je fasse profil bas, que je ne la ramène pas. C’est ce qu’elle m’a conseillé, d’ailleurs : – Oh, Evelyne, m’a-t-elle dit, c’est dommage, évidemment, mais ne dis rien, tais-toi ! Sinon, tu sais, ce sera peut-être encore pire, après…

Après.

Après, je sais.

Maman m’a raconté aussi.

Après, il y a eu la guerre. Pendant cette guerre-là, on a arrêté des milliers de gens, en France. La plupart portaient des étoiles, cousues sur la poitrine. Son papa, Stanley, ne portait pas d’étoile, mais il a été arrêté quand même, parce qu’il était étranger. Il est resté emprisonné pendant quatre ans. Quand il est ressorti, il était si faible qu’il ne tenait plus debout… Mais tu vois, beaucoup de gens, en France, à l’époque, trouvaient cela normal : qu’on arrête ceux qui portaient des étoiles, ceux qui étaient étrangers, et tous ceux qu’on trouvait différents, pour une raison ou une autre, ce qui était un motif suffisant. Maman conclue : « la maîtresse devait être une de ces personnes-là, voilà. C’est tout. »

5

 

C’est tout ? C’est fini ? demandent souvent les enfants quand l’histoire s’arrête. Et les parents répondent : – oui, c’est tout, c’est fini. Et ils envoient l’enfant au lit.Mais en fait, ce n’est pas fini.
Pas du tout, même.
Parce que dans ton lit, toi, l’enfant , tu réfléchis. Chaque mot, chaque image de l’histoire qu’on vient de te raconter te revient en mémoire, et tu y penses, dans le noir. Certaines histoires, tu y penses rapidement, et puis, hop, tu les laisses partir, s’envoler, c’étaient des histoires d’une grande légèreté. Mais parfois, il y en a une que tu gardes dans ton cœur.
Parce que celle-là est un cadeau, précieux.
C’est ce qui s’est passé, pour moi, avec cette histoire- là que maman m’a racontée.
J’ai compris, en l’écoutant, ce qu’était l’injustice : maman méritait ce prix ! Les élèves avaient voté, elle avait été choisie, élue ! Et pourtant, elle ne l’avait pas eu. J’ai éprouvé, dans mon cœur, comme elle avait dû se sentir trahie, flouée, trompée,  triste, amère. Révoltée.
-Ne dis rien, tais-toi ! » lui avait ordonné sa maman.
Parce qu’elle avait dû, en plus, ravaler sa rage, son chagrin, sa honte, ce sentiment d’injustice totale, sa révolte, l’évènement me semblait encore plus intolérable.
Alors,
-Comment ça, c’est tout ? Ca me ferait mal ! je me suis dit, le cœur plein de cette rage impuissante qu’avait connu ma mère. Avec moi, ça ne se passera pas comme ça. Jamais ! Jamais, moi, je ne laisserai quelqu’un se faire humilier, devant moi. Jamais, moi,  je ne laisserai personne dire qu’un étranger n’a pas le même droit à être respecté et aimé que les autres, sur la terre qu’il a choisie.
Et d’ailleurs celui qui m’est le plus étranger, à moi, ce n’est pas celui qui a les cheveux crépus, une autre couleur de peau que la mienne, mais bien plus celui  ou celle qui ferme à double tour les portes de sa maison et celles de son cœur.
Et c’est là un merveilleux cadeau que m’a fait ma maman en me racontant son histoire.
Ce beau cadeau  de révolte, aussi vif, aussi brûlant, aussi lumineux que le feu.

Souvent, les enfants que je rencontre me demandent :
– qu’est ce qui vous a donné l’idée de devenir écrivain ?
Et il peut y avoir trente six réponses à cela. Mais la plus importante, c’est celle-ci : J’écris des livres, pour essayer de dire la vie ; les toutes petites et les grandes choses de la vie, et ce qu’on éprouve à les vivre, qu’on soit grand, qu’on soit petit. J’écris, pour les enfants d’aujourd’hui, des histoires où se côtoient le juste et l’injuste, ce qui rend heureux et ce qui rend malheureux.  J’écris le feu, le beau feu  qu’il faut allumer pour réchauffer ceux qui sont faibles et seuls, le feu qui éloignera les loups tentés de dévorer les agneaux.
Et puis, si le feu arrive trop tard, si le mal est déjà fait, j’écris des livres pour réparer. Réparer le malheur. Dans mes histoires, je donne alors la parole aux enfants qui, comme Evelyne, se sentent si seuls, ont tellement de chagrin, ont peur, et se taisent.

C’est tout ?

C’est fini ?

Non, non ! Tu sais bien ce que je t’ai dit, tout à l’heure, tu te souviens, mon ami : les histoires sont longues, longues, elles durent longtemps, plus longtemps que nous même, plus longtemps que la vie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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