annonces immobilières

Aujourd’hui, j’ai trouvé dans la boîte aux lettres une revue immobilière me proposant 80 pages de maisons et appartements tous disponibles pour moi, contre quelques millions, mais ça, bon, passons, ça n’empêche pas l’imagination. Ce qui rend le rêve facile, même pour un rêveur immobilier débutant, c’est que toutes ces merveilles d’habitations potentielles ne se trouvent pas au bout du monde, loin de là ! Mais dans mon département, voire dans la ville où j’habite actuellement. Allez savoir même s’il ne s’en trouve pas une dans mon quartier, à portée de mon regard. Curieuse, je scrute chaque photo. N’ai-je pas déjà vu cette maison-ci ? Ou celle-là ? Ne se trouve -t-elle pas non loin d’ici, dans la petite rue si sympa qui donne sur l’avenue qui va au RER, et donc, bien placée, au calme, facile d’accès. En un rien de temps, trois tours de pédale ou 5 minutes de marche, on est à la gare ( Nouvelle ! ) et de là, en deux temps trois mouvements, à Paris, où je pourrai, au choix, aller acheter une montagne de livres, visiter une expo, aller rendre visite aux amis qui jamais ne viennent en banlieue, regarder couler la Seine… rêver à ma jeunesse enfuie du temps où j’étais étudiante à la Sorbonne…

Chaque page, avec sa ribambelle d’appartements, maisons, propriétés, fait défiler devant mes yeux avides une myriade de possibilités. Ma vie, à chaque page, renouvelée, changée.

Tiens, voilà ce qu’il me faudrait ! un appartement à la vue  » dégagée » ! C’est le genre de mot qui n’a jamais été pour moi, jusqu’ici ! Je ne suis jamais parvenue à prendre l’air dégagé quand on me disait ou faisait une crasse, quand m’arrivait une tuile, et surtout pas quand on me le disait : – dégage ! Et que j’obtempérais, le coeur en ruines. Comment ne pas imaginer qu’en occupant un appartement à la vue dégagée, cela dégagerait en même temps mon cerveau ramollo de tout ce qui l’encombre, le maltraite, l’alourdit Avec ce 5ème étage-là, dégagé, je verrai peut-être enfin plus loin que le bout de mon nez ! Je ne ressasserais plus les mêmes images, les mots que je n’ai pas dits quand il le fallait, les mêmes sempiternels regrets.  Je m’affranchirais de pseudos obligations, me libérerais d’entraves plus ou moins imaginaires, me dépêtrerais les doigts dans le nez des situations délicates, me tirerais à temps des pièges tendus, le tout vite fait bien fait ! Cet appartement me dé-li-vre-rait !

Ou cette petite maison, là !  » Nichée dans nature » écrivent les bon génies immobiliers. Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Nichée, cachée, planquée, invisible, dans un écrin de verdure ! Comme un petit lapin dans son terrier ! Un oiseau dans son nid et que les chasseurs aillent se faire voir ailleurs ! Je pourrais même avoir un chien puisque j’occuperais une niche ! La partager avec un bon chien, et le creux vert des feuillages, sans compter que cela me réchaufferait, le flanc doux et tiède d’un bon chien, fait pas toujours chaud dans la nature !

Page suivante, on change de catégorie : une propriété, sur une page entière lui est réservée, cette fois, on nous en met plein la vue. Page 9. Proche de Montfort l’Amaury, disent-ils. Proche, mais pas « dans ». Un peu à l’écart, pour pas qu’on confonde les proprios avec n’importe qui. Montfort ! ça sent le  château fort non ? Les remparts, les fortifications, les tours de guet, on doit y regarder à deux fois avant d’aller embêter les gens de Montfort ! La propriété doit être entourée de hautes grilles, avec code d’entrée, surveillance électronique, vigilance 24h sur 24. Pas de demandeurs de quoi que ce soit à la porte, les vendeurs de calendriers renvoyés aux calendes, pas de marchands de tapis, de légumes ou de fruits, pas d’illuminés vous proposant une conversion sur le pas de la porte, pas d’anciens détenus venus vous vendre des biscuits ou des sérigraphies qui vous donnent mauvaise conscience si vous ne leur achetez rien et mal au ventre si vous mangez leurs biscuits ! Si j’habitais une propriété à Monfort, je ne prendrais plus de douche, mais des bains dans un jacuzzi, ( y met-on deux C, deux Z, et au fait j’avoue que je n’ai jamais vraiment su ce qu’était un jacuzzi et ce qui est perturbant c’est qu’en le prononçant, la seule image qui me vient est celle d’Emile Zola, solennel, déclarant : « J’accuse ! » et je ne vois pas du tout ce qu’il fabrique dans ma salle de bains ! ) Dans cette propriété, on nous annonce un  » parc paysagé ». Je pense que cela signifie qu’on a refait le paysage. En effet, faut bien l’avouer, quand c’est la nature qui fait le paysage toute seule, elle a tendance à faire un peu n’importe quoi. Elle ne respecte pas les besoins humains. Elle pousse n’importe où, n’importe comment, on ne sait où poser les pieds tellement il y a de cochonneries qui piquent, qui griffent, un vrai foutoir, un scandale ! On n’a quand même pas déboursé plus de 2 millions d’euros pour avoir la zone sous les yeux . On est à Montfort, nom d’un chien, où l’ordre règne, et la propreté ! Par ailleurs, la propriété est dite « rénovée ». ça, c’est du dernier chic ! Parce faire du neuf avec du neuf, c’est du métier, mais c’est simple. Tandis que faire du neuf avec du vieux tout en gardant le cachet du vieux mais sans renoncer à aucune des commodités du neuf, là, il y a du boulot pour un pro ! Planquer le micro-ondes dans le four à pain, les Led derrière les  poutres ou dans les bougeoirs, le jacuzzi dans l’auge, le lit inclinable douze positions dans l’alcôve, un vrai travail, comparable à celui d’un esthéticien à qui l’on prête le visage et le corps d’une femme de 60 ans qui veut en paraître 40 mais sans qu’on puisse deviner comment…

Mais la cerise sur le gâteau, moi je trouve, c’est qu’il y a  » une maison d’amis au fond du jardin ». ça, j’adore. Parce que, c’est vrai et faut bien le dire, ce qui est embêtant, quand on invite des amis, c’est qu’après, ils sont là !  On leur a dit, parce que c’était poli : faites comme chez vous !  » mais du coup, on n’est plus chez nous ! Et peut-être qu’on va en avoir marre, ou eux, parce que s’ils font comme chez eux, ils n’ont pas besoin de nous ! Mais personne ne met les pieds dans le plat. Tandis que là, pas d’entourloupe ! Les amis sont là, mais on ne les voit pas, on ne les entend pas, limite, on s’en fiche ! Ils sont là sans y être en somme ! Au fond du jardin qui, je vous le rappelle, fait 3500M2 ! On peut leur dire  » faites comme chez vous », ils le font, et nous on s’en fout ! De sorte qu’à Monfort, mathématiquement, on doit avoir plus d’amis qu’ailleurs, non ? Plus besoin de déplier le cli-clac qui prend la moitié du séjour et vous prive de la télé, d’entendre la chasse d’eau couler au milieu de la nuit alors qu’on n’est même pas allé faire pipi pour ne pas déranger, et les amis qui ronflent comme des ours le font au fond du jardin.

Cependant, une chose me gêne, qui fait que, bon, tant pis, je crois que je vais renoncer à la propriété de Montfort l’Amaury. C’est le « séjour- cathédrale ». Là, j’avoue, je coince. Je ne me vois pas apporter le poulet chips le dimanche midi, à la cathédrale. Je ne me vois pas le soir me triturer les ongles de pieds en regardant une série-télé débile où l’héroïne se déshabille plus vite que Zorro n’a jamais tiré son épée, dans une cathédrale ! Je ne me vois pas, en pantoufles et pyjama, grattouillant le ventre du chat et lui débitant de tendres âneries, dans une cathédrale. Je ne déteste pas les endroits très silencieux. A certains moments, même, aller à l’église me convient, comme ça, parce que la porte en est ouverte, qu’il y a toujours, dans l’ombre, de la lumière. Mais la cathédrale à domicile, le divin séjour, non, là, c’est trop. Je flanche. Je cale. Ma mémé aurait dit, dans un raccourci qui a enchanté toute ma vie : – Faut pas péter plus haut que son cul !

Dont acte. Je referme la belle revue papier glacé, la jette, poubelle jaune comme le soleil qui brille aujourd’hui dans le ciel de la banlieue de Paris, et m’en vais voir une amie qui habite, comme moi, un petit pavillon sur la ligne A du RER,  bien agréable, ma foi !

 

 

 

 

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